HISTORIQUE
Les fractures de- l'extrémité supérieure du radius sont surtout connues depuis la pratique de la radiographie. Les documents anciens montrent la pauvreté des premiers exposés.
Malgaigne, en 1847, dans son « Traité des fractures et des luxations + cite deux cas de fracture du col du radius associées à des lésions osseuses de voisinage ; Verneuil en 1850 rapporte un cas semblable, Plus tard, Coulon (en 1861), Voillemier (en 1867) déclarent qu'ils n’en ont jamais rencontrées. En 1876, Hueter, extrait par arthrotomie un fragment de tête radiale dont l> déplacement gène les mouvements du coude, réalisant ainsi la première intervention pour une fracture isolée de la tête radiale.
Bruns, en 1886, rédige un important travail basé sur 21 observations ; il étudie surtout la pathogénie et la symptomatologie des fractures de l’extrémité supérieure du radius mais néglige] leur thérapeutique ; il montre, en particulier, que les fractures isolées sont rares, d’ailleurs, sa statistique n’en comporte q'ie cinq cas sur vingt et un. Hamilton en 1884 précise à son tour que ces lésions s'associent le plus souvent à des dégâts osseux de voisinage. En 1888, Bardenheuer confond dans une même description assez confuse les fractures de la tête et les fractures du col. De multiples observations détaillées sont publiées au cours des années qui suivent, citons seulement celles de Pinner, Sheïld, Marmaduke, Powers, Wainewright, Moffat, Delorme, Cheyre, etc. Malgré l'intérêt croissant que semblent porter les chirurgiens aux fractures de l’extrémité supérieure du radius, les Traités français ne leur consacrent que quelques lignes,
Comme nous l’avons dit, la pratique des examens radiographiques permet l’étude approfondie de ces lésions traumatiques.
Les travaux qui virent alors le jour furent trop nombreux pour que nous puissions les rapporter tous et les analyser. Mouchet en 1909 publie dans la Revue de Chirurgie une importante étude sur les fractures du col du radius. Puis ce sont les thèses de Gazet (Lyon 1903), de Rabourdin (Päris 1910), les études documentées de Mulley (1912), Stocklin (1913), Tanton (1915), Serafini (1916), Sever (1925), Cutler (1926), Feuntelais (1926) et plus récemment celles de Pfab (1929), Lassen (1929), Key (1930), Lasserre (1930), Flemming! (1932), Militch-Branka (193), Beccari (1934). Ces travaux réservent une grande place à la thérapeutique orthopédique et chirurgicale, mais à ce point de vue le plus important et le plus récent de tous esi sans contredit celui de Fontaine et Bauer publié en 1935 dans le « Journal de Chirurgie ».
ÉTIOLOGIE ET MÉCANISME
Les fractures isolées de l’extrémité supérieure du radius sont rares mais non exceptionnelles, Dans le cadre des fractures du coude elles ne correspondent guère qu’à 5 % des cas. Les fractures associées à d’autres lésions traumatiques du coude sont beaucoup plus fréquentes à telle enseigne qu’on les rencontre 15 fois sur 169 dans la statistique de Mouchet et 11 fois sur 95 dans celle de Beccari. Les fractures isolées sont presque toujours fermées, d’ailleurs ce sont les seules que nous envisagerons dans notre description.
Nous verrons plus loin qu’anatomiquement il y a lieu de diviser les fractures isolées en deux groupes principaux suivant qu’elles siègent au niveau de la tête ou au niveau du col. Ces deux variétés de fracture se rencontrent avec prédilection à des àges différents. Les fractures de la tête radiale atteignent avant tout les adultes, les hommes de préférence ; celles du col, moins fréquentes, s’observent surtout chez l'enfant de 9 à 12 ans car à cet âge la tête est encore plus ou moins cartilagineuse. Dans l'enfance « la fracture du col du radius vient immédiatement après la fracture de l’extrémité inférieure de lhumérus, avant la fracture de l’olécrane (Mouchet). Cette prédilection de certains âges pour certaines variétés de fraciures pour être assez vraie dans l’ensemble n’en est pas moins sujette à des exceptions. Dans Îles observations que nous rapportons des fractures du col ont été rencontrées chez l'adulte et des fractures de la tête chez l’enfant.
Le mécanisme des fractures de l’extrémité supérieure du radius a été beaucoup discuté. Actuellement, on ne peut encore affirmer que sa connaissance soit définitive. La difficulté vient
comme toujours de l’analyse des commémoratifs de l’accident si souvent mal décrits par le blessé surtout si celui-ci est un enfant, La difficulté tient également au résultat négatif des expériences tentées sur le cadavre.
Envisageons d’abord le mécanisme direct, le plus rare à telle enseigne que nous n’en relevons aucun exemple dans nos observations. L’extrémité supérieure du radius, profondément située est vulnérable par un traumatisme direct seulement dans son segment qui correspond à la tête radiale, à la face postéro-externe du coude. Il est, en effet, facile dans celte région de palper successivement de haut en bas Ie versant postérieur de l’épicondyle, l’interligne condylo-radial, la cupule radiale qui roule sous les doigts lorsqu'on déclanche des mouvements de pronosupination. À ce niveau la tête du radius est sous cutanée et exposée. On comprend aisément qu’un traumatisme violent et bien exactement dirigé (chute sur un agent contondant ou une arête vive, coup appliqué avec un instrument étroit) puisse déterminer une fracture de la tête radiale, Il n’est pas toujours aisé de préciser si le traumatisme a été strictement direct ow indirect car très souvent le blessé affirme que son coude a heurté le sol le premier alors que la chute, en réalité, s’est effectuée sur la main, On peut ainsi attribuer à une cause directe ce qui est tout simplement la conséquence d’une cause indirecte, Quoiqu'il en soit nous ne saurions trop insister sur ce fait que les fractures de cause directe sont rares et ceci contrairement à l’opinion de Hoffa, Ricard et Demoulins, et leur exception est encore plus forte si lon considère uniquement, comme nous le faisions ici, les fractures isolées. En effet, dans la majorité des cas la violence du choc et les dimensions de l’agent vulnérant entraînent des lésions concommitantes des os voisins (olécrane, cavité sigmoïde, apophyse coronoïde, épitrochlée) constituant ainsi des formes anatomo-pathologiques qui ne rentrent pas dans je cadre de notre exposé.
Le mécanisme indirect des fractures de l'extrémité supe-
ricure du radius répond de toute évidence à la majorité des cas. Déjà Rieffel et Bardenheuer l’avaient reconnu, Les obser-
vations que nous relatons ont toutes trait à des chutes sur la face palmaire de la main droite, cinq d’entr’elles ont entraîné des fractures du col, les quatre autres des fractures de la tête. Dans tous ces cas la violence du choc consécutif à la chute sur la paume a été intégralement transmise par le poignet, puis par le radius à l’extrémité supérieure de cet os qui s’est brisé sur l’enclume du condyle huméral, le coude étant le plus souvent en extension. Si, dans ces conditions il est facile de comprendre l’écrasement de la tête, il semble par contre plus malaisé de saisir le mécanisme selon lequel le col se brise. Pour l’expliquer on a invoqué la position du membre en demiflexion et supinalion forcée avec action surajoutée des fibres du muscle court supinateur. Par ailleurs Tixier et Mouchet ont vu des fractures consécutives à une contraction brutale du biceps.
Si le mécanisme indirect explique d’une manière indubiiable la majorité des fractures de l’extrémité supérieure du radius il n’en est pas moins vrai que les expériences cadavériques n’ont pu reproduire les lésions traumatiques habituelles. C’est ainsi que Mouchet essaya en vain trente fois de provoquer une rupture du col de cause directe ou de cause indirecte. Ceci démontre le rôle qu’il faut peut-être attribuer à la tonicité musculaire et à la force de contraction des muscles.
Remarquons enfin, mais peut-être s’agit-il d’une simple coïncidence, que nos observations se rapportent toutes à des fractures de l’extrémité supérieure du radius droit (9/9).
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