HISTORIQUE
Les formes urinaires de l’appendicite sont à l’heure actuélle devenues une notion classique. Mais il semble que sous cette dénomination on ne considère que des complications d’une appendicitesoit aiguë, soit chronique. Les signes appendiculaires dominent toujours le tableau clinique, les signes urinaires sont au second plan,traduisant d’une localisation spéciale ou d’une complication de cette affection. Toujours la relation de causes à effets s’impose rapidement.
En effet, depuis la fin du xix* siècle, époque à laquelle lPappendicite est vraiment bien connue, on note un grand nombre de iravaux sur ce sujet. Tout d’abord on n’étudie que les complications urinaires de l’appendicite aiguë comme le phlegmon périnéphrétique et les complications vésicales dues aux abcès appendiculaires pelviens. Plus tard Dieulafoy décrit des lésions rénales au cours de l’appendicite réalisant ce qu’il appelle le « rein appendiculaire ». En réalité, il semble surtout envisager les phlegmons périnéphrétiques et les abcès du rein compliquant une appendicite aiguë.
Les troubles urinaires au cours de l’appendicite ne
sont connus que plus tard. Guyonneau et Arnal con-
M EC EE fre
sacrent leurs thèses aux troubles urinaires et aux complications urinaires de l’appendicite. Bérard et Vignard dans leur importante étude de l’appendicite font une large part aux formes urinaires et aux complications urinaires de cette affection sans toutefois attirer l’attention sur le fait qui nous intéresse, à savoir : que l’appendicite peut se présenter sous le masque d’une affection urinaire pure sous laquelle on doit savoir la déceler. te
De 1910 à 1914, l'attention des chirurgiens est pourtant de plus en plus attirée vers cette importante question. Leroy (de Lille) présente sa thèse sur les hématuries urétéro-rénales et l'appendicite. Nové Josserand et Fayol écrivent un important mémoire sur les hématuries appendiculaires dans lequel ils distinguent: les hématuries des formes suraiguës, aiguës, chroniques de l'appendicite et des hématuries post-opératoires. Enfin en 1914 la question des hématuries dans l’appendicite est mise au point par M. le Professeur Legueu dans une de ses lecons magistrales.
Tous ces travaux concordent bien à prouver l’existence de troubles urinaires dans l’appendicite soit aiguë, soit chronique. Mais dans tous, ou bien la relation de cause à effet s'imposait entre les troubles urinaires et l’appendicite dont ils constituaient soit un aspect clinique un peu spécial, soit une complication ; ou bien le lien .appendiculaire n’était décélé que tardivement à l’occasion d’une complication, à
plus ou moins grand fracas de cette appendicite.
EU LR
Il faut arriver en 1913 pour voir apparaître la première observation de forme urinaire pure de l’appendicite. C’est la publication de MM. Proust et Gayet sur un cas de pyélonéphrite guéri par l’appendicectomie. Ce cas, particulièrement intéressant, fait l’objet d’un rapport de Walther à la société de chirurgie en juillet 1914 sous le titre de pyélonéphrites d’origine appendiculaire.
Le rapport de Walther et la discussion qui le suivit à la séance du 15 juillet 1914 de la Société de Chirurgie de Paris mérite d’attirer un instant notre attention. Il nous montre d’abord l’existence d’une forme urinaire pure de l’appendicite, mais il nous montre surtout combien ces formes sont peu connues à tel point que certains chirurgiens n'hésitent pas à mettre en doute leur existence.
Dans l'observation de MM. Proust et Gayetil s’agit d’une fillette de 5 ans soumise à l’examen de M. Proust au début de 1911. Examen pratiqué par mesure de prudence, à la demande des parents de cette enfant dont le frère et la sœur venaient de présenter des crises graves d’appendicite.
L'examen paraît avoir été négatif. Mais à l'automne 1911, brusquement survient une attaque de cystite avec mictions fréquentes, purulentes, élévation de la température à 39°. Un traitement vésical est institué, l’urine reste purulente, la température se maintient à 390,
M. Proust voit l’enfant à ce moment et pense à une affection rénale ou à ün abcès ouvert dans la
F, Raymond D. 3
toute lithiase rénale. La recherche des bacilles de
Koch dans les urines reste négative, l’inoculation
au cobaye pratiquée reste sans résultats dansle sens
de la tuberculose. Le toucher rectal a depuis longtemps éliminé l'hypothèse d’un abcès pelvien.
On se trouve donc en présence d’une cystite aiguë, fébrile. L'examen de l'enfant montre une
série de points douloureux urétéraux, mais surtout
une douleur nette dans la région appendiculafre.
M. Proust ayant parlé de ce cas à M. Jalaguier
celui-ci lui affirme avoir vu des cas de puyrie appendiculaire. L'enfant mise au régime strict (repos au lit et bouillon de légume); la température tombe aux environs de 37° mais la pyurie persiste,
M. Proust intervient alors, et pratique l’appendicec-
tomie. La guérison est obtenue, complète, définitive. Revue 3 ans après la petite malade n’a plus jamais présenté ni pyurie, ni cystite.
M. Walther ayant rapporté cette observation insiste sur le fait que les pyélonéphrites dans l’ap-
pendicite chronique sont pratiquement inconnues jusque-là. Il rappelle que toute la bibliographie de cette question se résume encore à deux observations de Jalaguier ayant trait à des pyélonéphrites avec rétention guéries par appendicectomie et rap-
portées par Guyonneau dans sa thèse. Quant à lui, | i M. Walther, a recherché dans ses observations des
cas identiques et conclut que la pyélonéphrite est
rare dans l’appendicite car il ne retrouve qu'une
vessie. Une radiographie est pratiquée qui élimine
PE Fee
observation personnelle de colibacillurie avec poussée de pyélonéphrite résultant d’une côlite droite avec épiploïte et guéries par l'intervention seule.
Dans la discussion qui suit le rapport, M. Pierre Bazy discute le fait qu'il puisse y avoir des relations entre l’appendicite et la pyélonéphrite. Pour lui, rien, dans l'observation de M. Proust et Gayet ne prouve que l’appendicectomie ait guéri la pyélite. L'enfant a été traitée par le régime et par le repos au lit. C’est là la seule cause du succès, Il réclame d’autres observations identiques pour se faire une opinion car pour lui l’opération n’a été pour rien dans la guérison.
Comme on le voit l'observation de M. Proust et Gayet est particulièrement intéressante. Tout d’abord elle établit l'existence de forme urinaire pure de l’appendicite, mais surtout elle fait ressortir deux faits capitaux à notre avis : c'est d’une part la méconnaissance totale de cette forme de l’appendicite par la majorité des chirurgiens, même les plus éminents, de cette époque toute proche encore, et
‘d’autre part, le fait qu’une colite droite avec épi-
ploïte a pu entraîner les mêmes troubles et se trouver guérie par l'intervention. Notons ce dernier point sur lequel nous aurons l’occasion de revenir ultérieurement.
A la suite de la guerre l'étude des formes urinaires de l’appendicite est reprise activement et surtout depuis qu'en 1922 M. Heitz-Boyer a décrit et individualisé le syndrome entéro-rénal des tra-
RU
vaux importants ont été publiés sur cette question. C’est d’abord la thèse de Bouvier en 1924 sur les formes hématuriques du syndrome entéro-rénal, dont l'appendicite chronique est un des aspects les plus fréquents; c'est surtout un article de M. Guy- Laroche dans le Paris Médical du 2 août 1924 sur les formes urinaires de l’appendicite chronique et enfin la thèse de Laquierre en 1926 sur les rapports du rein droit et de l’appendicite au point de vue pathologique.
L'article de M. Guy-Laroche est pour nous spécialement intéressant ; car s’il décrit diverses formes urinaires de l’appendicite chronique il insiste avec force sur deux points qui nous paraissent capitaux.
L Pour lui il s’agit généralement d’appendicite rétro-cæcale dans la genèse des formes urinaires de l’appendicite chronique ;
20 Pour lui encore le diagnostic de ces formes sera souvent difficile et reposera sur un examen méthodique approfondi, complet, du malade dans lequel une part importante sera donnée à l’examen sous écran.
Quant à la thèse de Laquierre elle est également pour nous un document de grande valeur, non pas tant du fait qu’elle prouve surabondamment la possibilité des formes urinaires de l’appendicite rétrocæcale, mais surtout parce qu’elle rapporte un certain nombre d'observations intéressantes à étudier. En effet ces observations nous montrent que, si
le rapport entre appendicite rétro-cæcal et troubles
PE
Mo LES }
urinaires avait été connu, un certain nombre de malades, se présentant comme des urinaires purs et non curables par la thérapeutique usuelle, auraient pu être radicalement guéris par la simple appendicectomie.
Etudions par exemple l’observation de Chrelitzer rapportée par Laquierre à la page 26 de sa thèse. Il s’agit de l’observation d’une femme venant consulter pour douleurs rénales droites, syncopales, apparaissant plusieurs fois par jour avec vomissements et gonflement de l'abdomen. Les mictions sont douloureuses, les urines troubles, rosées. Pendant la crise frissons et fièvre.
À l’examen reins non palpables. Point douloureux cæcal. Urines claires, leucocytes, coli. L'examen radiographique élimine la lithiase. Les examens de spécialité urinaires font faire le diagnostic d’uretérite avec colibaciilurie.
Dans les jours qui suivent, violente crise douloureuse, les urines deviennent fétides, d’odeur fécaloïde.
Chrelitzer pense à une appendicite rompue dans l’uretère. Un urologue connu n'est pas de cet avis et fait une néphrectomie.
Pas d'amélioration et dans une seconde intervention on vérifie le diagnostic de Chrelitzer (Appendice entièrement accolé à uretère avec une toute petite communication).
Cette observation se passe de commentaire. Il
s’agit de toute évidence d’une appendicite rétro-