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CONCLUSIONS

Les maladies du système nerveux, qu’elles portent sur les nerfs périphériques, sur la moelle ou sur l’encéphale, peuvent donc s'accompagner de lésions osseuses, caractérisées tantôt par des phénomènes hypertrophiques, tantôt et surtout par des phénomènes atrophiques. Le travail de raréfaction est plus ou moins accentué ; en tous cas, il diminue la résistance des os et les prédispose aux fractures.

Nous avons insisté à dessein sur les lésions osseuses du tabes, car ce sont les plus fréquentes et les mieux connues. Sans vouloir faire une généralisation trop hâtive, ilnous semble permis de rapprocher ces aliérations osseuses de celles des autres affections de la moelle et de celles qu’on renconire chez les aliénés et les paralytiques généraux.

Nous ferons une exception pour la paralysie infantile ; tout en pensant que là encore, l’action nerveuse centrale est en cause, il est certain que le résultat est différent. M. Marie, nous l’avons vu, a émis l'opinion de l’origine infectieuse de la paralysie infantile, c’esi peut-être là une des causes de la réaction différente sur le tissu osseux.

Il serait intéressant de chercher s’il existe des lésions comparables sur les os des sujets alleints d’hémiplégie cérébrale infantile. Nous avons observé une fracture chez un malade de ce genre dans le service de M. Déjerine, à Bicêtre, mais la cause de l’accident ne nous a pas paru suffisamment légère pour permettre d'affirmer une friabilité préalable de l’os brisé.

Ce n’est pas sans une secrète pensée qu'en regard des maladies nerveuses que nous venons de résumer nous avons, dans

la première partie de cette étude, envisagé les fractures dans le BOUGLÉ ; 19

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cancer, le diabète, la tuberculose, la syphilis et dans l’arthrite seche.

Pour cette dernière affection, nous l'avons déjà dit, nous avons été frappé de la grande ressemblance de ses ostéo-arthropathies avec celle du tabes; mais nous n’osons pas affirmer l’origine nerveuse de celte osléopathie.

Les faits que nous avons pu recueillir pour la syphilis sont tellement vagues qu'il est impossible de rien avancer.

Nous avons donné une observation démonstrative, croyonsnous, de fracture spontanée dans le diabète sucré. Malheureusement l'examen anatomique n’a pas confirmé jusqu'à présent cette donnée de la clinique. Ce n'est que par analogie que nous pouvons admettre qu’il existait dans le cas de notre malade une ostéoporose de l’'humérus.

Quant à savoir si cette lésion est plus ou moins prononcée, généralisée ou non à tout le squelette, aucun fait ne permet de le dire.

Ce qui est certain c’est que la fracture spontanée est très rare dans le diabète sucré puisque nous avons eu beaucoup de difficulté à en rassembler quelques cas et que nous avons dû faire rentrer dans le même chapitre des faits disparates de pseudodiabète phosphaturique et polyurique qui en réalité devraient être étudiés à part comme étant symptomatiques d’affections cénérales cachectisantes telles que la phtisie au début.

Dans la tuberculose nous avons rappelé l'existence de deux modifications distinctes du tissu osseux : d’une part, un état de condensation du tissu osseux très spécial et qui s’étend à tout le squelette, d'autre part, une lésion d'atrophie graisseuse qui se localise au voisinage des tumeurs blanches, mais n’est pas directement produite par le bacille de Koch. — Faut-il voir une analogie entre ces altérations osseuses locales non spécifiques de la tuberculose et celles qui avoisinent une arthropathie tabélique ? L’arthrite tuberculeuse n’agit-elle pas indirectement sur la nutrition des os par l'intermédiaire du système nerveux,

ou bien faut-il admettre avec Pilliet l’action directe de la toxine tuberculeuse sur les tissus péri-articulaires ?

Nous croyons avoir démontré que le cancer peut, au moins parfois, s'accompagner d’une lésion généralisée à tout le squelette sans invoquer l'infection cancéreuse locale. Ce dernier fait peut se présenter, M. Hanot en a récemment cité un cas (1), mais sur les os que nous avons étudiés il n'existait pas dans la moelle d'éléments cancéreux.

Cette altération générale du squelette dans le cancer ne seraitelle pas sous la dépendance du système nerveux central? Le poison cancéreux, quel qu'il soit, ne porterait-il pas son action primitivement sur les cellules nerveuses? On a décrit, il y a quelques années, des névrites périphériques chez les cancéreux (2) qui parurent un moment expliquer les troubles trophiques qu'on rencontre parfois chez ces malades. On s’apercul plus tard que ces lésions nerveuses périphériques avaient en réalité moins d'importance qu’on ne l’avait pensé tout d’abord, comme pour les névrites périphériques du tabes.

Les lésions de raréfaction osseuse que nous avons signalées dans le cours de cette étude se rapprochent beaucoup de celles de l’ostéoporose sénile ; il semble que les différentes maladies générales que nous avons envisagées, ainsi que les diverses affections nerveuses, agissent à la facon de la vieillesse usant el raréfiant les os; mais cette ostéoporose sénile elle-même est-ce une allération purement locale, liée à l’amoindrissement de la force vitale des éléments osseux ?

On le voit, l'étude que nous avons entreprise nous porte à placer sous la dépendance du système nerveux l’ensemble des phénomènes de nutrition des tissus, des os en particulier. Toute lésion osseuse caractérisée par un vice de nutrition en dehors

(1) M. Haxor, Bulletin de la Sociélé médicale des Hôpitaux, 1875.

(2) M. Aucué, Névrites périphériques chez les cancéreux, Revue de médecine, octobre 1890.

d'un processus inflammatoire quelconque, aurait son explication dans une altération correspondante du système nerveux.

C’est là une grave question fort discutée aujourd’hui et que nous ne nous permettrons pas de résoudre...

Nos prétentions sont plus modestes : nous avons voulu seulement apporter des faits. Ayant eu la bonne fortune de pouvoir rassembler un certain nombre d’observalions inédites de fractures spontanées dans diverses maladies, nous avons recherché dans la littérature médicale les cas qui pourraient en être rapprochés.

Nous avons été frappé en étudiant à l'École Pratique les squelettes des cadavres destinés à l’enseignement de l'anatomie, dela fréquence des altérations osseuses, du moins de ces lésions grossières qui se traduisent à l'œil nu par un amincissement du tissu compact de la diaphyse des os longs étudiée sur une coupe transversale et par une friabilité plus ou moins grande de ces os. L’étude des lésions du squelette indépendantes de tout processus inflammatoire n’a guère été faite et nous pensons qu'il y aurait beaucoup à récolter de ce côté.

Nous sommes obligé de convenir que le résultat de nos recherches anatomiques et cliniques est peu considérable ; nous croyons avoir fait œuvre utile cependant en attirant l'attention sur cette question de pathologie générale à l'heure où la doctrine des fractures spontanées de causes générales menace de disparaitre devant les nombreux travaux récents qui ont montré la fréquence des lésions spécifiques locales dans les os atteints de « fracture spontanée ».

Vu :

Le Président de la thèse, TILLAUX.

Vu: L

Le Doyen, P. BROUARDEL.

Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris,

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