‹ Contribution à l'étude des États HallucinatoiresChapitre 5 sur 6 · TER A · texte numérisé non relu

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cela il conviendrait, le cas échéant, de voir s’il se rencontre quelque chose d’analogue au cours de syndromes psychopathiques correspondant au même type, ou surtout à leur origine. Il paraît logique de chercher dans ce sens une explication plausible des troubles hallucinatoires, en rapport avec quelque lésion discrète du système sensoriel lui-même. Ce qui permettrait de les rapprocher des bruits subjectifs perçus comme tels ; les uns comme les autres étant sésceptibles de provoquer, chez le malade, par le désagrément de leur persistance, une vive réaction affective.

Dans les deux ordres de faits, le bruit perçu, son élé* mentaire ou paroles articulées, peut prendre un caractère obsédant: il retentit sur l’émotivité, détermine des troubles de l’humeur, s’accompagne parfois d'idées à tendances hypocondriaques. Mais ces réactions essentiellement affectives, sont tout à fait différentes des SYstèmes délirants plus ou moins complexes basés sur des hallucinations. En effet, même s’il y a interprétation délirante relative à la nature, au mécanisme, à l’avenir de l’affection à détermination sensorielle, celle-ci est toujours jugée comme telle par l'intéressé; elle fait partie de son organisme et n’est pas rapportée à quelque in- fluence extérieure agissant sur lui.

Pour les cas du même genre que ceux que nous avons étudiés ici, et ils ne paraissent pas très fréquents, diverses difficultés de diagnostic peuvent se présenter. Tout d’abord, bien entendu, il faudra comme toujours s'assurer de la réalité des hallucinations, et l’on sait combien certains faits peuvent donner lieu à erreur. Sans refaire ici le diagnostic des hallucinations auditives, nous rappelerons simplement cette phrase de Séglas : « Il ne faut jamais se hâter de conclure à l’existence d’une halluci-

HS, je nation. Si simple qu’il paraisse, le diagnostic n’est pas toujours fäcile et sa précision présente une réelle importance, aussi bien en clinique qu’en nosographie ».

Chez certains malades, comme celle de la première observation, la coexistence d’hallucinations auditives de deux types différents (psychiques et psycho-sensorielles) indiquée par elle même spontanément, facilite beaucoup ce diagnostic. -

Il faut d'autre part une grande prudence dans l'examen et l’interrogatoire de ces malades pour éviter par des questions trop précises d’orienter leurs réponses, soit en développant sinon en créant de toutes pièces un système délirant chez des malades, surtout des débiles, particulièrement suggestibles. C’est même à ce propos que certains auteurs ont pu reprocher à des interrogatoires trop systématiquement conduits par le médecin d’amplifier et de rendre plus cohérents certains délires. A l'opposé il y a lieu d’éviter qu’un malade, par timidité ou pour toute autre cause en vienne à dissimuler consciem- -ment ou non une partie de ses idées délirantes. Tout au plus assez tardivement, après plusieurs examens, pourra-t-on pousser l’interrogatoire, volontairement tendancieux, dans un sens ou un autre, pour vérifier au besoin la croyance du malade dans son délire et surtout dans une intention psycho-thérapiaue. Du reste il ne semble pas, avec les malades que nous avons étudiés ici, que la suggestibilité non plus que la réticence soit à envisager.

Néanmoins, chez de tels malades, il faut encore'se méfier de l'impression que l’on peut avoir, prématurément, lors d’un premier interrogatoire. Un examen rapide tendrait à faire croire que l’on est en présence de persécutés hallucinés et que la simplicité de leur délire exprimé tient à leur réticence et non pas à l’exiguité même de

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leurs interprétations. C’est ainsi que, au cours de la discussion consécutive à la communication de Dide et Grassiot (La Psychose Hallucinatoire Chronique), Janet, parlant des cas d’hallucinose déclarait : « Dites, si vous voulez, que ces malades ne manifestent pas leur délire, mais ne dites pas qu'ils n’en ont aucun, car, à mon avis, cela est bien douteux. » Et cependant, pour surprenant que le fait puisse être, il paraît bien établi par divers observateurs. D’autre part, pour les uns comme pour les autres des hallucinés sans délire ou avec délire minime, il semble bien que leur caractère comporte aussi peu que possible de tendances à la réticence : ils consultent souvent spontanément le médecin, décrivent leurs hallucinations avec détails et, s'ils ont un délire, le racontent volontiers; par ailleurs on ne relève pas chez eux les traits de méfiance, de dissimulation si apparente chez la plupart des paranoïaques.

Il est certain que ce syndrome n'existe et ne présente quelque intérêt qu'après un certain temps d’évolution avec quelque fixité. Ainsi l’on pourra éliminer les états hallucinatoires toxiques ou infectieux aigus et subaigus; d’ailleurs, dans ces cas, l’onirisme, la multiplicité des hallucinations réalise un tableau clinique assez différent de celui que nous envisageons présentement.

De même le délire polymorphe que l’on a décrit chez les dégénérés a des caractères qui l’en séparent également : l'instabilité des troubles psycho-sensoriels, et leur’ variabilité, l'abondance des interprétations, formant une série d'idées délirantes plus ou moins cohérentes, l’évolution irrégulière, entrecoupée d'accès d’excitation ou de dépression. |

Chez des malades tels que ceux que nous avons envisagés l'hypothèse d’une démence précoce à prédominance hallucinatoire ne peut même être retenue:

Par contre, dans un cas comme l’observation II, on pourrait discuter le diagnostic de délire de persécution alcoolique. Mais, ainsi que l’a écrit Régis, « les persécutés alcooliques sont beaucoup plus persécutés en réalité qu’alcooliques » eét'chez eux « la psychose (délirante) évolue pour son propre compte ». Or, chez ce malade, qui était au début un alcoolique invétéré, même pendant toute la période d’intoxication de six années, les idées délirantes n’ont fait aucun progrès, la psychose n’a pas évolué. Consécutivement à la cessation des habitudes toxiques, les troubles psycho-sensoriels et délirants ne se sont pas modifiés, ou de manière insensible; seule la réaction affective ainsi que nous l’ävons vu, a disparu.

Enfin, les circonstances d'apparition, dans les deux cas, peuvent faire penser à une forme particulière de reliquat d’une ‘phase onirique. Notons pourtant que dans les cas en vue, après une phase d'onirisme, si elle a existé, nous ne retrouvons plus qu’une séquüelle délirante extrêmement restreinte, figée en quelque sorte, par opposition avec des troubles psycho-sensoriels en pleine activité. C’est néanmoins dans ce sens que de Clérambault avait envisagé le cas présenté par Crinon, en émettant l’hypothèse d’une séquelle hallucinatoire pure chez un alcoolique. Encore que ce diagnostic étiologique paraisse séduisant, il semble que dans l’observation II la - réaction intellectuelle et affective soit bien restreinte chez le malade, alors que l’on connaît la tendance des alcooliques'à l’irritabilité et aux idées de persécution ou de jalousie.

Il n’en reste pas moins que cette étiologie peut être considérée comme vraisemblable pour des cas de cet ordre, à défaut de tout autre cause reconnue.

Il est de règle classique que les troubles psycho-sensoriels ont un pronostic d’autant moins grave que les

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troubles délirants connexes sont moins actifs. C'est ce qu’exprimait déjà Brierre de Boismont en écrivant : « Le pronostic des hallucinations compatibles avec la raison n'offre aucune gravité ». Sans être aussi affirmaüif, nous pouvons envisager que les cas dont nous avons rapporté les observations ont un avenir plutôt favorable. En effet, il fut possible d’y constater la régression de l’ébauche délirante.

De même, par analogie avec les faits d'hallucinose publiés, nous pensons que l’évolution n’a aucune tendance à se faire vers l’aggravation des symptômes ni surtout vers la démence. Retenons néanmoins, en vertu du même raisonnement, la possibilité d'un début particulièrement lent et prolongé de délire systématisé chronique. Cette terminaison peut être à redouter si l’on se rappelle les deux observations présentées par Dupré et Collin d’une part, par Boudon et Pierre Kahn de l’autre, puisque pendant plusieurs mois ces malades parurent atteints simplement d’hallucinose.

Considérons cependant que, même sans constitution d’un délire organisé, un malade observé par Séglas présentait des accès de colère sous l’influence de ses seules hallucinations auditives et qu’un autre, pour les faire cesser, sans chercher pour cela à en interpréter l’origine, avait néanmoins porté plainte « contre inconnu ». De même le second malade dont nous avons rapporté l'observation avait fait trois plaintes au commissaire et envisagé une tentative de suicide. La possibilité de réactions anti-sociales doit donc porter à considérer, dans certains cas, ces malades comme aliénés, et peut déterminer leur placement. Ce sont du reste là des cas d'’espèce, puisque aussi bien; surtout en l'absence d’éthylisme, ces réactions paraissent plutôt exceptionnelles. Il est possible en outre que pour ces malades, partiellement

conscients de la nature pathologique de leurs hallucinations, il s’en trouve qui réclament spontanément l’internement comme le premier malade de Ségela, qui, séjournant depuis douze ans à Bicêtre, préférait y rester parce que personne ne faisait attention à ses réactions coléreuses vis-à-vis des hallucinations « tandis qu’au dehors, cela lui attirait toutes sortes de PAPAS et de mésaventures ».

En résumé, nous croyons possible d'isoler des cas où les hallucinations auditives, malgré leur fixité, leur caractère.désagréable, leur durée, s’accompagnent d’un délire minimum simple essai d'explication logique sans extension interprétative, et tendant plutôt vers la régression de manière à se rapprocher finalement de l’état d’hallucination consciente. Chez de tels malades les explications proposées par l’intéressé lui-même en fonction de son degré de culture, du milieu où il a évolué et en l’absence de toute tendance paranoïaque, nous paraissent avoir à peu près la même valeur que les essais d'explications pathogéniques si souvent invoqués à l’occasion de troubles subjectifs de l’audition en particulier, les unes n'étant pas beaucoup plus absurdes ou délirantes que les autres. |

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