TRAITEMENT
Le traitement prophylactique, dans une maladie aussi grave, ne saurait être négligé.
Les accès pernicieux peuvent débuter d'emblée chez des individus sains; ils arrivent alors à l’improviste, on ne peut rien faire pour les prévenir. Mais ce mode de manifestation n’est pas le plus fréquent; habituellement, ils surviennent dans le cours de fiévres intermittentes mal soignées, chez de vieux paludéens ; ce n’est qu'après plusieurs accès de fièvre intermittente simple que l'élément pernicieux s'ajoute. L'utilité du traitement prophylactique est ici d’une grande évidence. Le sulfate de quinine bien administré, aidé d’une bonne hygiène, pourra prévenir les accès pernicieux.
Traitement spécifique. — Dès que la fièvre pernicieuse est reconnue ou seulement soupçonnée, il faut se hâter de donner le sulfate de quinine, füt-on dans un des deux premiers stades de la fièvre. On n’espère pas avoir une action sur l'accès actuel ; mais, s’il n’est pas fatal, il pourrait être suivi d’un autre de si près que, si l’on attendait l’apyrexie pour agir, on arriverait trop tard. Comme le temps presse, il faut donner le méd cament à doses élevées et aussi rapprochées que possible. L’utilité de ce procédé était si bien reconnue autrefois, qu’on introduisait le médicament en même temps par toutes les voies par lesquelles il pouvait être absorbé : on l’administrait concurremment par la bouche, en lavements et par la méthode endermique. Tous ces moyens étaient bons, mais ils n’agissaient pas assez vite. Les injections hypodermiques, actuellement préconisées, ont le double avantage d'agir très vite et de pouvoir être toujours employées. On peut se servir de la solution de bromhydrate ou de sulfate de quinine. Le bromhydrate est soluble à chaud dans 10 gram. d’eau addition-
uée d’acid : chlorhydrique ; le sulfate de quinine est dissous dans une petite quantité d'acide tartrique. Depuis quelques années, on emploie beau-— coup, dans les hôpitaux de Montpellier, la solution suivante, préconisée par M. le professeur agrégé Hamelin :
Sulfate de quinine....... 1 gram.
Acide tartrique.......... 0,55 centigr.
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Traitement des symptômes et des lésions. — Le sulfate de quinine, qui peut suffire dans les cas simples, a besoin d’être secondé par d’autres moyens dans les accès pernicieux. Ainsi, pendant l’accès pernicieux, la congestion intense des centres nerveux, le délire furieux du malade, les convulsions, la douleur, sont des éléments d'indications qu’on ne peut négliger. On combattra la congestion céphalique par une saignée générale ou locale, suivant l’état du pouls; on appliquera des sangsues sur les malléoles, et on calmera la douleur en associant de l’opium au sulfate de quinine.
Les accidents nerveux cèdent ordinairement avec facilité lorsqu'on les combat au début, mais souvent ils résistent avec opiniâtreté aux traitements les plus rationnels et les mieux dirigés. L'accès terminé, le malade peut revenir à son état normal; mais le plus souvent il existe encore une congestion des centres nerveux qui nécessite alors l'emploi des dérivatifs ; des sangsues doivent être placées une à une de chaque côté des apophyses mastoïdes, suivant la méthode de Gama. Ce moyen, comme toutes les émissions sanguines, n’est pas sans danger; il faut se garder de le prodiguer. Maillot usait trop des émissions sanguines ; aussi a-t-il vu des accidents pernicieux survenir après leur emploi, tandis qu'il les eût prévenus sûrement en administrant plus tôt le sulfate de quinine. Dans les pernicieuses comateuses, de grands vésicatoires appliqués sur la tête préalablement rasée peuvent avoir de grands avantages. Dans certains cas, comme le dit Ouradou à propos des paralysies pernicieuses rebelles au sulfate de quinine, il faut recourir à un nouvel ordre de moyens, et, lorsque l'irritation a cessé, il faut employer les toniques.
— Jyo
Lesexcitants nerveux peuvent aussi devenir très utiles, comme lesfrictions irritantes sur le trajet du cordon nerveux et de petites doses de strychnine appliquées sur le derme préalablement dénudé au moyen d’un vésicatoire. Dans certains cas enfin, surtout dans le but de combattre les accidents paralytiques ou anesthésiques, des bains sulfureux et des courants faradiques rendent de grands services.