‹ Contribution à l'étude des formes anormales de la maladie de Hansen: Difficulté de leur diagnosticChapitre 8 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Formes anormales de début

Si comme nous venons de le voir dans le précédent chapitre, la lèpre tout à son début se présente à nous avec son cortège de symptômes caractéristiques, le diagnostic s’imposera et aucune hésitation ne sera permise. Mais malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi et l’on dirait que la lèpre ayant conscience de sa laideur, veut garder l’incognito; elle se dissimule souvent derrière des manifestations vagues, nullement caractéristiques, à tel point qu’il est même difficile de la soupçonner. Les spécialistes, les médecins du pays à lèpre, cependant très avertis, la laissent souvent échapper ; à plus forte raison un médecin non spécialisé, exerçant dans nos régions, ne pensera pas, devant de tels malades, à la maladie de Hansen. Cependant, comme nous l’avons dit, c’est à cette période que le diagnostic est d’une importance capitale, au double point de vue thérapeutique et prophylactique. Dans certains cas, la maladie de Hansen se traduira en tout et pour tout par des signes généraux et fonctionnels des plus vagues, c’est ce que Joachim Mottat appelle si bien la lepra incipiens. Dans d’autres cas, une seule

OT Le

manifestation lépreuse - retiendra notre attention et devra nous suffire pour établir notre diagnostic. Il s’agira, d’autres fois, de quelques bulles, plus ou moins intenses, devant lesquelles il faudra savoir penser à la lèpre. Enfin, il nous arrivera d'être obligé d’aiguiller notre diagnostic vers la maladie de Hansen

devant un malade présentant un syndrome aigu.

Nous allons dans ce chapitre examiner successivement ces quatre formes de début.

Le bacille de Hansen a pénétré dans l'organisme, il va s’y développer sans bruit, le mal est à l’état de latence. Mais il arrivera un moment où cette infection lépreuse, qui a évolué sournoisement jusque-là, va se faire jour. Elle va se traduire le plus souvent par des symptômes pathognomoniques, mais parfois, et ce sont les cas que nous envisageons, la symptomatologie sera très pauvre. Quelques poussées fébriles, une adénopathie généralisée doivent suffire pour faire penser à la lèpre, lorsque nous nous trouvons en présence d’un malade qui a eu des contacts avec des lépreux, ou qui, dans ses antécédents héréditaires ou collatéraux présente des cas de maladie de Hansen. Les deux observations qui suivent, illustrent ce que nous venons de dire et mettent en évidence le petit nombre et le peu de spécificité des symptômes qui peuvent conduire au diagnostic précoce de la lèpre, diagnostic confimé ici par des examens bactériologiques indiscutables.

nt —

OBSERVATION I (Marcel LÉGER)

Lors d'une de mes inspections à Saint-Laurent-du-Maroni, mon camarade et ami Patterson me montra un garçonnet métis, très surveillé par son père, qui depuis six mois présentait toutes les trois semaines des accès de fièvre irréguliers de plusieurs jours consécutifs. L'examen du sang n'avait jamais révélé la présence d’hématozoaires de Laveran, il n'y avait pas de parasites intestinaux. La fièvre en aucune façon ne réagissait à la quinine administrée. Les maximums étaient vespéraux, on ne constatait pas de vrais frissons, comme dans le paludisme. L'’examen du mucus nasal fixa le diagnostic, il fut mis en évidence des bacilles lépreux. Le mois suivant, les lésions cutanées faisaient leur apparition sous formes de macules discrètes,

OBSERVATION II (M. W. KHOMOUTOFF)

Le malade est un jeune employé de 21 ans, originaire d'une famille saine et n'ayant aucun antécédent personnel ou collatéral morbide. Ce sujet, qui n’accuse aucun trouble, vient chercher un certificat médical de bonne santé qu'il doit présenter. On remarque un très léger oœdème de la face, surtout aux arcades sourcillières. Les téguments sont hâlés, sauf à la face où ils sont plus clairs. Le froid rend la peau légèrement violacée ; tous les ganglions lymphatiques sont augmentés de volume, indolores, indurés, non soudés aux tissus adjacents. La ponction des ganglions inguinaux montre des bacilles de Hansen en grande quantité, isolés et en globi, typiques.

MD

La lèpre commençante peut ne présenter qu'une lésion unique, restant longtemps unique, de la peau et des muqueuses, véritable chancre lépreux marquant le point d’inoculation. Tantôt ce chancre lépreux siège à la peau (figure, avant-bras). Plus souvent, d’après les médecins coloniaux, c’est aux membres inférieurs, aux pieds, aux jambes, chez les Africains et les Asiatiques, en raison des multipes éraillures ou piqûres fréquentes chez ces indigènes marchant pieds et jambes nus. Ces lépromes, chancres d’inoculation peuvent présenter les caractères classiques, mais il n’en est pas toujours ainsi. Il arrive souvent que les critères classiques sont incomplets, la teinte, la consistance peuvent ne pas être caractéristiques et surtout l’anesthésie peut manquer (De Beurman et Gougerot). Dans tous les cas, 1l faut recourir à la biopsie qui seule permettra l'examen bactériologique et histologique.

Nous citons ci-dessous une observation de lèpre commençante, caractérisée par une plaque unique faisant penser à un chancre lépreux.

Page 1