TRAITEMENT
Le traitement des fractures des métacarpiens est peu compliqué. La première indication dans ces lésions est de combattre immédiatement les légères complications du traumatisme, gonflement des parties molles, inflammation et douleur. On arrivera à ce résultat par l’application de compresses humides antiseptiques, surtout s’il existe quelques éraillures superficielles. La main sera soutenue par une écharpe.
Lorsque les téguments seront revenus à leur état normal, généralement au bout de trois à quatre jours, on applique un appareil contentif qui doit être modifié'selon la nature de la fracture.
Dans les fractures qui ne se compliquent pas de déplacement, le bandage le plus simple sera le meilleur, car il est inutile, dans ces cas, d’appliquer un appareil d’immobilisation complète. Pour cela, on entoure la moitié inférieure de l’avant-bras et la paume de la main d’une couche d’ouate que l’on maintient, soit par une bande de gaze, soit par une bande de crêpe Velpeau. Il faut laisser l’extré-
mité des doigts libre, ce qui leur permet d’exécuter des mouvements utiles pour prévenir les:raideurs consécutives. Chaque jour on fera deux séances de massage, très courtes et très douces. De cette façon les phénomènes douloureux disparaissent rapidement, les mouvements des doigts réapparaissent progressivement et la guérison se fait en vingt ou vingt-cinq jours.
Dans les fractures à type mobile, il faut réduire le déplacement et maintenir les fragments en place par quelque appareil approprié. Pour réduire on presse sur la saillie dorsale ou palmaire, formée par les fragments, et on tire sur le doigt correspondant au métacarpien fracturé, pendant qu’un aide opère la contre-extension sur l’avant-bras. Si le déplacement est latéral, on agit de même, en ayant soin de refouler latéralement le fragment inférieur du métacarpien.
Dans le cas où la coaptation est parfaite et où les déplacements ne tendent pas à se reproduire, un simple pansement compressif maintenu à l'aide de. gaze silicatée, suffit pour conduire à la guérison.
Si, au contraire, le déplacement tend à se reproduire, il est alors nécessaire d'employer un appareil plus compliqué, et c'est la nature du déplacement qui guide le choix de l'appareil.
Albucasis avait imaginé un traitement des plus simples. Si le déplacement avait lieu vers le dos de la main, cet auteur prescrivait de mettre une attelle sur ce côté, et d’en appliquer une autre sur la face
palmaire, afin que la main fûl tenue droite et ouverte, Une bande, entourant la main, maintenait les attelles. Si le déplacement avait lieu du côté de la paume de la main, dit encore Albucasis, on fera avec du linge une espèce de boule, puis on la placera dans la paume atteinte de fracture, et on liera le tout avec une longue bande de toile.
Les chirurgiens qui suivirent Albucasis eurent seulement le grand tort d'adopter exclusivement l’un ou Pautre de ces appareils. Guillanme de Salicet, Fabrice de Hilden, Delpech, Boyer, etc., maintenaient, dans tous les cas, la main dans l’extension, Ambroise Paré, S. Cooper, au contraire, plaçaient toujours la main en flexion.
Lisfranc se servait d’une sorte d'étau représenté par deux attelles, dorsale et palmaire, que lon pouvait rapprocher à l’aide d’une vis.
Tous ces appareils avaient l'inconvénient de ne pas remédier au chevauchement des fragments et au raccourcissement du doigt, dans les fractures obliques. Sabatier imagina alors un appareil à extension continue. Il réduisait d’abord la fracture, il maintenait le doigt malade, accolé contre ses voisins, à l’aide de bandes agglutinantes. La résistance de ces deux supports suffisait à lutter contre la rétraction du doigt intermédiaire.
Pétrequin, lui aussi, imagina un appareil à extension continue. Il se composait d’une longue attelle fixée au coude par une de ses extrémités et servant par l’autre extrémité de point d'appui aux lacs
MO
extenseurs, qui exerçaient une traction sur le doigt.
De nos jours on emploie, soit les attelles, soit les appareils plâtrés, suivant les cas. On utilise souvent des goultières, faites avec du carton, préalablement ramoili dans de l’eau chaude au moment de leur application. |
Pour les fractures du troisième et du quatrième métacarpien, il est suffisant d'employer une simple planchette, sur laquelle on fait reposer le poignet, la main et la première phalange par leur face antérieure. On maintiendra l’appareil en place pendant dix jours, puis on fera chaque jour une séance de massage pour achever la guérison.
Le simple pansement ouaté et le massage suffisent généralement à guérir les fractures de la base des quatre derniers métacarpiens. Mais, comme le fait remarquer Duroux, lorsque, dans les fractures de la base du troisième mélacarpien, par arrachement de l’apophyse styloïde, le fragment arraché ne peut être réduit, on pratiquera la résection de cette petite masse qui le constitue et dont les arêtes vives gènent les mouvements des tendons extenseurs et meñacent d'ulcérer la peau. On aura soin de suturer le tendon du deuxième radial aux parties molles.
La fracture de Bennett entraine comme indication thérapeutique : la réduction du fragment subluxé et le maintien de cette réduction. Mais si la réduction est facile, le maintien en est très difficile. On a employé dans cette fracture, soit l'immobi-
D lisation dans un appareil plâtré, soit l'extension continue.
L'appareil plâtré se compose d’une gouttière entourant le poignet, recouvrant la paume de la main et encerclant la première phalange des doigts, sans recouvrir le dos de la main. Le pouce est recouvert sauf au niveau de la dernière phalange. On laisse l’appareil en place une douzaine de jours. Cet appareil n’est pas parfait, car, il arrive quelquefois que la subluxation se reproduit en partie.
Robinson a proposé un appareil à extension continue : |
1° On place sur les faces latérales du pouce une bande de diachylon, dont l’anse dépasse de 15 centimètres environ l'extrémité du pouce;
2° On entoure le poignet et le pouce d’une petite couche de ouate, et on applique deux minces attelles en bois, débordant le pouce en bas;
3° Une bande plâtrée est enroulée en spica autour
du poignet et du pouce ;
4° Pendant la dessiccation, un aide pratique l'extension avec la bande de diachylon ; en même temps le chirurgien fait la coaptation à travers le plâtre humide, en pressant directement avec son pouce sur la face dorsale du fragment subluxé et avec son index sur la face palmaire. On enlève l’attelle et on enroule une nouvelle bande de plâtre. Pendant la . prernière semaine on augmentera l'extension tous les deux jours. Après trois semaines
FU E on refait l'appareil qu'on laisse en place quinze jours.
On a certainement exagéré la durée de l'immobilisation dans les fractures des métacarpiens. M. Baudet conseille de n’immobiliser que pendant une dizaine de jours et de commencer aussitôt les massages. Il est certain que c’est le meilleur moyen d'obtenir un bon résultat fonctionnel.
Depuis l'application en thérapeutique de la mécanothérapie on à pu prolonger la durée de l’immobilisation et obtenir ainsi une ‘réparation osseuse plus résistante.
Nous indiquons le principe de la mécanothérapie, car celte thérapeutique tend à faire actutllement de nombreux progrès. Les principes de la mécanothérapie furent inventés par le suédois Zander. Ils comportent un dispositif mécanique qui remplace les mains du chirurgien. Ces appareils reposent sur le principe suivant : déplacement d’un bras de levier dont un contrepoids mobile gradue la résistance, le
malade agissant suivant les cas sur une poignée, une pédale, un siège articulé.
Ces appareils « rompent les adhérences, font jouer les articulations, mobilisent les tendons dans leurs gaines, rendent aux muscles leur volume, leur nutrition et leur vigueur.
» Dès que la blessure est réparée automatiquement, donc dès que le cal de la fracture est solide, dès que les phénomènes aigus douloureux ont disparu, il faut appliquer: le traitement »
(Forgues, Guide du médecin dans les accidents du travail). Pour les fractures du métacarpe on peut, commencer le traitement à la fin de la première semaine. :
En Allemagne, la mécanothérapie a fait des progrès énormes. Depuis la loi de 1884, on a créé des hôpitaux corporatifs pour les accidents du travail et la mécanothérapie a donné des résultats excellents. Il serait à sonhaiter, en France, la création de ces hôpitaux pour les accidents du travail, comme le demande M. le professeur Reclus.
Nous avons eu l’occasion d'assister, à l'hôpital Saint-Louis, à des séances de mécanothérapie par l’arthromoteur de M. de Chantassin et les résultats nous ont paru excellents.
Mais dans un accident du travail peut-il refuser le traitement mécanique? Le tribunal a conclu par la négative, ou en cas de refus par la diminution de la rente. « Attendu que le patron ne saurait être pécuniairement victime du refus d'un ouvrier, qui, contre son intérêt, préfère conserver une infirmité plus grande afin de toucher une indemnité plus forte » (Tribunal de Lille, 20 mars 1902).
Bien que, nous l'avons dit, les fractures des métacarpiens soient sujettes rarement à des complications, il faut s’efforcer cependant de les éviter. S'il y a luxation on aura soin de la réduire avant de traiter la fracture.
S'il y a pseudarthrose on pourra faire la suture
osseuse.