CHAPITRE II
Etude critique des observations
Il apparaît, à la lecture de nos observations que l’expectoration sidérofère s'accompagne très fréquemment d’un degré plus ou moins marqué de fragilité sanguine. Il semble même, à bien considérer nos résultats, que les deux éléments de ce syndrome hémato-chimique subissent, dans un certain nombre de cas, des variations inversement proportionnelles, la résistance des globules rouges diminuant dans la mesure où le taux du fer augmente dans les crachats. La résistance globulaire reste, en outre, à peu près normale toutes les fois que la teneur en fer de l’expectoration n'excède pas sensiblement 0,015 mgr. pour 100, et l’on sait que le fer, lorsqu'il ne dépasse pas ce chiffre limite, ne revêt pas un caractère pathologique.
Le fait important est que ce syndrome hémato-chimique, expectoration sidérofère + fragilité sanguine, est, dans la plupart des cas, associé aux manifestations bruyantes de petit hépatisme. On observe, en
QT
effet, que le syndrome est typique 11 fois sur 12 observations de petite insuffisance hépatique chez des non tuberculeux. Dans un seul cas, la résistance globulaire et le taux du fer dans les crachats sont normaux. Cette association, fragilité sanguine, expectoration sidérofère et petite insuffisance hépatique, représente, de la sorte, une triade symptomatique dont les termes restent fréquemment groupés chez un grand nombre de sujets observés. Elle est, en effet, très fréquente chez ces pseudo-bronchitiques étudiés dans la thèse de R. Chevallier, dont le substratum anatomopathologique serait, pour le Professeur Paviot, une sclérose pulmonaire discrète hémosidérosique généralement associée à l’hypertrophie cardiaque globale d’allure primitive. Elle existait, de façon caractérisée, 13 fois sur un total de 18 observations.
Elle est particulièrement nette encore chez le tuberculeux pulmonaire non évolutif ou faiblement évolutif. Dans le premier groupe, dont l’expectoration est indemne de B. K., le tableau est complet dans 5 observations sur 7. Dans 2 cas seulement, on ne constate que l’expectoration sidérofère, la résistance globulaire demeurant normale. Dans le deuxième groupe, dont l’expectoration contient des B. K. d’ailleurs peu nombreux, [a triade symptomatique est nette 8 fois sur 11 observations. Dans 3 cas, la fragilité sanguine est absente.
Les recherches que nous avons pratiquées chez le grand insuffisant hépatique, type cirrhose de Laennec, et chez le tuberculeux évolutif à foie profondément lésé et à nombreux B. K., nous ont révélé soit une dis- :
is
sociation du trépied symptomatique, soit sa disparition complète.
Dans 10 observations de cirrhose de Laennec, le syndrome était totalement absent. Tous ses éléments: fragilité sanguine, expectoration mélano-sidérofère, manifestations bruyantes du petit hépatisme, faisaient défaut. Les signes cliniques et les tests de laboratoire (le coefficient de Maillard étant très élevé dans la moitié des cas), indiquaient, par contre, la gravité de l'atteinte hépatique. De même, dans 12 observations de tuberculose pulmonaire évolutive avec nombreux bacilles, deux éléments du syndrome, la fragilité sanguine et les signes du petit hépatisme étaient absents chez tous les sujets examinés; seule persistait l’expectoration sidérofère avec cette réserve importante qu’elle était absente dans 2 cas, presque normale, autour de 0.018, dans 2 autres, et faible, aux environs de 0,035, chez les 8 derniers malades.
On voit, à la lumière de ces faits, que la fragilité sanguine est constamment absente, comme l'avaient précédemment noté MM. Cade, Morel et Roubier, Bernard et Alain, et plus particulièrement M. Chalier, chez les tuberculeux pulmonaires évolutifs. M. Chalier, en effet, dans son étude de lhémolyse chez les tuberculeux, voit chez 50 sujets observés, la courbe de la fragilité sanguine s'inscrire dans les limites habituelles. I1 faut donc reconnaître, en dépit des autres tests de l’hémolyse sidérogène constatés chez ces malades, que la fragilité sanguine n’est jamais décelable chez le tuberculeux pulmonaire évolutif. On nous objectera, il est vrai, que nous l’avons mise en