OBSERVATION XVI
(Personnelle)
G... âgé de 35 ans, garçon de peine à Lyon est entré le 27 avril à la clinique €e l’Antiquaille, service de M. le Professeur Gailleton.
Rien dans ses antécédents héréditaires. Père et mère morts
âgés, de maladies irdéterminées. Frères el sœurs bien portants.
Rien à noter dans ses antécédents personnels jusqu’à l'affection actuelle. Il a toujours été d’une santé excellente et d'une constitution vigoureuse.
Au mois de mai 4899 , et sans apprécier l'importance de cet incident, le malade signale que, plantant un échalas, celui-ci se brisa l'un des fragments vint violemment heurter la face postérieure du bras droit, produisant une écorchure qui se cicatrisa d’ailleurs normalement.
Quinze jours après, fin mai, il s’aperçut pour la première fois, d’un petit bouton, qu'il qualifie de furoncle, sur la face postérieure du bras droit. sur le siège de l'écorchure, dit-il. Ce bouton, peu douloureux, prurigineux, était surélevé et rouge et émettait à la pression un peu d’ « humeur ». Il s'affaissa en quelques jours et fut remplacer par une croûte, cachant une ulcéralion, qui disparut à son tour, laissant une trace blanchâtre.
Quinze jours après, apparition de plusieurs boutons semblables sur la région scapulaire droile. Mêmes caractères el même évolution.
Huit mois après, des efflorescences analogues surviennent au Cou.
Elles forment d'abord un bouquet central, qui s'étendent excentriquement formant un placard à bord polycycliques. Le centre régresse tout d’abord, constitué par un tissu cicatriciel du, aux ulcérations primitivement apparues. Toutautour de ce centre blanchâtre, les ulcérations apparurent à divers degrés. Enfin la périphérie est constituée par une série de papulopustules disposées en croissant ou en arc-de-cercle.
Puis tout se cicatrise peu à peu, le bord restant toujours plus surelevé et plus infiltré que le reste du placard qui est blanchâtre et jaunâtre, veiné de bleu et de rose, parcouru par des bandes dures et scléreuses. De placard tout entier fait son évolution en un mois environ.
Six mois après la région ombilicale est à son tour atteinte. Dès lors, les poussées en se discontinuant plus et successivement, s'étendent dans toute la région située entre le creux épigastrique, la région pubienne et les deux axillo-iliaques qu'elles dépassent même par endroits.
Aucune modification dans l'évolution.
. Jusqu’à cette époque le malade n'a suivi aucun traitement. Il se contentait de laver les plaies et de les panser avec des compresses de toile. Pas de traitement interne.
A ce moment (avril 1902) une poussée plus intensive décide le malade à venir à l'hôpital. Les efflorescences et les ulcérations ont envahi la région deltoïdienne gauche, le bras du même côté, la région intermammaire et le dos.
Au moment de son entrée à l'hôpital, toutes ces cicatrices se sont réunies et le malade présente une cuirasse scléreuse, ulcérée par endroits, ayant recouvert l'abdomen, la région épigastrique, le thorax, le cou, le bras gauche, le bras et l’avantbras droit en avant la partie supérieure du dos.
L'aspect en est des plus variables. La cicatrice peut affecter toutes les formes. Blanche, lisse et superficielle sur le bras droit et le dos, elle est au contraire, profondément infiltrée,
sillonnée de stries bleuâtres et de cordons rétractiles scléreux sur le thorax et l'abdomen. Sur certaines régions se dessinent des figures bizarres : des pattes de homard sur l’abdomen, des cercles concentriques bruns sur le flanc gauche. Tantôt la peau a presque la souplesse de la peau normale, tantôt elle est dure, ligneuses impossible à déprimer. Elle est rarement d’une coloration uniforme, plus souvent veinée de cordons roses et bleus, plus scléreux que le reste de la surface, un peu surlevés, marquant l’union de deux anciennes ulcérations qui sont devenues confluentes.
Sur cette vaste enveloppe scléreuse ressortent une série d'ulcérations.
19 Au niveau du creux épigastrique, une ulcération en forme de virgule transversale, ulcération superficielle, restreinte à l’épiderme et au derme, absolument indolentes entrecoupée de lambeaux en voie de cicatrisation et de guérison, limitée par un rebord saillant, peu abrupt, rejoignant le fond en pente douce par endroits, déchiqueté en d’autres.
Le fond suppure sans abondance et se recouvre par points d’un enduit jaunâtre muco-purulent. Quelques croûtes surviennent que le nettoyage fait disparaître avec facilité.
90 Au-dessous du sein droit une seconde lésion analogue, mais d’un degré plus avancé dans le sens de la guérison. Le centre est à peu près cicatrisé. Les bords seuls, circinés et serpigineux, ont conservé l'aspect ulcéreux du début.
90 Sous l’aigselle une lésion nummulaire, en voiede guérison, à fond bourgeonnant.
40 À la partie supérieure du bras gauche, une ulcération à peu près identique à la première, en forme de croissant, avec les mêmes bords irréguliers, et même fond bourgeonnant et la même tendance à la cicatrisation. |
Les phénomènes subjectifs sont réduits au minimum. Tout au plus une sensation de cuisson et de brûlure pendant la période active des ulcérations, mais fort peu de choses,si bien que le malade resta fort longtemps sans songer à consulter un ; médecin. ; QE
L'état général] reste excellent, Jamais de phénomènes généraux, ni céphalée,ni fièvre. Appétit suffisant. Urines normales.
Le malade ne présente aucun trouble trophique aux extrémilés, mais quelques modifications indéniables de la sensibilité normale.
Il y a une anesthésie pharyngienne complète et de l’hypoesthésie cornéenne. Au niveau des cicatrices, la sensibilité est considérablement diminuée ; on peut traverser très facilement
la peau avec une épingle. Le malade a vaguement la sensation de piqûre sans-accuser une vraie douleur.
Le malade est présenté par M. le professeur Gailleton à la Société nationale de Médecine de Lyon, comme un cas curieux de gangrène spontanée. La plupart des assistants veulent le rattacher à la syphilis.
On n'institue cependant pas le traitement spécifique.En deux mois le malade est complètement guéri de ces ulcérations par de simples iavages et des pansements poudrés. Toute la surface malade est alors une vaste cicatrice scléreuse sans. solution de continuité.
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Observation XV (personnelle) Début d’une plaque de Gangrène
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