‹ Contribution à l'étude des fièvres intermittentes pernicieuses cérébro-spinalesChapitre 21 sur 28 · III. — TROUBLES SENSITIFS CONSÉCUTIFS AUX ACCÈS PERNICIEUX · texte numérisé non relu

III. — TROUBLES SENSITIFS CONSÉCUTIFS AUX ACCÈS PERNICIEUX

Tandis que les troubles de l'intelligence et de la motilité ont de bonne heure frappé l'attention des observateurs, ceux de la sensibilité, moins difficiles à saisir, ont passé souvent inaperçus. Il nous a été facile de citer des cas de coma ou de délire, de paralysie ou de convulsion ; c’est à peine si nous avons pu trouver un fait d’hyperesthésie cutanée pernicieuse dans les ouvrages que nous avons consultés. L'anesthésie à été notée quelquesfois dans les observations précédentes, mais elle n’a pas attiré beaucoup l'attention. Grisolle ne dit pas un seul mot des troubles sensitifs symptomatiques des accès pernicieux. Jaccoud cite quelques faits: Le système nerveuæ sensitif, dit-il, peut être seul intéressé dans une sphère très limitée, et l'accident pernicieux est représenté par des douleurs ou par l'abolition d’une des fonctions sensorielles; de là, la forme arthritique, cardialgique et amaurotique (Morand). Les fluxions locales, les désordres mélanémiques de la circulation capillaire, sont les causes organiques de tous ces phénomènes.

LTCAQREE

Le D' Ouradou, après avoir cité plusieurs faits d'accès pernicieux paralytiques, ajoute: «Devons-nous rapprocher des accidents nerveux que nous étudions, une eraltation de la sensibilité dont nous avons un exemple, et qui, chez le malade auquel nous faisons allusion, était portée si loin que le moindre contact lui arrachait des cris perçants, tout à fait comparables à ceux que poussent les rhumatisants lorsqu'on touche, même avec la plus grande précaulion, les articulations entreprises? Mais peutêtre nous saura-t-on gré de rapporter ce cas, qui doit se présenter rare-

ment.

OBSERVATION XVe

Fièvre intermittente ancienne non traitée. — Un accès survient : perte de connaissance, pâleur générale, extrémités froides ; hyperesthésie cutanée très accentuée pendant deux jours. — Traitement par le sulfate de quinine. — Guérison.

Savignai, soldat au 1° bataillon d'Afrique, âgé de 25 ans, d’un tempérament lymphatique nerveux, depuis longtemps affecté de fièvre d'accès qu'il dissimule autant qu’il le peut pour ne pas être envoyé à l'hôpital, est pris d’un accès de fièvre qui se prolonge. Au bout de quelques heures, on m’appela pour le voir, et je le trouvai dans l'état suivant : perte de connaissance, gémissements confus, pâleur générale, extrémités froides, pupilles dilatées, pouls petit et médiocrement fréquent.

J'ordonne de suite de l’apporter à l'hôpital; mais je remarque qu’au moment où on le soulève pour le placer sur le brancard, ses plaintes reduublent; dès qu’on touche ses membres, il cherche à les retirer et pousse des gémissements, comme si ce contact était extrêmement douloureux. Dès qu'il est déposé sur son lit, à l'hôpital, il attire machinalement les couvertures jusque sur son cou, et se replie sur lui-même, comme un homme qui a froid ou est tourmenté de coliques; il re peut souffrir qu'on le touche ou qu'on change sa position.

La simple application de ma main sur un point quelconque de la peau suffit pour lui faire pousser des cris élevés, ce qui tient certainement à une exagération toute particulière de la sensibilité. L

Il est impossible, pour le moment, de songer à lui faire avaler la moindre quantité de liquide. On se contente donc de faire prendre dans la journée deux lavements avec sulfate de quinine 3 gram., éther 3 gram., laudanum de Sydenhan 20 gouttes; vésicatoire à la nuque, brique chaude aux pieds.

Le lendemain, cet homme a repris connaissance, mais il est toujours replié sur

lui-même; le moindre contact lui cause, dit-il, de vives douleurs ; le plus léger bruit

ETISe.

l'irrite, le lumière lo fatigue. Après avoir répondu un instant à nos questions, il se cache sous les couvertures et nous supplie, d’une voix dulente, de le laisser tranquille ; le pouls s’est relevé, la peau a repris de la chaleur, la langue est un peu embarrassée ; il balbutie un peu en parlant. — Il refuse de prendre le sulfate de

quinine ; nous avons de nouveau recours aux lavements. Frictions avec la pommade de sulfate de quinine.

Le 13 au matin, la détente est survenue ; le malade est bien, il s'exprime sans difficulté, sa sensibilité est normale. — Pendant quelques jours encore, le sulfate

de quinine fut continué pour prévenir une rechute; mais la convalescence fut très rapide, et le 16 il sortait de l'hôpital.

Des troubles des sens spéciaux ont été notés quelquefois ; Citella, en 186%, rapporte dans la Gazette médicale d'Italie un fait de fièvre pernicieuse amaurotique ; Harris en signale un second en 1869. Nous avons vu, dans le cours des observations précédentes, des troubles de la vue, de de l’ouie.

SYMPTOMATOLOGIE.

Les fièvres pernicieuses sont des fièvres à quinquina prenant la forme pernicieuse, c’est-à-dire s’adjoignant un élément pernicieux ; ce qui les caractérise, c’est la promptitude de leur marche, c’est l’imminence du danger qui les accompagne.

Le début des fièvres pernicieuses cérébro-spinales, comme celui de toutes les fièvres pernicieuses, est brusque et instantané. Si la fièvre pernicieuse a été précédée d’accès intermittents, au lieu de voir apparaître à l'heure du paroxysme les phénomènes habituels (frisson, chaleur et sueur), on voit survenir tout à coup des symptômes insolites (délire, coma, paralysie, convulsion, anesthésie, hyperesthésie). S'il n’a pas existé antérieurement de fièvre intermittente, c'est au milieu de la santé la plus parfaite que l'accès surprend le malade.

Le mode de début est donc un caractère commun à toutes les formes que peut revêtir la fièvre pernicieuse ; mais, à partir de ce moment, la marche et la symptomatologie varient suivant les cas. L'intelligence, la

Ad motilité, la sensibilité, peuvent être atteintes simultanément ou séparément. Nous avons donné une description de chacune des formes principales ; ces exemples vont nous aider à exposer la marche des fièvres pernicieuses cérébro-spinales. Ce qui domine pendant l'accès pernicieux cérébro-spinal, ce ne sont point les syptômes habituels de la fièvre, ils sont masqués par les symptômes cérébraux ou médullaires. lei, c’est une apoplexie avec coma et stertor, là un accès de délire aigu, ailleurs de l'hyperesthésie cutanée qui fait éprouver au malade des douleurs très vives, d’autres fois une perte brusque de la vue, de l’ouie. En même temps, la température est élevée, le pouls très fréquent. « Dans les différentes formes, dit le professeur Castan, l'examen attentif des différents temps de l'accès fera souvent reconnaître l'existence de quelques symptômes rappelant les stades du paroxysme de la fièvre intermittente ; c’est ainsi que dans la forme délirante on voit le délire, qui pour lui remplace la période d'expansion, de chaleur, ete., précédé d’un état syncopal analogue évidemment au temps de concentration, au frisson. »

Le malade peut succomber au premier accès, mais le plus souvent la mort ne survient qu'au second ou troisième accès. Peu à peu, la température redescend, le pouls devient moins fréquent, l'accès prend fin ; mais tandis que les troubles nerveux consécutifs à l'accès simple disparaissent avec lui, les troubles encéphaliques ou médullaires consécutifs aux accès pernicieux en sont comme une suite, la conséquence et l'expression symptomatique principale; ils persistent plus ou moins longtemps après ia cessation de l’aceès. Bien plus, si un accès nouveau intervient, on voit les troubles nerveux, qui tendaient déjà à disparaître, acquérir une nouvelle intensité.

Après une durée qu’il est impossible de déterminer et qui varie suivant une foule de circonstances, si la mort n'arrive pas par le fait de l'intensité de la congestion cérébrale, la peau se couvre de sueur, une rémission se manifeste. Le délire devient moins intense et fait place à de l’affaissement: suite inévitable de la fatigue occasionnée par les efforts qu'a dù faire le malade pendant l'accès. Le coma est remplacé par de la somnolence ; les contractures, les mouvements convulsifs, cessent ; la motilité, la sensibilité,

Hold reviennent peu à peu dans les membres paralysés ou insensibles, « Le malade, dit Maillot, exécute quelques mouvements automatiques ; sés paupières se relévent, ses yeux restent largement ouverts ; il est longtemps étranger à ce qui se passe autour de lui ; c’est dans ce moment, bien plus encore qu’au début, qu'il a cet air étonné que, dans aucune affection, on n’a vu aussi prononcé. Il reprend peu à peu, et comme en détail, l'usage de ses sens; la vue, l’ouïe, la parole, reviennent successivement. C'est dans celte période que le médecin doit se hâter d'agir, car bientôt peut se déclarer un nouvel accès qui emportera le malade.»

La fièvre pernicieuse cérébro-spinale se montre rarement sous d’autres types que les types quotidien, tierce, double tierce, La marche de cette affection est très rapide et le péril augmente avecle nombre des accés. Il arrive fréquemment aussi que ceux-ci sont d'autant plus longs qu’ils se renouvellent plus souvent ; parfois même ils deviennent subintrants. Suivant Maillot, les quotidiennes deviennent pernicieuses du troisième au sixième accés, el les tierces du troisiéme au quatrième.

Lorsqu’on ne fait rien pour prévenir la fièvre, presque tous les malades succombent au troisième ou au qualrième accés. Rarement la maladie se prolonge jusqu’au cinquième; beaucoup meurent dés le second ou méme le premier. Les fièvres pernicieuses offrent encore ceci de particulier qu’elles peuvent se transformer les unes dans les autres. Il peut se faire encore que deux ou trois symptômes prédominent au même degré.

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