CONCLUSIONS
A côté de la méningite qui tue, et de la méningite curable (au sens étymologique du mot) il existe des états méningés qui guérissent le plus souvent spontanément.
Ces états méningés consistent en un syndrome anatomo- clinique caractérisé, cliniquement par des symptomes méningés simulant dans leur ensemble la méningite tuberculeuse ou la méningite cérébrospinale ; anatomiquement par l'existence d'une réaction méningée nette, mais amicr'obienne.
Toutes les infections sont susceptibles de leur donner naissance (états méningés d’origine infectieux) — De même on les rencontre dans un grand nombre d’intoxications (états méningés toxiques).
Ils dépendent, non pas d’un simple trouble purement dynamique comme le méningisme, mais d’altérations méningées réelles quoique minimes (congestion, œdème). Ces lésions s’accompagnent souvent d’altération de la cellule nerveuse (chromatolyse, déformation globulaire du noyau, neuronophagie), révélée par la méthode de Nissl. — Elles relèvent : 1° d’une infection, le liquide céphalo-rachidien primitivement microbien est alors redevenu stérile ; 2° d'une toxi-infection, l’épanchement est toujours resté stérile depuis sa formation; 3° d'une intoxication endogène ou exogène.
Le liquide céphalo-rachidien stérile peut être clair ou puriforme et même purulent. Il présente des altérations physiques (hypertension), chimiques (hy-
peralbuminose, augmentation du taux de l’urée), cytologiques (Iymphocytose ou polynucléose), biologiques (révelées par la réaction de Wassermann, la précipito réàäction, la séro-réaction, etc.).
Ces réactions méningées du liquide céphalo-rachidien, ne correspondent pas dans leur intensité aux réactions cliniques.
Le diagnostic positif de l’état méningé est facile.
Le diagnostic différentiel est à faire avec les méningites vraies, le méningisme, l’hémorragie corticoméningée, simulant la méningite cérébro-spinale, et certaines tumeurs cérébrales à symptomatologie diffuse, sans phénomènes de localisation.
En attendant que l'étude des propriétés bio-chimiques du liquide céphalo‘rachidien arrive à préciser la nature des divers processus méningés, il sera basé sur l’analyse des symptômes, la recherche des antécédents, les données étiologiques, et sur les recherches de laboratoire (réaction de Wassermann, précipitoréaction, séro-réaction). L'association de ces divers procédés permettra souvent un diagnostic qu'isolés, ils eussent été incapables de préciser.
Le pronostic quoad vitam des états méningés est bénin. Ils guérissent le plus souvent en quelques jours, avec restitutio ad integrum, ils peuvent cependant laisser des séquelles après eux et exceptionnellement aboutir à la mort. Le pronostic éloigné doit être plus rèservé (arrêt du développement intellectuel chez les enfants, idiotie, imbécilité). Chez les adultes l’avenir nous dira si ces malades ne sont pas plus que d’autres des candidats au tabès ou à la paralysie générale.
La ponction lombaire à une réelle valeur thérapeutique, elle amène dans le plus grand nombre des cas une sédation des symptômes. Les injections de sérum bactéricides sont contre-indiquées. Le plus souvent,
avant de les pratiquer il faudra laisser au laboratoire le temps de préciser le diagnostic.— Le traitement de l'infection ou de l’intoxication qui aura donné naissance à l'état méningé sera, évidemment toujours mis en œuvre.
Etats méningés infectieux. — L'existence des états méningés infectieux autrefois révoqués en doute, est aujourd'hui démontrée.
Ils peuvent être primitifs. Dans ces cas, ou bien ils sont suivis des symptômes habituels de la spticémie dont ils ne sont que la localisation principale (états méningés marquant le début d’une fièvre typhoide, préouflien, etc.) ou bien ils constituent à eux seuls toute la maladie.
Leur étiologie est le plus souvent connue.
Elle peut rester problématique (états méningés d'origine indéterminée). Il est alors impossible de leur assigner une étiologie connue. Ce ne sont pas des méningites cérébro-spinales atténuées, ni des poliomélites à forme méningitique, ni des états méningés syphilitiques. Certains d’entre eux doivent être considérés comme des formes atténuées de la méningite tuberculeuse : la plupart restent des manifestations méningées d’une infection, encore inconnue.
Les états méningés infectieux secondaires peuvent se rencontrer dans un très grand nombre de maladies (oreïllons, fièvres typhoide, paratyphoïde, scarlatine, paludisme, syphilis, etc.).
La tuberculose peut donner des états méningés. À côté des méningites tuberculeuses qui guérissent (on en connaît 24 cas), on peut aflirmer l'existence de formes lègères, souvent bénignes, qui semble prouvées par le laboratoire, la clinique et l'anatomie pathologique. L’infection tuberculeuse ne tue pas toujours quand elie envahit les méninges ; elle évolue là comme
ailleurs, dans les poumons par exemple, allant de la congestion passagère à la granulie.
Etats méningés dans les intoxications. -- Tous les poisons endogènes ou exogènes peuvent déclancher des états méningés (eau salée isotonique, cocaine, stovaine, sérum de cheval, sérum humain, saturnisme, alcoolisme, intoxication oxycarbonnée, urémie).
L’exode leucocytaire, longtemps regardé comme la signature d’une infection, doit être regardé comme le résultat d’un trouble circulatoire aigü sous l’influente de l’intoxication.
Pour l’urémie la question n’est pas encore résolue. Les syndromes méningés de certaines urémies aigües fébriles, relèvent parfois d'une autre cause que la toxémie, en particulier d’une infection surajoutée.
Vu : Le Président de Thèse, ARDIN-DELTEFIL.
Le Doyen, I. COURTILLET.
Vu : Le Recteur, et permis d'imprimer Le 13 mars 1912.