ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les altérations dépendant des accès pernicieux doiventétre recherchées dans la rate et dans les centres nerveux.
Dans presque tous les cas, on trouve une congestion de la rate, qui est augmentée de volume, ramollie el diffluente. La congestion a méme été dans certains cas si violente qu’elle a causé une rupture de l'organe, d’où hémorrhagie interne foudroyante ou péritonite suraigué.
Du côté des centres nerveux, le plus souvent il n’y a que de la congestion. Ainsi, chez le malade de l'observation, qui a succombé dans le
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coma, nous n’ayons trouvé à l’autopsie du cerveau que de la congestion; les sinus étaient gorgés de sang, la pie-mêre très congestionnée; des coupes faites sur divers points du cerveau montrèrent un piqueté rouge ; nulle part on ne constata d'hémorrhagies. — Les gros vaisseaux ne contenaient pas de caillots et d’embolies. Du côté de la moelle, on retrouve les mêmes altérations.
Dans certains cas, on a trouvé des embolies pigmentaires, des petites artères du cerveau et des hémorrhagies cérébrales ; c’est la substance grise corticale du cerveau qui se trouve habituellement le siège des lésions. Les forces intellectuelles, motrices et sensitives, peuvent être isolément ou simultanément altérées. La substance grise de la moelle, les cornes antérieures ou postérieures, nesont plus rarement atteintes. Quand ces altérations ne se modifient pas sous l'influence du traitement : elles donnent lieu à des dégénérescences secondaires.
On peut trouver encore d’autres altérations dans les divers organes : elles ne se rattachent pas directement aux accès pernicieux ; nous ne pouvons pas nous en occuper Ici.
ÉTIOLOGIE — PATHOGÉNIE.
Ce sont les contrées méridionales, les colonies de l'Algérie ou de la Cochinchine, qui fournissent le plus grand nombre de cas. «Il est rara, dit Grisblle, de voir des accès pernicieux ailleurs que dans les pays marécageux; on les rencontre spécialement dans ceux qui sont le plus insalubres. À Paris, on en observe rarement ; nous en avons pourtant reconnu déjà cinq ou six exemples. Peut-être les accès pernicieux ne semblent-ils si rares à Paris que parce qu'ils passent souvent inaperçus ; beaucoup de malades succombent sans qu'on soupçonne même la nature de l'affection. »
Dans le midi de la France, où se trouvent de nombreux étangs, les accès pernicieux sont relativement fréquents, et, dans certaines régions malsaines de l’Algérie, on les a vus sévir d’une facon épidémique sur les militaires.
Dans une même région, les variations de température, les perturbations
EN atmosphériques, toutes les causes qui favorisent le développement de l'effluve paludéen, favorisent aussi la production des accès pernicieux.
« Le pluie et les inondations qui ont afiligé le midi de la France dans ces derniers temps, dit M. le professeur Grasset, ont amené sur le littoral méditerranéen des accidents paludéens. Les fièvres intermittentes, qui diminuaient les années précédentes, ont encombré de nouveau les salles de l'hôpital Saint-Éloi d’une manière véritablement extraordinaire. » Parmi les cas à forme rare qu'il a observés, il signale l'observation à forme apoplectique avec hémiplégie, que nous avons rapportée plus haut.
« Les causes des fièvres pernicieuses sont les mêmes que celles des continues et des rémittentes, dit M. le professeur Castan : D'une part, intensité plus grande de l’effluve paludéen, prouvée par ce fait que les fièvres pernicieuses ne s’observent que très rarement en dehors des pays marécageux ; d'autre part, disposition intense particulière, favorisée souvent par la faiblesse du sujet. C’est en effet surtout chez les individus détériorés par la misère, les excès, par des fièvres intermittentes antérieures, qu’apparaissent les fièvres pernicieuses.» L'état de l'individu influe beaucoup sur la réalisation des accès pernicieux. Il est un fait que les fièvres paludéenne; sont plus intenses et plus pernicieuses chez les personnes étrangères aux pays marécageux, où elles contractent l'affection, que chez les habitants de ces localités. Les travailleurs qui descendent chaque année de leurs montagnes dans nos plaines, pour aider aux travaux de la campagne, sont très exposés aux accès pernicieux ; il en est de même pour les jeunes soldats envoyés dans certaines régions de l'Algérie.
En dehors des causes générales, il en est d’autres qui donnent lieu plus spécialement aux fièvres pernicieuses cérébro-spinales. Tandis que le froid, les variations de température, provoquent surtout les formes thoraciques, les climats chauds favorisent peut-être le développement des formes cérébro-spinales. C’est surtout à la fin de l’été et en automne qu’on voit se manifester des cas de ce genre.
À quoi sont dus les troubles variés que nous venons d'étudier ? « Le
caractère transitoire des troubles nerveux, dit Landouzÿy, exclut l’idée d’un
RG ramollissement cérébral; quelle est donc l’altération fonctionnelle suffsante pour produire des troubles moteurs, intellectuels ou sensitifs, et assez superficielle pour disparaître rapidement et complètement? Il ne peut s’agir que d’un trouble momentané d'irrigation, et voilà comment on est amené à faire jouer à la congestion cérébrale un rôle considérable pour expliquer les accidents palustres. »
Cette congestion des centres nerveux (encéphalique ou médullaire) est réelle pendant le premier stade de la fièvre ; il y a dans celte période de concentration un refoulement du sang vers les organes profonds, tandis que les parties périphériques sont anémiées.
Cette congestion est suffisante pour provoquer des désordres de motilité, comme le pensent Maillot (Traité des fièvres graves) et Ouradou. — Telle est encore l'opinion de MM. Jaccoud et Grasset : « La guérison rapide de ces maladies ne permet pas d'admettre chez eux autre chose que de la congestion ».
M. Vincent, faisant des réserves à ce sujet, rappelle qu’à l'opposé des paralysies dues à la congestion cérébrale simple, les paralysies d’origine palustre persistent longtemps et peuvent n’affecter que quelques groupes musculaires.
Ces objections ont leur valeur et doivent faire admettre que si la congestion cérébrale joue un rôle qui n’est pas douteux, il y a un autre élément qui intervient : c’est la mélanémie, l’altération pigmentaire du sang.
Ces pigments ont été constatés dans les vaisseaux de la région corticale; — on les à considérés comme l’origine des premiers foyers capillaires attribués, tantôt à obstruction des vaisseaux, tantôl à leur déchirure par obstruction du sang (Rindfleisch), ou à la rupture de petits anévrysmes capillaires remplis de pigment (Helsch).
En 1869, M. le professeur Bertin, dans le chapitre sur les Origines de l’'embolie, dit :
« Parmi les embolies, il en est qui sont fournies par des amas de pigment sanguin. Le pigment pathologique accumulé dans le sang par l'influence destructive du miasme paludéen sur les globules rouges (Griesinger), ne se présente pas tOujours à l’état libre, et peut s’agglomérer, ainsi que
Meckel l’a indiqué le premier, en petites masses irrégulières maintenues par une substance incolore. Que ces coagulum particuliers consistent en fibrine précipitée sur les angles des granules (Niemeyer), ou que les granules mélaniques s’agelutinent ainsi sous l'influence d’un reste de globuline à laquelle la matière colorante du sang était récemment associée dans les leucocytes intacts, il n’en est pas moins évident que cette aplitude des granulations pigmentaires à s’agglomérer en masses croissantes peut devenir une cause d’obstruction pour le vaisseau capillaire. La réalité de ces embolies pigmentaires n’est plus même un objet de doute depuis que des obstructions de cette nature ont été régulièrement constatées par Planer et Frerichs dans les capillaires du cerveau, des reins, du foie, chez des sujets atteints de mélanémie.
» Toutefois l'importance de ces embolies spéciales gagnerait évidemment à ce que l'accord s’établit entre les auteurs qui leur attribuent des symptômes cérébraux, rénaux, hépatiques, des fièvres paludéennes, et ceux qui, avec Planer et Frerichs eux-mêmes, voient dans le défaut d’une coïncidence constante entre les symptômes et les lésions, dans la stabilité des obstructions opposées à l’intermittence des phénomènes, enfin dans le succès de la quinine, des objections sérieuses à une semblable pathogénie. »
Nous allons essayer de donner l'explication des phénomènes morbides, qui, étant très variables, doivent avoir des causes diverses.
On comprend que, dans les accès apoplectiformes, l’extravasation sanguine qui se produit amène une compression de l’encéphale qui ne diffère en rien de celle qui a lieu dans l’apoplexie véritable, et que la paralysie consécutive soit la même.
Dans l'accès comateux, une forte congestion sanguine se produisant sur le cerveau, l’insensibilité, la suspension des facultés intellectuelles et motrices l’accompagnent. Mais, l’accès passé, l’excès de sang retenu par les capillaires est peu à peu repris par la circulation générale ; alors, l'organe étant à peu près débarrassé, le trouble fonctionnel cesse. L’innervation reprend sa force. Si au contraire la congestion persiste en partie, et l’analogie est là qui le démontre d’une manière irrécusable quand on observe
Ass ce qui se passe du côté de la rate, alors on voit l'organe incomplètement débarrassé recouvrer aussi incomplètement ses fonctions.— La vue est encore affaiblie, la parole difficile, les mouvements ne sont pas tout à fait libres, l'intelligence est faible, une céphalalgie gravative tourmente le malade.
Supposons maintenant que la congestion porte sur la moelle épinière, et les résultats nécropsiques que nous avons eu l’occasion de noter nous prouvent que cette supposition est d'accord avec les faits, on verra alors, suivant le degré de la congestion, la paralysie ou seulement la faiblesse des membres inférieurs.
ette paralysie et cette faiblesse sont le plus souvent d’une courte durée; mais que lirritation ou l’inflammation s'empare de la partie congestionnée, et l’on verra alors la maladie s’aggraver de plus en plus jusqu'au terme fatal.