CHAPITRE V
: PATHOGENIE
Nous venons de démontrer au cours des affections les plus diverses, l'existence d'accidents méningés pouvant guérir, ne donnant à la ponction lombaire qu'un liquide stérile clair ou puriforme, ne se traduisant à l’autopsie quand la mort survient, que par de la congestion et de l’'œdème cérébral.
Quelle est la pathogénie de ces états méningés? Tout d'abord sont-ils l'expression clinique d'une lésion anatomique? En second lieu quelle est cette lésion et comment provoque-t-elle de tels symptômes? Telles sont maintenant les questions qu'il nous faut envisager: :
I n'y a pas longtemps on leur déniait toute origine méningée et sous le nom de pseudo-méningite, de méningisme, on ne les considérait que comme le résultat d'un simple trouble dynamique indépendant de toute altération méningo-corticale:
On sait aujourd'hui ce que l’on doit penser de pareils termes. Certes, dans certains cas, ce qui, après le démembrement de l’hystérie par Babinsky, survit de cette névrose, peut prendre le masque de la méningite. — Le méningisme serait pour Pochon une des nombreuses manifestations de lhystérie..— Huchard parle dans le même sens dans sa communication sur le « pseudo-méningisme hystérique ». Il nous semble inutile d'insister beaucoup sur ce méningisme hystérique. Citons seulement les observations de Gaillard, de Simonin, d’Apert,
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de Régis, de Noques, de Tibaudel, etc... La plupart d’entre elles concernent des malades en bonne santé habituelle, ordinairement apyrétiques (bien que l’on connaisse la fièvre hystérique, et que Thibaudel ait rapporté un cas de méningisme avec fièvre hystérique), et non au cours d'affections graves.
D'ailleurs si chez l'adulte on peut admettre cette hypothèse de manifestations hystériques sous forme de manifestations méningées, il est impossible d'admettre une telle pathogénie pour les faits observés chez les enfants. Quoique l’hystérie soit possible chez eux, on ne peut admeltre Son existence avant deux ans, dans les cas de Voisin, par exemple.
Est-ce à dire qu'il faille éliminer le méningisme? Outre les cas de méningisme hystérique, il en est d’autres qui peuvent mériter ce nom. Ce terme répond à des faits réels et constatés, qui diminueront sans doute tous les jours davantage, à mesure que s’élargit le domaine de l'investigation clinique: ils n’en existent pas moins. Ce sont ces faits qui simulent cliniquement les méningites, sans qu'il y ait de lésions anatomiques. Ce sont toutes les méningites cHniques sans méningites anatomiques. À
côté. des méningites hystériques il semble qu’on puisse admettre quelques cas de méningisme réflexe, ce sont ceux qui ont rapport avec l'helminthiase, la coprostase, la dentition laborieuse. Il semble bien qu'au cours de ces états, un réflexe puisse provoquer le méningisme. Encore est-il bon de ne pas oublier dans ces cas la coexistence fréquente de troubles gastro-intestinaux, qui tout comme on l’observe au cours des maladies infectieuses, sont susceplibles de produire des toxines dont l’action sur les méninges el le système nerveux sera responsable du syndrome observé. — Nous rapportons quelques observations de faits de ce genre. Monod a démontré dans sa thèse combien sont fréquentes les
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manifestations nerveuses accompagnant les troubles gastro-intestinaux chez l'enfant.
Il s’agit le plus souvent de nourrissons qui, au cours d'une infection intestinale, présentent de la raideur de la nuque, du Kernig, et une tension plus ou moins grande des fontanelles. La ponction lombaire-révèle une altération du liquide céphalo-rachidien, mais pas de microbes. L’affection guérit le plus souvent. Quand elle se termine par la mort, l’autopsie ne décèle que de la congestion des méninges.
Ces faits peuvent être dus aux divers microbes de l'intestin, mais le plus souvent ils sont dus à leurs toxines. Il y a quelques années ils auraient été étiquetés : méningisme. Bien des cas rangés alors dans cette eatégorie sont en réalité des états méningés et relèvent d’une altération vraie, toxique ou microbienne du système nerveux.
Cependant il est des observations où la disparition subite des phénomènes méningés sans altération aucune du liquide céphalo-rachidien, à la suite de l'évacuation de vers intestinaux, ou de la disparition de la coprostase, semble plaider en faveur de phénomènes réflexes.
On doit donc les conserver dans le cadre du méningisme en même temps que les manifestations cliniques sans lésions. d'origine hystérique. Le terme de méningisme ne doit s'appliquer qu'à ces rares cas. C’est l’opinion à laquelle se rattachent aujourd'hui la plupart des auteurs et Dupré lui-même a déclaré que dans son esprit ce mot ne désigne qu'un syndrome hystérique ou les symptômes nerveux que présentent parfois les enfants au cours de l'helmintiase. —- Sa signification est donc restreinte; elle peut être utile dans ces cas, puisqu'elle’ supprime les expressions de pseudo ou fausses méningites employées jusque là. « Il n'y a pas de fausses ma-