‹ Contribution à l'étude DES États MéningésChapitre 24 sur 66 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

À la lumière de la bactériologie et du cyto-diagnostic nous avons vu que certains faits qui auparavant auraient pu être classés dans le cadre du méningisme, répondaient le plus souvent à une cause constante : infection ou intoxication.

De même quelques autopsies de sujets morts de maladies au cours desquelles ils avaient présenté des symptômes méningés, qu'on auraient autrefois qualifiés de méningismes, ont permis de bien voir que ce qui était considéré comme des altérations pour ainsi dire banales et sans importance (hypérémie, œdème des méninges) correspondaient en réalité à de véritables lésions.

On est arrivé en effet à attribuer à ces modifications anatomiques leur véritable valeur, quand on à pu voir que le liquide de cet œdème était susceptible d'infecter les animaux par inoculations des microorganismes pathogènes de la maladie au cours de laquelle s'était manifesté ce méningisme soi-disant sans lésion. Pfulh et Walhter décelaient ainsi le bacile de Pfeiffer et le streptocoque dans le liquide séreux de méninges simplement œdèmatiées. Tandis que Grasset qualifiait de méningisme un cas de fièvre typhoïde avec syndrome méningé, sans autres lésions à l’autopsie que l’œdème, Boden dans un cas analogue trouvait le bacille d'Eberth dans cet œdème.

Ainsi le cadre du méningisme se rétrécissait en mé-

me temps qu'augmentaient les données fournies par l'anatomie pathologique. Le syndrome méningé était sous la dépendance de lésions se trahissant par la congestion et l’œdème dans lesquels des microbes étaient décelables.

Au cours d'états méningés aseptiques on peut trouver ces mêmes altérations des méninges, mais dans ces. cas il à été impossible de déceler le moindre microbe dans l'épanchement, tant par [es examens directs que par cultures ou inoculations.

Voisin a pu faire lautopsie d'un assez grand nombre de malades morts dé pneumonie ou de broncho-pneumonie au cours desquelles ils avaient présenté des phénomènes méningés. Ces malades sont morts non pas de leur atteinte méningée mais de la maladie infectieuse. sous la dépendance de laquelle était le syndrome méningé. On peut d’après ces autopsies se faire une idée de ce que doivent être les méninges dans les cas d'états méningés aseptiques. I serait difficile de le faire autrement, ces états méningés, essentiellement bénins, guérissant le plus souvent:

4° Elude macroscopique.—- « Lorsqu'un individu suecombe aux progrès d’une broncho-pneumonie ou d’une pheumonie, souvent même si pendant la vie on a observé des phénomènes méningés on ne trouve à l’autopsie aucune lésion de l'encéphale. Peut-être cependant remarque-l'on un peu de congeslion : les vaisseaux sont plus apparents que normalement. « Cette congestion a été . signalée depuis longtemps. Il y a cinquante ans Bouchut érigeant en règle, l'examen du fond d'œil chez les enfants atteints d'affection méningée, remarqua que les cas, qu'il classait sous le nom de pseudo-méningite et dénommés plus tard méningites, se caractérisaient par une congestion de la papille ou de la choroïde, s’accom-

pagnant ou non de stase des’ veines de la rétine. Il en concluait que certaines réactions cliniques d'apparence méningitique sont dues à la congestion des méninges, premier stade des lésions méningées « le premier pas, le seul souvent qu'elles fassent vers la méningite ». Celle congestion ne provoque en général que des accidents bénins, elle semble cependant avoir contribuer à provoquer des accidents redoutables (cas de Belfanti, Auscher, Bergé, Claisse, Lamouroux, p. 65). Dans ces faits encore les circonvolutions étaient saines et le liquide, quand il fut ensemencé et inoculé, stérile. Cette congestion doit donc avoir comme substratum anatomique des altérations vasculaires, passagères souvent, mais cependant réelles et dangereuses.

Les syndromes qu'elle provoque ne doivent donc entrer ni dans le cadre des pseudo-méningites, ni dans celui du méningisme.

Plus rarement on peut noter de l'œdème cérébral plus ou moins marqué. Tantôt il est assez minime pour qu'on ne lui attribue aucune importance et qu'on le croit dû à une altération post-mortem. Tantôt au contraire l’œdèdème est assez abondant pour ne pas disparaître après la section de l’encéphale. Il laisse les méninges déplissées et « sur des cerveaux conservés au formol l’on peut même longtemps après en reconnaître l'existence antérieure par ce déplissé: ce dépoli des méninges » (Voisin). C'est à ces formes œdémateuses que l’on à pendant longtemps donné le nom de méningite séreuse: il semble bien cependant que pour Quincke à qui l’on doit ce nom, ce mot s'applique plutôt aux faits consécutifs à une augmentation interventriculaire du liquide céphalo-rachidien (hydrocéphalies aiguës) qu’à une exsudation sérieuse des méninges.

Tantôt l’œdème est clair ; séreux tantôt il est légèrement louche, plus ou moins opalescent, surtout le

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long des vaisseaux, tantôt enfin, il est purulent, et l'on peut voir des fusées purulentes suivre le trajet des artères.

On peut donc dans les élats méningés constater à l’au- {opsie tous les degrés d’inflammation des méninges depuis la simple congestion jusqu'à l'épanchement puriforme en passant par l’œdème séreux et l'œdème séropurulent.

Dans ces cas lœdème peut être stérile, ils rentrent donc bien dans le cadre des états méningés. Cinq fois Voisin eut des résultats négatifs en ensemençant cet œdéme sur gélose et gélose sang et en l’inoculant à la souris. Une fois même le liquide était purulent : on voit donc combien il est parfois difficile sinon impossible, d’assigner aux méningites purulentes une cause microbienne.

Cette congestion et cet œdème trouvés à l’autopsie de sujets morts de maladies infectieuses pourraient donc apparaître comme des lésions banales et incapables d'expliquer le prétendu méningisme observé pendant la vie. Cependant Pfühl et Walther (1896) dans la grippe, Boden, Lévi (1899) dans la tphoïde, Voisin dans les affections des voies respiratoires ont pu en pareils cas déceler dans ce liquide d’œdème, le bacille de Pfeiffer, le streptocoque, le bacille d'Eberth, le pneumocoque. Les faits de ce genre sont aujourd’hui bien connus. Ils montrent que les manifestations cliniques sont dues à un processus d'inflamation microbienne, au moins certaine fois. Dans d’autres cas, en effet, les microbes ne sauraient être mis en cause. Nous le verrons tout à l'heure.

Dans tous ces cas les méninges se détachent ordinairement bien de la substance cérébrale sans en enlever des parties. En général ces épanchements sont localisés aux méninges, cependant ils peuvent ne pas rester ainsi

cantonnés; on à pu voir coexistant avec l’œdème méningé des épanchements pleuraux ou péricardiques (Voisin). Dans un cas de Déléarde et Breton, après avoir existé dans les méninges il se révéla au niveau de l'articulation du coude droit, Une ponction de la jointure dès le lendemain de l'apparition des premiers symptômes donna issue à un liquide épais, d'aspect purulent, et se coagulant très rapidement en masse. Ce liquide contenait de nombreux polynucléaires restés intacts. Il était stérile,

À l’aulopsie on trouve aussi souvent des lésions de l'oreille moyenne. La fréquence de l'otite moyenne est si fréquente chez le nourisson atteint d'alffections des voies respiratoires avec ou sans symptômes méningés que certains auteurs avec Parrot, Hartmann, Barbillion, se sont demandés si cette infection auriculaire au lieu d'être secondaire ne serait pas primitive et cause de l'infection générale de l'enfant, et par suite peut-on ajouter cause de l’état méningé.

2° Etude microscopique. — À ces altérations macroscopiques correspondent comme substratum des légions histologiques. Mais les résultats fournis par l’examen anatomo-paltologique, montrent qu'elles ne correspondent pas exactement aux résultats macroscopiques de l’autopsie. Alors que le cerveau peut ne présenter macroscopiquement qu'une légère congestion, Voisin a trouvé de l’inflammation nette ; et inversement, quand il y avait œdème, cet œdème pouvait être parfois inflammaloire, mais pouvait être aussi, simplement sér'eux.

Voisin distingue donc deux ordres de faits dans lesquels l'œdème cérébral peut ressortir à deux processus différents que démontrent l'aspect histologique. Tantôt c'est un œdème simple avec par places seulement de

l'infiltration sanguine, tantôt c'est un œdème inflammaloire avec, dans ses mailles, des leucocytes infiltrés témoignant d'un travail d’inflammation. C’est ce dernier aspect que Laignel-Lavastine et Voisin proposent d’ap- . peler « stade séreux des méningites » ; ces deux sortes de lésions peuvent d’ailleurs coexister chez le même individu. L’inflammation méningé n’entrainerait d’ailleurs leurs pas forcément l'apparition d'une réaction leucocylaire du liquide céphalo-rachidien mais la présence de cette dernière serait toujours la preuve d’une inflammation des méninges.

Sicard et Salin ont pu autopsier un sujet adulte ayant succombé deux jours après une injection de sérum antiméningococcique qui avait été pratiquée, par erreur de diagnostic, chez un bronchopneumonique suspect de méningite. Le liquide cephalo-rachidien retiré avant la ponction n'avait permis de déceler aucune réaction chimique ou leucocytaire du liquide céphalo- rachidien. Is ont noté « une congestion vasculaire intense des méninges molles médullaires doublée d'infilirats leucocytaires lepto-méningés el périvasculaires ». En outre ils ont montré à la Société de Neurologie des coupes de mœælles de sujets ayant succombé à leur maladie causale (gangrène des membres inférieurs, etc.), mais quelques temps après avoir reçu une injection d'eau chloruréenovocainée ou de sérum antiméningococcique. L'inflammation méningée est nette avec diapédèse leucocytaire perivasculaire, localisée surtout au département postérieur des méninges molles et des racines postérieures, et s'étendant en hauteur jusqu’à la région cervico-bulbaire. Ces faits éclairent la pathogénie des signes cliniques méningés si fréquemment observés après les injections intra-rachidienes en même temps que la ge-

nèse de certains reliquats flasques notés après la rachianesthésie.

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3° Troubles de l'axe nerveux. — Macroscopiquement on n'observe que rarement des ramollissements, des foyers d'hémorragie ; au microscope par contre les lésions apparaissent fréquentes. Voisin a montré avec Laignel Lavastine que dans des cas de broncho-pneumonies avec symptômes méningés, on décelait toujours par la méthode de Nissi une altération cellulaire appréciable, et cela que le liquide soit ou ne soit pas stérile, qu'il s'agisse d’une méningite ou d’un état méningé aseptique. Pour ces auteurs il semble même qu'il y ait un rapport nécessaire entre cette altération cellulaire et les phénomènes méningés observés pendant la vie. Cette altération peut donc être due à une action directe des {0- “nes sur la cellule.

La méthode de Nissl révélait la : « disparition des grains donnant au protoplasma un aspect flou, une coloration diffuse », une modification de forme de la cellule qui devenait plus ou moins globuleuse ; une altération du noyau, dont les limites paraissaient floues. Enfin de la neuronophagie.

Du côté de la névroglie il y a une infiltration d'éléments jeunes due à la diâpédèse des globules blanes du

sang ou à la prolifériation des cellules du tissu conjonctif.

En outre on a signalé des lésions artérielles et périartérielles (gaines des vaisseaux).

En somme ce qu'il faut retenir de ces brèves notions d'anatomie pathologiques c'est que la lésion méningée est presque toujours accompagnée de lésions de l'axe nerveux. Il en est dans les états méningés comme dans les méningites vraies. Il est vrai que l’on pourra nous objecter que dans les cas que nous citons la mort a été dûe à l'hypervirulence ou a l'hypertoxicité. Si la suppuration n'a pas eu lieu c’est qu’elle n’a pas eu, comme dans les périlonites hypertoxiques, le temps dé se

produire : la mort l'en a empêché. Ce reproche pourrait à la rigueur s'adresser aux cas de Voisin, les faits rapportés par Sicard et Talien nous paraissent au contraire probants et à l'abri d'une telle objection. Il est done permis de généraliser et de dire qu'il doit en être de même dans tous les états méningés. Il y a dans tous les cas des altérations des méninges et de l’axe cérébrospinal. Réactions minimes si l’on veut, réactions certaines cependant.

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