CONSIDERATIONS GENERALES
Les fractures ouvertes de la rotule sont très rares; Allen, sur 50 cas de fractures n’a pu en compter que trois d’ouvertes; par contre, en chirurgie de guerre, elles forment presque la totalité des fractures de la rotule.
Les traumatismes susceptibles de causer cette lésion sont extremement variés : coup de pied de cheval, chute d’un toit, d’une échelle, de cheval, chute sur le bord d’un trottoir, une barre de fer, accident d’auto, accidents dus à une scie mécanique, un coup de hache, de faux.
Une rotule se brise suivant trois modalités. Nous ne parlerons pas des fractures indirectes, cause rarissime de fracture ouverte.
Les fractures fermées de mécanisme direct sont peu fréquentes; en effet, la rotule, véritable sésamoïde du quadriceps, est petite, mobile sur les condyles fémoraux et échappe assez facilement à l’action du traumatisme; c’est cependant le seul mécanisme ou à peu près des fractures ouvertes, d’où leur rareté.
La combinaison des deux précédents forme un troisième mécanisme : c’est le cas de la chute sur le genou, cause assez souvent retrouvée de fracture ouverte.
Anatomiquement, les fractures de la rotule peuvent être classées en quatre catégories :
1° Les fractures incomplètes, dans lesquelles le trait de
fracture a respecté soit le périoste, soit le cartilage d’encroûtement; elles sont rares quoiqu’ayant été observées plusieurs fois à l’occasion de la guerre (P. Duval).
2 Les fractures complètes sont à trait transversal ou sagittal.
Les premières sont fréquentes mais beaucoup moins que dans les fractures fermées où elles comptent pour 85 %; le siège en est:généralement à l’union des 2/3 supérieurs et du 1/3 inférieur de l’os. Le diastasis est plus ou moins marqué : dans certains cas on voit les condyles fémoraux à travers le foyer de fracture; dans d’autres, il y a contact en arrière entre les deux fragments, alors qu’il n’y en a plus en avant; ce diastasis est susceptible de s’augmenter si le traitement tarde. Il dépend de l’état du surtout prérotulien, des ailerons en particulier, à tel point qu’une méthode de traitement consiste à suturer ces ailerons, sans se préoccuper de l’os lui-même (Vallas).
Les fractures sagittales (4 %, B. Lima) sont moins rares que dans les fractures fermées, cas où l’absence de diastasis les fait quelquefois méconnaître. Le trait est en gé-
néral parfaitement vertical et passe au niveau du 1/3 externe de l'os.
3° Les fractures comminutives, toujours de causes directes, sont très fréquentes. Le plus souvent, il y a deux groupes de fragments, l’un supérieur, l’autre inférieur, nettement séparés, ce qui fait croire de prime abord à une fracture transversale banale. Le nombre des fragments peut aller jusqu’à 15 (Mayer); le plus souvent, la fracture
est dite étoilée avec un foyer central d’où partent les traits.
4° Les fractures associées sont le fait des grands traumatismes et accompagnent en général les fractures comminutives; on les rencontre surtout en chirurgie de guerre où les fractures isolées sont rares : Lefort sur neuf cas,
en a constaté une de fermée, trois d’ouvertes, cinq d’associées. |
Les lésions fémorales et tibiales sont variées : éclatement d’un condyle avec traits irradiés vers l’espace intercondylien, et l’autre condyle, broiements des épiphyses, fémorales ou tibiales, fissure cartilagineuse (coup de baïonnette), fracture comminutive des plateaux tibiaux... Il y a généralement, un foyer osseux où est enchâssé le projectile, et des esquilles. La fracture de la rotule est peu à côté du délabrement articulaire.
Non moins importantes sont les lésions des parties molles, apanage des fractures de guerre : décoilements musculaires, ligamenteux, lésions vasculaires commandent pronostic et traitement.
Retenons enfin comme notion physiologique, que la séreuse articulaire est en réalité du conjonctif adapté à un rôle particulier et qu’il suffit de l’irriter, par exemple par un drain qui la traverse, pour provoquer une prolifération du tissu conjonctif et à coup sûr une ankylose. (Leriche- Policard).