INTRODUCTION
Dans les contrées exposées aux effluves des marais, le praticien est appelé à observer des maladies fébriles d’une gravité extrême, et sur la nature desquelles il doit être rapidement fixé, pour que son action puisse être efficace: nous voulons parler des fièvres pernicieuses accompagnées de manifestations céphaliques, thoraciques ou abdominales, intéressantes à étudier à cause de la variété de leurs formes, de la soudaineté de leurs manifestations, de la gravité de leurs symptômes, et pouvant être dans la pratique le sujet d’erreurs de diagnostic qu'il est important d'éviter. En effet, le diagnostic de la pature de ces maladies n’est pas facile à poser, parce que bien souvent elles sont méconnues, soit que les renseignements fassent défaut, soit qu’on se laisse abuser par les symptômes. — On traite ces symptômes; mais la maladie poursuit sa marche vers la mort. Ce qu’on ne voit pas alors, c’est que les actes locaux sont sous la dépendance d’un état morbide qui les domine; les symptômes sont bien aussi le sujet d'indications thérapeutiques qu'il ne faut pas négliger, mais il faut surtout s'occuper de l’état général, dont ils ne sont, dans le cas actuel, que la manifestation. Derrière les troubles nerveux ou respiratoires, il importe au plus haut point, de voir la maladie essentielle, l'affection au quinquina.
Parmi les faits que nous avons relatés, il en est qui nous ont surtout frappé par les troubles nerveux qui y dominent.
Dans les auteurs que nous avons consultés pour nous éclairer sur celte question, nous n’avons trouvé que des observations isolées ; des publications d'une grande valeur ont été faites sur les paralysies pernicieuses : nous citerons, parmi les plus récentes, celles du D' Ouradou, de M le professeur
Grasset, de Vincent et de Landouzy. Mais on n’a pas encore pensé à réunir dans un même travail les diverses manifestations cérébro-spinales des fièvres pernicieuses.
Une étude synthétique est certainement nécessaire: on a groupé les paralysies pernicieuses; il faut aussi grouper les convulsions et rapprocher les troubles moteurs de ceux de l'intelligence et de la sensibilité. Tel est le but
que nous nous proposons d'atteindre.
Montrer ce qu’on doit entendre par fièvres pernicieuses, et, après un Historique rapide, réunir les diverses classifications pour adopter celle de Torti, en soliariæ et comitatæ, c’est ce que nous ferons dans une première partie.
L'existence de plusieurs groupes de fièvres pernicienses étant ainsi démontrée, dans une deuxième partie, après avoir donné successivement des exemples de troubles intellectuels, moteurs et sensitifs dans le cours des accès pernicieux, nous pourrons décrire la Marche, montrer les lésions du côté des centres nerveux, rechercher les Causes, poser le Diagnostic et le Pronostic.