‹ Contribution à l'Étude des Fistules Vésico-Intestinales SpontanéesChapitre 34 sur 47 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

M.-H. Moresrin [79], Bull. et Mém. de la Soc. de chir. de Paris, t. XXXIV, 1908, p. 778-781.)

Présentation de pièce.

Fistule vésico-intestinale consécutive à un cancer du côlon pelvien. Le 3 février de celte année 1908, on apporta à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Landry, un vieux marchand d’habits, L... (L.), âgé de 67 ans, atteint d’une hernie étranglée. I] s'agissait d’une hernie inguinale droite, jusque-là réductible, et qui, brusquement, avait cessé de l'être, en provoquant tous les signes bien connus de l’étranglement. L'examen ne révélait rien que de banal et parfaitement classique.

La kélotomie, pratiquée sans retard, ne montra non plus rien de particulier; le sac contenait une anse grêlé baignant dans de la sérosité roussâtre,. et cette anse, encore en bon état, fut réduite aisément après débridement du collet. Bref, les choses se passèrent de la façon la plus simple, la plus ordinaire, et sans le moindre incident.

Aucune complication ne vint d’ailleurs troubler la réparation de la plaie opératoire, qui guérit en huit jours par première intention.

Mais, coïncidence singulière, à partir de l'intervention, le malade n’émit plus une seule goutte d'urine par l’urètre, et la totalité des urines s’écoula par l'anus.

Pendant quatre jours, on nota que les matières fécales mêlées d'urine contenaient, en outre, du sang et même des caïllots sanguins en assez grande quantité, indiquant une notable hémorragie.

Le malade, qui, déjà, avant les accidents survenus du côté de sa hernie, était dans un état de sénilité très accentué, s’affaiblit et déclina rapidement, et quand, le 1” mars, je pris la Clinique de l'Hôtel-Dieu, je le trouvai dans un tel état de cachexie, de déchéance

et de marasme, que je dus porter immédiatement le plus sombre

. F pronostic.

L... était non seulement incapable de quitter son lit,/mais même de s’asseoir ou de se retourner. Il ne s’alimentait presque plus

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Chaque demi-heure, il émettait, par l'anus, une sorte de purée fécalourineuse d’odeur abominable, l'urètre ne laissant toujours passer aucune goutte d'urine. L'anus paraissait très irrité, des plis radiés étaient épaissis, rougeâtres et semés d’exulcérations. Sur tout le pourtour de l’anus, les téguments étaient épaissis, indurés, rigides, lichénifiés. Une escarre occupait la région sacrée.

Le toucher rectal permit seulement de reconnaître une hypertrophie prostatique considérable; on ne put sentir, ni tumeur, ni induration de la paroi rectale, ni perforation.

Une sonde, introduite dans la vessie, ramena quelques gouttes d'urine trouble; la vessie était done vide; l’urine ne s'y accumulait pas et passait très rapidement dans l'intestin. D'autre part, rien du contenu de l'intestin, ni gaz, ni matières, ne passait dans la vessie. . Une injection d’eau colorée avec le bleu de méthylène fut poussée dans la vessie; elle revint immédiatement par l’anus.

L’exploration du rectum à l’aide d’un rectoscope permit d’inspecter la cavité rectale sur une assez grande hauteur, mais je ne pus apercevoir la communication. Je n’eus, par contre, aucune peine à m'assurer que la muqueuse rectale était très enflammée par le contact de l'urine, couverte de muco-pus, et présentait des dilatations vasculaires et des suffusions sanguines.

Je me gardai d’ailleurs de prolonger ces manœuvres; elles m'avaient appris que la fistule siégeait relativement haut sur l’intestin et n’était pas abordable par le périnée. J'insistai d'autant moins que le malade me paraissait hors d'état de supporter une intervention. La sonde en gomme introduite dans la vessie nous avait, par un frottement un peu rude, donné le soupçon d’un calcul. Le malade avait d’ailleurs subi antérieurement la lithotritie. Admettant volontiers la présence d'une concrélion caleuleuse dans la vefsie, et ayant envisagé la possibilité de l’origine calculeuse de l’accident, nous pensions plutôt que la communication devait être ättribuée à quelque néoplasme, probablement du gros intestin. L'exploration de la vessie avec un instrument métallique semblait à première vue un peu dangereuse, la vessie étant vide, rétractée, l'énorme hypertrophie de la prostate devant rendre plus délicat encore cet examen, d’ailleurs peu utile, En effet, le malade nous pa-

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