HISTORIQUE
I fut un temps pas très éloigné d’ailleurs où la méningite, la méningite qui tue, résumait toutes nos connaissances relatives aux réactions infectieuses des méninges.
Cependant, avant celte époque, On Soupçonnait l'existence des syndromes rappelant les méningites, évoluant rapidement, et aboutissant à la guérison avec où sans complications. Les médecins du siècle dernier (Broussais, Boudin, etc.), admetftaient sans conteste la possibilité de la guérison des méningites aiguës et en décrivaient les séquelles (troubles sensoriels, hémiplégie, hydrocéphalie).
Mais bien vite on pensa que ces phénomènes méningés étaient en réalité indépendants de toute lésion anatomique et on crût dans ces cas s’être trouvés en présence de fausses méningites et non de méningites vraies ayant guéri soit spontanément, soit sous l'influence d’un traitement approprié. Aussi, lorsque l’on voyait la situation se dénouer favorablement, disait-on : «le malade à guéri done il n'a pas fait une méningite » .
Les manifestations méningées ferminées par la guérison n'étaient que des fausses méningiles. Il fallait dès lors distinguer les méningites et les pseudo-méningites. « La guérison est une raison et des meilleures pour croire qu'il n’y avait là qu’une pseudo-méningite » (Bouchut), car les symptômes méningés « pouvaient
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tout aussi bien appartenir à une simple réaction sympathique d’une maladie sur le cerveau qu'à la lésion matérielle des méninges » (Guersant) C'est Bouchut qui développa cette conception et la précisa.
Dès lors on s'habitue de plus en plus à considérer comme suspects les cas de méningite suivis de guérison, et en 1894 la doctrine de la négation de la curabilité des méningites était à son apogée. C’est alors que Dupré (1), au Congrès de Lyon dans un travail très documenté sur la pseudo-méningite proposa le terme de méningisme « pour désigner la souffrance de l’ensemble des zones méningo-corticales, indépendante de toute altération anatomo-pathologique durable ».
« Ce terme, disait-il, avait l'avantage d'isoler la lésion du symptôme, de réserver une formule spéciale à une catégorie spéciale de faits : ceux où des influences nerveuses, d'ordre infectieux, toxique ou réflexe, mettent en jeu la série des symptômes ordinairement provoqués par une lésion inflammatoire directe. » Pour lui ces accidents sont d'origine toxique, de nature hystérique : le méningisme n'est qu'une forme de l’hystérie toxique. Ce méningisme faisait son apparition au début ou au cours des états morbides les plus variés, se montrant de préférence chez la femme ou chez les enfants et le plus souvent chez des individus tarés, hystériques. Il n'était dans certains cas que l'équivalent d'une crise névrosique. Tous ces cas se terminaient par la guérison « qui constitue l'élément tardif, mais décisif du diagnostic. »
«Le succès de la conception de Dupré, fut très grand; et désormais on désigna par ce mot nouveau et si vague, embrassant tout et dispensant de ne rien différen-
(1) Durré. Congrès de Lyon, 1894.
ont
cier, toutes les manifestations méningées curables : au règne du méningisme correspondait la négation de la curabilité des méningites vraies » (Gauthier).
Peu d'auteurs S’élevèrent contre cette théorie et ce
qu’elle contenait d'exagération. Gilles de la Tourette (1) s'élevait contre l'emploi de ce mot faisant remarquer qu'il serait alors aussi naturel d'employer les termes de pneumonisme ou de cardiopathisme pour désigner les troubles respiratoires ou cireulatoires sans lésions. Pour lui, il préférait dire, par exemple, entérite avec manifestations méningées, etc.
- Les faits semblent avoir donné raison à Gilles de la Tourette et aussi à Pochon qui soutint dans sa thèse, les mêmes idées, puisqu'un grand nombre de faits rangés autrefois dans le méningisme, sont des manifestations dues à des lésions et en ont été par conséquent distraites. Malgré les protestations de ces auteurs, il v à quinze ans l’on rangeait dans le méningisme, tous les états méningés qui guérissaient el parmi eux, certainement, plusieurs étaient de véritables méningites.
En même temps en Allemagne, Quincke apportait lui. aussi un mot nouveau pour désigner les cas où lexsudat au lieu d’être purulent au séro-purulent comme dans la méningite aiguë commune était simplement sérofibrineux. Il voyait dans ces états un phénomène analogue à ce qui se produit dans les pleurésies et les péricardites séro-fibrineuses et les appelait les méningiles séreuses. Le liquide céphalo-rachidien diffère peu du liquide normal : il s’en distingue cependant par de lhypertension, un léger louche, (le liquide peut même être parfaitement clair), une légère hyperalbuminose et quelques leucocytes. Cette déterminaison à pu avoir son intérêt il y a quelques années. En réalité « sous sa préten-
(1) GiLzes DE LA TOURETTE. Soc. méd. des Hôp., 1896.
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tion anatomique, elle ne veut pas dire grand chose », (Gastaigne) (1), et aujourd'hui on désigne sous ce nom un si grand nombre d'états morbides différents qu'il est impossible de s'y reconnaître. Les uns en effet sont des méningites microbiennes banales avec liquide céphalorachidien clair mais microbien, les autres seulement sont des méningites amicrobiennes. La forme séreuse peut d’ailleurs faire place à la méningite purulente chez le même individu.
Dès lors méningisme el méningites séreuses se partacérent la faveur des médecins.
La ponction lombaire en permettant de multipher les investigations vint faire le procès de la conception de Dupré. De ce jour les limites du méningisme purent être tracées et son champ en fut restreint bien vite considérablement. Les manifestations cliniques méningées observées au cours des maladies infectieuses furent dès lors attribuées à leur véritable cause : l'infection des méninges ; c'étlaient des méningites bénignes mais des méningites tout de même. Les symptômes méningés élaient sous la dépendance de Finflammation des méninges ef non sous celle d'une problématique action réflexe. i
La ponction lombaire permettant de faire « une vériable biopsie » par l'examen du liquide céphalo-rachidien, élablissait la Curabilité des méningites (communication de Netler à la Soc. méd. des Hôp. 1898).
Un pas de plus élait fait.
L'histoire des réactions méningées devait être singulièrement précisée par la découverte, par Widal et ses élèves, du cyto-diagnostic. Dès lors ont pu être décelées ces méningites légères ou transitoires, dès lors ont pu être rapportés à des altérations méningées des symp-
(1) CASTAIGNE. Journal médical français, juin 1911,
tômes nerveux qui dans bien des cas, manquant de précision, laissaient le diagnostic incomplet et hésitant.
La ponction lombaire devait faire encore davantage. La présence d'un exode leucocytaire dans le liquide céphalo-rachidien venait témoigner de l’inflammation des méninges. Cette inflammation des méninges pendant longtemps fut considérée comme due à une infection de la cavité rachidienne; à une action directe des microbes au niveau des méninges.
Celte idée paraissait d’ailleurs justifiée par un grand nombre de faits. Il était aisé en effet de mettre le mierobe à côté du leucocytle. I fut aisé de déceler, le pneumocoque, le streptocoque, le méningocoque, le bacille de Pfeiffer, dans les méningites infectieuses, le bacille de Koch dans les méningites tuberculeuses, voire même le {répomène dans les méningites syphilitiques (Gaucher et Merle, Sézary et Gaillard). De même au cours des infections les plus diverses il fut facile de montrer que le microbe de l'infection générale était aussi celui de l’infection locale (fièvre typhoïde, paratyvphoïde, ete.).
On s’habituait donc peu à peu, le microbe étant si souvent décelé à côté du leucocyte, à considérer la présence du leucocyte dans le liquide céphalo-rachidien comme la trace d’une infection aiguë, subaigue ou chronique. Réaction méningée égalait infection méningée. La présence de lymphocytes était due à une infection subaiguë; on les trouvait dans les méningites tuberculeuses et syphilitiques, dont ils furent pendant longtemps un caractère presque pathognomonique : la présence des polynucléaires au contraire revêtait une attaque brutale des méninges par des microbes divers : surtout le prneumocoque et le méningocoque. Dans le premier cas le liquide était clair ou à peine louche, dans le second au contraire il était puriforme ou même purulent.
Les travaux de Widal et de ses élèves, Gougerot, Le-
RE Ab
mierre, Boidin, Philibert, devait modifier cette conception.
Les états méningés ne relevaient pas toujours d’une action directe des microbes au niveau de la méninge molle. Tout comme dans les pleurésies (Widal et Gougerot), comme dans les hydartroses (Gaillard) on pouvait trouver dans les méningites, des épanchements, voire même des épanchements puriformes, où il était impossible, par les épreuves de laboratoire les plus minutieuses, de déceler le moindre microbe.
Il les appela des « épanchements puriformes aseptiques des méninges avec polynueléaires histologiquement intacts ». Il avait remarqué, en effet, que si l’absence de microbes dans le pus, soit après examen direct, soit après cultures ou inoculations, permettait de conclure à la stérilité du pus, les recherches bactériologiques étaient très longues, et il fallait toujours un certain temps pour reconnaitre l’ensemble des résultats obtenus. De plus on pouvait toujours, même si les résultals étaient négalifs, se demander si le pus actuellement aseptique, n’avait pas été microbien à son origine. Un caractère permettait de conclure rapidement : ce caractère tiré de l'examen cytologique des liquides puriformes épanchés dans les méninges est donné par l'intéorité histologique des polynucléaires qui le troublent. Dans les épanchements puriformes aseptiques, en effet, «les polynucléaires accumulés n'ayant eu aucun assaut offensif à soutenir, conservent toute la pureté de leur contenu et toute l'intégrité de leur noyau. Ces épanchements pouvaient se retrouver dans les conditions les plus diverses, mais surtout dans la syphilis (Widal et Lemierre, Widal et Boidin, Boidin et Poulard, Belin et Bauer, Widal et Ravaut).
On les a depuis retrouvés, dans l’urémie (Chauffard), dans l’éclampsie (Vilaret et Tixier), au cours des otités