‹ Contribution à l'étude des fièvres intermittentes pernicieuses cérébro-spinalesChapitre 10 sur 28 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

1: Accès brusque de Manie; fièvre intermittente punicieuse délirante. 2.— Accès, coma, Sulfate de quinine. Guérison. — (D' E. Bonnerre, de Chiguolo, cité par le D' Gowraup

d'Avignon.)

Ardemagni (de Chignolo), 50 ans, constitution robuste, tempérament sanguin, se réveille à la pointe du jour, le 20 septembre 1839, avec un frisson, et devint aussitôt maniaque : cheveux hérissés, yeux hagards et menacçants ; il s’agitait dans son lit en criant à tue tête : « Sancta Maria, mater Dei! »; attaquait sa femme, son frère, et les autres personnes qui venaient à lui, et se débattait comme un forcené. On eut besoin de beaucoup de monde et de force pour le mettre au lit et le maintenir. Je fus appelé ; je le trouvai blotti sous les couvertures ; à ma voix, il avança la tête et cria aussi fort qu'un énergumène : « Sancta Maria, mater Deil». Peau froide et sèche ; pouls lent et à peu près normal. On ne savait à quoi attribuer cette manie improvisée ; rien ne l’avait annoncée, à moins qu’on ne voulût prendre pour prodromes des rires grossiers qu'il avait fait entendre les nuits précédentes et qui n’avaient pas eu de suite.

N'ayant pas de renseignements sur la cause et le siège de la maladie, je prescrivis, eu égard à la vigueur de la constitution et à la perte subite des facultés intellectuelles, une saignée générale et un vomitif. Le chirurgien eut beaucoup de peine à ouvrir la veine, parce que le maniaque, quoique contenu par des hommes forts, se débattait d'une manière surprenante ; le sang parut naturel. Ce ne fut pas non plus sans difliculté que ses proches le déterminèrent à prendre l’émétique : vomis-

NON res.

sements de matières verdâtres, puis muqueuses. Je fus obligé d'arrêter les effets du tartre stibié, tant les soulèvements de l'estomac en vacuité étaient fatigants.

Les choses allèrent de ce train là jusqu’à midi ; alors le pouls commence à se ranimer, il prend de la force et de la fréquence, et au bout de deux heures la peau devient moite. Le malade reconnaît quelques-uns des assistants et me salue par mon nom en me voyant approcher de son lit. La fureur diminue; le visage et tout le corps se couvrent de sueur ; urine rare, rouge, briquetée; pouls large, onduleux; point de douleurs de tête; encore un léger degré de stupeur. Faisait-on quelques questions, il repassait en lui-même ce qu’on lui avait dit et répondait en paroles mal articulées.

Ardemagni ne se souvenait pas de son accident, si ce n’est qu’en se réveillant le matin il avait été saisi d’un froid aigu et avait aussitôt perdu la raison. Il ne savait rien de ce qui lui était arrivé depuis. La sueur et la fièvre cessèrent bien avant dans la nuit, et avec elles disparurent les symptômes de manie, au point que le malade, au lieu de se sentir faible, déclara qu'il se sentait parfaitement bien portant. Ce fut alors que, réfléchissant à la marche de cette manie, qui avait été compagne de la fièvre, j’acquis laconviction que j'avais à traiter une fièvre intermittente pernicieuse, et, voulant faire tout de suite ce qu’il y avait à faire, je fis prendre vingt-quatre grains de sulfate de quinine, depuis 8 h. du soir jusqu’à 2 h. après minuit.

À cinq heures du matin, survint un second frisson qui fut suivi de coma ; mais, cette fois, les deux symptômes se dissipèrent dans l’espace d’une heure. Ce n’était qu'un ressentiment de l’accès, qui parcourut sa période et se termina dans la soirée. Je donnaiï ensuite dix-huit grains de sulfate de quinine, et il n’y eut plus de fièvre, de coma et de manie.

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