OBSERVATION Î
(P. Reclus. — La talalgie et les exostoses sous-calcanéennes. Presse médicale, 1890, p. 1233-1235.)
Notre premier malade est un cantonnier de 31 ans, de bonne santé habituelle et n'ayant jamais eu — ce fait doit être noté — ni syphilis, ni blennorragie ; et, s’il fut dispensé du service militaire, c’est à cause d’une surdité de l'oreille gauche consécutive à une otite suppuréc de lenfance. Le 6 octobre 1909, il fut pris tout à Coup, après ses courses quotidiennes, d’une douleur très vive du talon gauche. Il y éprouvait des piqûres, des élancements, qui demeuraient intolérables pour peu qu'il voulût marcher encore, ou simplement, dans la station deboul, appuyer la plante calcanéenne sur le sol. I lui semblait avoir un gravier dans son soulier.
La souffrance disparaissait après une nuit réparaice et notre homme reprenait ses occupations au réveil; mais chaque jour, vers trois ou quatre heures de l'après-midi, la crise éclatait aussi violente que la veille.
MASON Très inquiet de la persistance du mal, notre cantonnier consulte notre collègue Lenormant qui lui conseille le
. repos au lit, le salicylate de soude et les badigeonnages à
la teinture d'iode. Au bout de dix jours la guérison
paraissait acquise, le malade reprenait sa tâche et tra-
vaillait douze heures sans encombre. Mais dans l’'aprèsmidi du lendemain les douleurs éclatèrent comme avant. Aussi le malheureux revient:il à lhôpital où M. Lenor-
mant réclame une radiographie du pied gauche, le seul
douloureux. Il y constate l'existence d’une exostose souscalcanéenne, et, comme notre jeune ami savait par la lecture de notre mémoire que le sujet nous intéressait, il voulut bien nous envoyer le malade.
Nous l'avons examiné avec vous. L'’interrogatoire nous apprit les crises douloureuses survenant tous les aprèsmidi, provoquées par les marches du matin et les stations debout trop prolongées. L'aspect de la région révèle une légère voussure de la plante sous-calcanéenne, un peu plus bombée que celle du pied droit. Cependant on ne sent à travers le coussinet graisseux aucune saillie anormale, mais la pression détermine une douleur très vive en un point limité, à deux ou trois centimètres environ en avant du bord postérieur du talon, en dehors de la ligne médiane, en un endroit qui correspond exactement à la saillie interne de la ligne lubérositaire.
En dehors des commémoralifs nous n’avons recueilli
qu'un signe, la voussure de la plante sous-calca-
néenne et la douleur à la pression en un point limité. C'était peu, mais heureusement la radiographie nous montrait une exostose que l'on retrouvait aussi bien sur
le pied indemne que surle pied douloureux.