‹ Contribution à l'étude des États HallucinatoiresChapitre 4 sur 6 · de · texte numérisé non relu

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pathologique des sons qui frappent son oreille, alors que logiquement il ne leur reconnaît aucune raison d’être dans le milieu qui l'entoure. Tantôt il s’agit de bruits élémentaires, divers (bruissements, sifflements, bourdonnements, etc.) ; ces bruits entotiques, liés à une affection uni ou bilatérale de l'oreille, à une sclérose de l'oreille moyenne prédominante à gauche le plus souvent d’après Régis, sont très fréquents en dehors de tout trouble psychique et sont en général reconnus immédiatement par l’intéressé comme liés à une perturbation de l'appareil sensoriel. On peut en rapprocher les acouphènes, comparables pour le sens de l’ouie à ce que sont les phosphènes pour la vue.

Tantôt les bruits sont davantage différenciés; ils prennent tous les caractères de l’hallucination auditive dont iis ont la netteté, avec les caractères de spontanéité, d'incoercibilité et d’extériorité. Ils peuvent revêtir les différents types d’hallucination auditive : élémentaire, différenciée commune, ou verbale, Même dans ce dernier cas, soit par une notion immédiate d’impossibilité, soit après vérification matérielle, soit par un raisonnement logique, l’halluciné se rend compte de leur origine subjective et ne les interprète aucunement comme des phénomènes étrangers. Ces hallucinations « rectifiées », « reconnues » où « conscientes » sont connues depuis longtemps. Par exemple Brierre de Boismont (1) én donne des-exemples, dont son observation I est un type fort net; à son sujet il conclut ainsi :.« Cet homme reconnaissait la nature de l'hallucination, c'était un jeu de son cerveau auquel il ne se laissait pas prendre ».

Ce phénomène n’est pas exceptionnel, son diagnostic est généralement facile. A ce propos, par exemple, Séglas

(1) Des Hallucinations, p. 30.

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établissant une première distinction entre les hallucinations conscientes et inconscientes ajoute : &« Les mots s’expliquent d’eux-mêmes ». Les malades qui en sont atteints viennent spontanément consulter le médecin, demandant à être débarrassés d’un symptôme gênant. Néanmoins nous verrons plus loin qu’il peut y avoir, dans certains cas, une conscience relative de l’origine pathologique des hallucinations associée à des idées délirantes peu ou pas discutées.

D'autre part, il est assez rare qu’un halluciné après une période assez longue de croyance à l’origine extérieurc de ses troubles psycho-sensoriels en vienne, lorsqu’ils ont disparu, à les rectifier et à en reconnaître la nature. Tarrius, dans sa thèse, cite une observation typique (p. 56) de ce genre.

Depuis quelques années on a observé et isolé des faits cliniques où, avec des modes de début différents, il persiste des hallucinations, souvent diverses et variables, affectant plusieurs sens, mais n’entraînant la formation d'aucun système délirant. Rappelons à ce propos, pour la précision des termes, que l’on a contesté la désignation d’hallucination sans délire. En effet, ici, les troubles psycho-sensoriels sont considérés par le malade comme résultant d’une action extérieure à eux. L’automatisme mental qu’elle manifeste n’est pas conscient. ‘ Dès l'instant où cette croyance à l’objectivité existe, il y a une interprétation : « L'hallucination en elle-même peut être considérée comme un véritable délire » (1). . Ce qui caractérise donc ces états c’est que l’essai d’explication logique en apparence, mais erronée, s’en tient là : il ne se forme aucune nouvelle idée délirante.

(1) Annales Médico-Psychologiques 1909, première partie. Séglas, dans la discussion des cas présentés par Cotard.

C’est ainsi qu’un cas de cet ordre a été rapporté par Séglas (Leçons Cliniques, p. 451) sous le nom de Délire Hallucinatoire, ne durant pas plus de deux mois. Par la suite on en a observé quelques cas : Cotard a présenté deux malades sous le titre de « Psychose Halluéinatoire », dont l’un durant depuis douze ans. Signalons également les cas de Crinon (Société Clinique de Médecine Mentale — Avril 1909), de Haye (Société de Psychiâtrie, juin 1911).

En présentant un cas de ce genre, sur lequel nous reviendrons plus bas, Dupré (Société de Psychiâtrie, février 1911) proposa de reprendre le terme l « allucinose », employé antérieurement par Wernicke dans un sens un peu différent, et c’est ce nom qui, depuis, est utilisé.

Chez ces malades le syndrome ainsi isolé persiste et se maintient tel, sans évoluer, ordinairement. Rappelons le cas observé par Cotard dans le service de Séglas à Bicêtre, et qui durait depuis douze ans.

Dans certains cas l’hallucinose n’est qu’un mode de début, exceptionnel, d’un délire systématisé de persécution apparaissant ultérieurement. C’est ce qui se pro= duisit pour la malade présentée par Dupré et Gelma à la Société de Psychiâtrie et revue puis présentée de nouveau par Boudon et Pierre Kahn (Soc. de Psych. novembre 1911). À ce moment elle avait constitué un délire en voie de systématisation, avait créé des néologismes et envisageait diverses réactions vis-à-vis de ses persécuteurs. Dupré et Colin avaient eux-mêmes présenté, en juin 1911, une autre observation de « Psychose Hallucinatoire Chronique à début purement sensoriel ». Tandis que, dans.ce dernier cas, le stade purement hallucinatoire n’avait duré que deux mois, il avait été de deux ans dans l’autre.

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Dans les cas où l’hallucinose restait pure, un fait important était à observer, sur lequel Séglas, à diverses reprises, a insisté, c’est l'absence du caractère, du tempérament paranoïaque. Ces malades n’en ont pas l'inquiétude la vanité, la susceptibilité, la tendance inter- . prétative.

Au cours de la discussion relative au cas de Buvat, Séglas conclut : « Les malades de ce genre se distinguent donc des hallucinés conscients qui, eux, se rendent compte du caractère subjectif de leurs hallucinations. Is se distinguent aussi par la pauvreté ou même l'absence de tentative d’interprétation systématique, des délirants systématiques hallucinés. Cependant, les caractères, le contenu, l’évolution de leurs hallucinations semblent plutôt les rapprocher de ces derniers, auxquels ils sont vraisemblablement reliés par une série de cas intermédiaires. »

C’est à ce propos que nous croyons pouvoir rattacher aux cas intermédiaires ainsi prévus les deux observations de malades présentés par Alajouanine et Codet à la Société Clinique de Médecine Mentale.

: Observation I.

Mme R., 68 ans, journaliste, de mise très correcte, avec une certaine recherche de coquetterie, malgré son âge, vient consulter à la Salpétrière pour hallucinations auditives diverses.

Elle raconte son histoire avec une certaine complaisance.

Elle a eu une existence très active, était de caractère très vif.

Elle a été mariée en secondes noces à un homme de neuf ans plus jeune qu’elle, à qui elle a porté une affection extrêmement vive. Il est mort subitement il y a 21 ans, et son souvenir ne s’est jamais estompé. .

Depuis 5 ou 6 ans des idées métaphysiques se précisent dans son esprit, concernant la reviviscence de son mari décédé, en la pérsonne de son amant actuel; dans ses rapports, encore fré-

quents, elle n’éprouve de volupté qu’en pensant à son mari. Elle arrive à trouver une ressemblance entre les deux, sans croire à une véritable réincarnation.

Il y a un an elle a fréquenté des milieux spirites et, au cours d'une séance, a cru reconnaître la voix de son mari. Elle garde de ces fréquentations la croyance à la survivance de lâme de son mari.

Le début des « hallucinations » date de fin novembre 1920, début brusque, sans affection aiguë. Nous apprenons, par l’interrogatoire de son entourage, qu’elle a alors traversé une période d’excitation de 5 à 6 semaines, ayant débuté un jour brusquement, à son retour chez elle : elle entend des voix, voix fantastiques, voix de Dieu, voix venant de l’Eden; elle discourt toute la nuit, tantôt toute nue, tantôt se couvrant d’un voile noir ; elle brise une statuette, une table, croyant détruire des persécuteurs.

A notre premier examen (le 7 mars) elle présente deux sortes d’hallucinations assez distinctes

a) Des voix qui ont les caractères d’extériorité et de spontanéité des hallucinations auditives verbales : « Ces voix viennent du plafond; j’ai la conviction d’être seule à les entendre, mais quelqu'un d’autre pourrait les entendre ».

‘b) Les autres partent de sa poitrine, ne font pas de bruit.

Les premières disent des paroles hostiles ou moqueuses, ou simplement font des commentaires sur sa conduite.

Les secondes correspondent à la voix. de son mari et expriment des pensées tendres et affectueuses :°« Marguerite, je t’aime, je t'adore. »

« Quand on me dit des choses agréables, c’est mon mari ; « quand on me dit des choses désagréables, ce sont des ennemis « soit de moi, soit de mon mari. »

Elle ne croit à ce moment qu’à l’existence de la voix de son mari : « Je suis certaine qu’il est en moi ». Pour les autres, elle dit déjà : « Je me rend+ compte que c’est de la folie ».

Quelques jours après, au cours d’un panari très douloureux, la voix de son mari lPexhorte à résister à la douleur : « Si « Vous saviez comme c’est un grand réconfort pour moi » ; elle obéit à une voix lui disant d’aller se confesser, bien qu’elle ne soit pas croyante; elle obéit également à une voix Jui disant de mal recevoir son ami, d’être méchante avec lui.

Dans l’ensemble, en dehors des hallucinations psychiques voix de son mari, il existe dans ses hallucinations auditives verbales deux sortes de voix qu’elle schématise elle-même en voix bienveillantes, écho de ses intentions, l’encourageant, lui donnant des conseils, lui indiquant même son chemin dans Paris car elle a la vue très affaiblie; et des voix malveillantes ou contraires, lui ordonnant de faire des actes contraires à ses intentions, lui disant des injures et lui conseillant de dire des paroles déplacées, sans qu’elle y cède, et ait jamais eu d’hallucinations psycho-motrices.

À partir de ce moment, nous avons assisté, au cours des examens ultérieurs, au resserrement rapide de cette ébauche de délire. Elle ne croit plus aux hallucinations hostiles : « Je me rends compte que c’était de la folie » ; déjà, lors de sa première visite, elle venait trouver un médecin pour, supprimer les voix intempestives, ne désirant pas supprimer les voix agréables de son mari.

À l'heure actuelle elle est dans une troisième phase, elle commence à douter de la réalité de toutes ses hallucinations, qu’elle interprète comme un épisode de folie. Quand on lui demande maintenant si elle croit à l’existence de la voix de son mari : « Non, ellé n’existe pas réellement, je crois que c’est « seulement le souvenir de mon mari qui est toujours vivace « dans mon cœur. »

L'Examen physique montre l’existence d’un Tabes fruste abolition des réflexes rotuliens et achilléens avec douleurs fulgurantes. Le signe d’Argyll Robertson en présente des gros troubles oculaires extrinsèques qu’elle présente : cataracte, taie de la cornée, est impossible à interpréter; on constate de linégalité pupillaire avec absence de réaction lumineuse, mais aussi accomodative.

Pas de tremblement, pas de dysarthrie, légers troubles de la mémoire, pas d’affaiblissement intellectuel.

La réaction de Bordet-Wassermann est très positive dans le sang.

La malade a eu, depuis deux mois, deux séries d’hectine.

Nous remarquons ici la formation d’une ébauche de délire comportant un système de deux groupes antagonistes : les hallucinations psychiques, sympathiques, les hallucinations auditives verbales, hostiles. Précisé-

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ment par l’absence de tendances paranoïaques chez la malace, lors de la réduction de l’ébauche délirante, ce sont les dernières qui se trouvent rectifiées le plus vite. Elle n’imagine pas que des ennemis puissent s’occuper d'elle, les troubles psycho-sensoriels lui apparaissent rapidement comme indésirables, en même temps que pathologiques, et c’est surtout pour s’en débarrasser qu’elle s’adresse à des médecins. La caractère bienveillant des hallucinations psychiques leur permet d’être retenues plus longtemps, mais en tous cas, d’elle-même, au bout de quelques mois, la malade les critique et les réduit à leur valeur. Pendant sa période de croyance, elle a ébauché évidemment quelques idées délirantes; celles-ci sont en rapport avec les tendances métaphysiques et imaginatives de tout son passé. Il semble que la période de début soit à rapprocher des cas de délire hallucinatoire décrits par F arnarier dans sa fixité, cette absence d’évolution signalée par Dide et Gassiot (Soc. de Psychiâtrie, novembre 1910) dans leur communication sur la psychose hallucinatoire chronique.

En somme, après une phase aiguë sans cause déterminante appréciable, se sont élaborées quelques idées délirantes dont le resserrement s’est opéré rapidement. Il ne semble pas avoir existé ici de phase confusionnelle et les hallucinations, pas plus que les troubles délirants, ne semblent pouvoir être rapprochés des psychoses consécutives à un état onirique. D’autre part, l'intégrité du fond mental jointe à l’absence de signes physiques permettent selon toute vraisemblance d’éliminer l’hypothèse d’un délire transitoire au début ou au cours d’une Paralysie Générale.

Observation 11.

M. C.. Félix, 40 ans, homme robuste, aux facies ouvert et sa-

tisfait, racontant volontiers son histoire, vient consulter à la Salpétrière pour hallucinations auditives.

Il s’agit d’un ancien éthylique : éthylisme avéré, avoué (il était chasseur dans un restaurant de nuit).

Les hallucinations ont débuté d’une façon brusque, à une date qu’il précise, le 24 juin 1913, dans les circonstances suivantes : la veille, revenant d’un voyage en Béarn, pour règlement d’affaires dans sa famille, ayant eu avec sa sœur une discussion qui l’a vivement ému, il s’arrête entre deux trains dans une petite ville voisine; il se lie avec des compatriotes, il est obligé de rester à déjeuner : temps très chaud, il boit beaucoup. Au départ, il est très vivement affecté qu’on lui ait retenu la monnaie de 100 francs, qu’on prétend, faussement, dit-il, lui avoir rendu, et encore plus, quelques instants après, de s’apercevoir que son portefeuille, contenant 300 francs, a disparu.

Il va à la gendarmerie porter plainte ; il n’y eut d’ailleurs aucune suite.

C’est le lendemain matin, se sentant très dispos après un bon sommeil, mais encore très affecté de sa mésaventure, que dans une salle d’auberge, au petit déjeuner, il entend que l’on se moque de lui en patois du pays et en le désignant nommément. Il s'étonne, regarde et vérifie qu’il n’y a personne pouvant lui parler ainsi.

Après une sédation de quelques heures, à Bordeaux, dans un tramway, il s'entend de nouveau interpeller et demande compte de ces insultes à un voyageur inconnu.

Depuis ce moment là, il a entendu sans cesse des voix s’exprimant sans cesse en patois béarnaïs, voix extérieures, paraissant venir de quelque distance, « comme des gens qui causent derrière une porte ».

11 reconnaît cinq timbres de voix différentes : trois hommes, et deux voix de femmes.

Pendant la guerre. étant auxiliaire, a demandé à aller au front pour vérifier si le bruit du canon ferait cesser les hallucinations, au moins avec un séjour -prolongé.

Le contenu en est toujours identique. Au début elles ne proféraient que des remarques : « Ah ! il est joli, c’est un beau garçon que C... ».

Parfois quelques vagues menaces : « Nous te ferons sécher, « nous avons des pouvoirs ».

Ces voix se manifestent avec plus d'intensité quand il y à du bruit, dans les tramways, dans le train; mais elles existent aussi dans le calme.

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Elles disparaissent dès qu’il fait attention, et ainsi, il peut les faire cesser volontairement, s’il s'applique à quelque chose, ou quand il parle.

Il présente également de l’écho de la lecture; les voix qui, en dehors de ce fait, sont toujours extérieures, répètent alors exactement ce qu’il lit; pour se défendre, volontairement, il lit en articulant les mots. « Ça me distrait l'attention de lancer les « mots, même tout bas, et comme cela je n’entends plus rien ».

Aucune autre hallucination psychique ou psycho-motrice ; pas d’écho de la pensée, pas de rêves.

Au début il a fait trois plaintes au commissaire « contre inconnu lui envoyant des voix ». Il a voulu se jeter à l’eau car il en était très importuné, n’en parlait pas à sa femme et a eu alors une phase de vive: inquiétude.

Depuis deux ans, a rompu totalement avec ses habitudes d’alcoolisme. À changé de métier (tailleur).

Parallèlement les voix ne se sont pas modifiées quant à leurs caractères extérieurs : par contre les réactions qu’elles entrainaient ont cessé, il ne s’en affecte plus : « Nous sommes fichus...; « alors ça me fait rigoler. ; je sais que je n’y puis rien, alors « je les laisse faire ».

Ces hallucinations s’accompagnent d’un minimum d’interprétations. Etant donné leurs circonstances d’apparition; le lendemain de sa mésaventure en Béarn, le fait qu’elles s’expriment en patois, il les attribue sinon aux gens de l’auberge, à des complices qu’il ne connaît pas.

Une des voix d'homme awant cessé de se faire entendre pendant la guerre, il en conclut que celui-là a été tué ou est mort.

Il suppose que l’action de ces voix qu’il ne peut s'expliquer: à cause de la distance, vient d'une « sorcellerie », peut-être d’herbe qu'on aurait mise dans sa boisson, le 24 juin 1915. € Dans le pays il paraît qu’il y en a beaucoup qui ont de ces « moyens-là ». « Cela se fait par suggestion », mais il ne s’explique pas comment ; « Quelqu'un m'aurait dit ça avant, j’au- « rais dit qu’il était fou. Je n’arrive pas à comprendre ça ».

Il suppose également que ses ennemis savent tout ce qu’il

fait, ce qu’il dit, même à distance, et en donne comme preuve lécho de la lecture.

Il admet la possibilité de troubles de l’ouïe, vient pour cela consulter le médecin et admet qu’on peut le soulager en le délivrant de cet « hypnotisme ». « Il voudrait bien en être guéri ».

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L'examen physique ne montre rien d’anormal. Les troubles d'intoxication éthylique qui existaient il y a quelques années, ont disparu. Un certain amaïgrissement survenu également à cette époque a fait place depuis deux ans à l’embonpoint.

Ici nous trouvons au début une période onirique assez courte, probable, dont la seule séquelle est représentée par les hallucinations auditives nettes avec l’écho de la lecture. Ces phénomènes ont persisté pendant huit ans avec une fixité remarquable. Ils se sont accompagnés

de réactions interprétatives réduites au minimum. Evi-

demment l’ensemble délirant a été plus développé que dans l'observation précédente, mais avec ce caractère commun de ne pas se développer. Dès le début C.…. a cherché à expliquer les troubles d’automatisme mental qu'il resséntait. Il a trouvé facilement dans les superstitions de son pays d’origine la clef de ces phénomènes ; son délire représente le moyen nécessaire et suffisant de’ satisfaire en lui le besoin inconscient de causalité. Il y a là une étape un peu plus avancée que celle où se trouvent les malades atteints d’hallucinose, à propos desquels Séglas écrit (Leçons Cliniques, p. 455) : « C’est l'hallucination qui constitue très manifestement le pivot, le fondement, des accidents délirants; à proprement parler il n’y a même pas de délire, car on ne peut guère appliquer ce nom aux interrogations que se pose le malade à propos de ses hallucinations ». Dans le cas qui nous occupe, le malade a répondu une fois pour toutes à ces interrogations et ne cherche guère à vérifier où à étendre la réponse qu’il leur fournit.

Il y a lieu cependant de remarquer dans ce second cas deux périodes distinctes : Au début, pendant six ans, on peut constater une grosse réaction affective visà-vis des hallucinations. Celles-ci sont inconscientes, l’intéressé croit fermement à leur origine extérieure, il s'en

affecte vivement et réagit par des plaintes aux autorités et des idées de suicide. Mais à aucun instant il n’a cherché à savoir d’où venaient les manifestations hostiles dirigées contre lui, ni pourquoi on s’adressait ainsi à sa personne. Il n’a jamais tenté d'enrichir son ébauche délirante. Par la suite, débarrassé de son intoxication alcoolique chronique, il a conservé les mêmes troubles psycho-sensoriels, la même esquisse interprétative, mais a supporté le tout avec une indifférence-à peu près complète, considérant qu’il s’agit Îà de quelque chose de désagréable pour laquelle il a du reste la conscience vague d’un état pathologique. Il est difficile de savoir s’il s'adresse au médecin naïvement, un peu comme à un sorcier capable de faire cesser un sortilège assez banal ou bien s’il lui demande de faire disparaître un état véritablement maladif. Ce sont des malades de cet ordre qui, un peu plus cultivés, peuvent très bien consulter un spécialiste avec la notion de troubles subjectifs de l'audition. Il n’est donc pas inutile pour l’otologiste de connaître l'existence de tels syndromes.

Notons également dans cette observation le fait comparable à ceux qui s’observent dans les cas de paracousie, à savoir que les hallucinations sont plus nettement perçues quand le sujet se trouve dans un endroit bruyant. | à

D'une façon générale on peut considérer que la persistance d’hallucinations auditives pendant un temps assez long en dehors de tout élément toxi-infectieux reconnu ne s'accompagne pas forcément de la création d'un système délirant.

Ce fait peut évidemment s’observer au cours des divers états démentiels lorsque les associations d’idées sont devenues insuffisantes et ne permettent plus la construction du moindre système.

De même chez de grands débiles peut-on concevoir que la même indigence imaginative empêche le déve- .1oppement et l’organisation de réactions délirantes. À un degré moindre on peut assister à la formation de délires correspondant au type déerit sous le nom de délire polymorphe des dégénérés. Dans ce cas au contraire, les interprétations sont nombreuses et selon le degré de débilité on peut observer tous les intermédiaires entre le délire polymorphe peu cohérent, procédant par « bouffées », irrégulier dans son évolution et, d'autre part, les délires systématisés de persécution, de type hallucinatoire, ainsi que l’avait indiqué Dupré.

Nous avons vu, chez les deux malades cités que l’on ne pouvait invoquer ni la démence ni la débilité mentale pour justifier l’absence d’extension délirante. La première malade même, par son caractère imaginatif et ses habitudes antérieures de production littéraire. avait en «lle des ressources mentales suffisantes pour constituer un svstème délirant assez riche. Il nous semble donc que l'on doive surtout faire intervenir chez ces malades l'absence de toute tendance paranoïaque. Ils n’ont pas le caractère méfiant, vaniteux et susceptible du persécuté et ne cherchent pas inconsciemment à se poser en victimes. Ils subissent leurs halucinations avec la croyance relative, discutée même, à une intervention étrangère hostile, mais n’en induisent pas pour cela qu'ils soient le centre de tout un système malveillant.

Rappelons que dans les deux cas cités s’observaient des tares organiques, dans le premier un tabes fruste paraissant fixé, dans le second une intoxication alcoolique chronique qui existait au début des troubles mais dont la disparition n’a guère influencé l’évolution des phénomènes psycho-sensoriels. Il serait difficile de préeiser le rôle étiologique de ces manifestations et pour

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