CHAPITRE Il
GÉNÉRALITÉS — ÉTIOLOGIE
« La participation du système nerveux à la rougeole normale est presque constante : l’aspect pleurard, le caractère inquiet, capricieux, changeant et difficile de ces petits malades ont été souvent soulignés. Pendant l’ascension fébrile la torpeur et la somnolence ne sont pas exceptionnelles » (L. van Bogaert, Borremans et Couvreur).
Les convulsions du début (TROUSSEAU) sont connues depuis longtemps. Habituellement, ces symptômes d’irritation méningo-encéphalique s’évanouissent avec l’exanthème.
Mais, à l'inverse de ces phénomènes qui sont presque banaux, les véritables complications nerveuses (en-
céphalite, méningite, myélite, etc.) sont rares. Elles étaient même considérées jadis comme tout-à-fait exceptionnelles, mais au cours de ces dernières années les observations en sont devenues plus fréquentes.
À ce propos, on a fait remarquer l'existence de pé-
TO
riodes d’endémie et presque d’épidémies de complications nerveuses des fièvres éruptives :
à la fin du x1x° siècle, elles étaient assez fréquentes ;
pendant les 20 premières années du xx° siècle, exceptionnelles ;
et, depuis 1920 environ, elles ont subi une recrudescence notable.
Cette recrudescence, plus marquée pour la vaccine, existe également pour la rougeole, la varicelle, etc.
En tout cas, les accidents nerveux de la rougeole sont les plus courants parmi les complications centrales post-infectieuses (ABT, van BoGAERT).
Mais si l’on considère que la rougeole est une maladie extrêmement répandue, le pourcentage d’encéphalites reste très faible :
4 pour 1000, d’après F. A. Forp (1928) qui comprend dans sa stalistique tous les cas, aussi bien légers que graves.
BoxaeiM (1929), sur près de 6000 cas de rougeole observés pendant 20 ans à la clinique de M. Finkelstein, trouve seulement 6 encéphalites.
KER, Sur 12.000 cas de rougeole : pas d’encéphalite, 1 myélite transverse.
Quant à l’âge des malades, la rougeole étant une affection de la seconde enfance, c’est évidemment à cette époque que se rencontrent la plupart des cas d’encéphalite, chez des enfants de 2 à 12 ans ; mais les nourrissons n’en sont pas exempts, ni les adultes chez qui elle revêt assez fréquemment la forme mentale,
Les rougeoles au cours desquelles apparaissent ces complications offrent-elles des caractères particuliers ?
Pour la majorité des auteurs (Durourr, BREGMANN el Poxcz, L. van Bocaërr, etc.), les accidents encéphalitiques surviennent en général après des rougeoles nor: males ou même plutôt légères.
Pour d’autres au contraire (Boisserte-LAGRoIx ct MA- LAPLATE, Bosskt), ils s’observent surtout dans les cas très graves, dans les formes hémorragiques.
En réalité, ils peuvent se voir dans loutes les formes et si le plus souvent il s’agit de rougeoles normales ou même bénignes, les rougeoles graves sont loin d’en être exemptes, comme en fait foi la statistique d’ALLYN qui, sur 41 cas de rougeole hémorragique, en aurait vu 31 compliqués de paralysies ou autres troubles nerveux.
Il ne semble donc pas que l’apparition des accidents, pas plus d’ailleurs que leur gravité, soit en rapport avec l’aspect plus ou moins sévère de la rougeole.
Quant aux relations entre les accidents nerveux et les complications pulmonaires, si celles-ci peuvent être mises en cause dans certains cas, très souvent elles sont légères ou totalement absentes.
Voyons maintenant à quelle période de la rougeole surviennent les accidents. Il existe, dans les maladies éruptives, une corrélation étroite entre le moment de l'apparition de l’exanthème et le moment où se manifestent les phénomènes nerveux ; pour chaque maladie, ceux-ci apparaissent le plus souvent au bout d’un même
GIiRAUDOUX 2
Pi Ee
nombre de jours après l’exanthème : ce serait, pour la rougeole, du 3° au 6° jour de l’éruption (L. van Bo- GAERT).
Tous les auteurs, d’ailleurs, sont d’accord pour placer la date habituelle de début des accidents à la fin de la période éruptive de la rougeole ou immédiatement après, quand la fièvre est tombée (Morquio, PÉau, ec.)
Par l'examen de près de 150 observations, nous avons pu constater que dans la grande majorité des cas, les complications étaient apparues du 4° au 8° jour à partir du début de l’éruption. Mais il n’est pas rare qu’elles se manifestent en pleine période éruptive ou en pleine convalescence.
L'apparition après le 12° jour est rare, l'intervalle pouvant alleindre plusieurs semaines, et il est parfois assez d'licat alors de rattacher à la rougeole des phénomènes aussi tardifs.
Le début des troubles à la période d’invasion de la rougeole est exceptionnel (observations de Arnozan, Boisserie-Lacroix et Malaplate, Kramer, Lust, Puig, Rilliet, L. van Bogaert et Borremans) ; en voici quel-
ques exemples :
Obs. 1 (RizLiET).
Une fille de 1 an présente 6 jours avant une éruption de rougeole des convulsions généralisées, le lendemain la fièvre s'atténue, elle développe une hémiplégie droite complète ; l'éruption n’apparut que tardivement et tous les symptômes s'évanouirent en 5 jours.