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CLINIQUE

Dans l'observation que nous rapportons, nous nous trouvons en présence d’une malade de 54 ans, à long passé dyspeptique, présentant un syndrome douloureux épigastrique, à type de crampes, tardif, rythmé par les repas. L’appétit était conservé, mais l’amaigrissement était progressif et considérable.

Quel diagnostic pouvait-on porter? Voyons d’abord quels éléments nous apportait l’étudé clinique.

Si nous analysons l’histoire de cette malade, nous voyons qu’elle pouvait aussi bien s'orienter vers le diagnostic d'ulcère que vers celui de cancer.

En faveur de l'ulcère, il y avait :

D'une part, les douleurs à horaire tardif, la forme même de ces douleurs à type de crampes souvent violentes;

D'autre part, le CHIMISME normal et l’absence d’anorexie.

En faveur du cancer :

On notait : l'absence d’intermittences dans les derniers mois des douleurs, leur caractère persévérant, leur résistance au traitement médical;

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Mais surtout l’âge de la malade : 54 ans;

L’amaigrissement progressif;

La présence d’hématine dans les selles, cette hémorragie occulte contrastant d’ailleurs avec absence de sang visible (ni hématémèses, ni melæna);

Enfin l’échec de toute thérapeutique médicale.

Etait-il possible de penser, sur les seuls symptômes cliniques, au diagnostic de gastrite? Le caractère bàtard du syndrome, l’absence d’intermittences, d’anorexie, d’hémorragies visibles étaient plutôt en faveur de la gastrite.

Mais il faut bien savoir qu'aucun des éléments de la séméiologie clinique n’est à proprement parler spécifique des gastrites (MouTiER), et ceci se conçoit aisément si l’on connaît leur extrême polymorphisme anatomo-clinique.

Les douleurs peuvent être précoces, semi-tardives ou fardives, et dans ce dernier cas prendre parfois le caractère ulcéreux. Toutefois, et notre observation en est un exemple, il est rare d'observer les périodicités mensuelles et saisonnières de l’ulcère. Elles s’accompagnent volontiers d’aérophagie.

Nous avons vu que cette absence d’intermittences dans le syndrome douloureux avait contribué à faire écarter le diagnostic d’uleère, auquel nous avions pensé un moment en raison de l'intensité et du caractère des douleurs.

Si d'autre part nous jetons un coup d'œil sur les différents cas de gastrites pseudo-cancéreuses publiés daus la littérature, nous sommes obligés de constater qu'ils diffèrent tous entre eux et n’ont guère de points communs avec l’histoire de notre malade.

ASIN

Dans l’observation de BONADIES, il s’agissait d’un homme de 40 ans présentant depuis fort longtemps un syndrome douloureux épigastrique tardif rythmé par lès repas, calmé par l’alimentation, accompagné d'une grosse altération de l’état général, en rapport avec une gastrite antrale.

Le malade de GuTzeit et TEITGE souffrait depuis 9 ans de brûlures épigastriques avec vomissements et amaigrissement important.

Celui de CoTriM avait un passé gastrique remontant à environ 6 ans, avec vomissements, douleurs gastriques, exacerbation des symptômes dans les deux derniers mois, coïncidant avec une perte de poids considérable : c'était en réalité une gastrite antrale pseudonéoplasique avec participation pylorique.

Les signes pyloriques étaient également nets chez la malade de Laxpivar, LLAMBras et Boscu. Elle présentait un syndrome douloureux semi-tardif aves signes de sténose pylorique et amaïigrissement. $

Très différents sont les cas rapportés par J.-C. Kan- TOR, Où il s'agissait :

1° D'une histoire de cardiospasmes avec régurgitations (obs. n° 1);

2° De troubles dyspeptiques banaux chez une femme de 62 ans cancérophobe (obs. n° 2).

Dans ceux de KONJETZNY, le syndrome clinique est également assez vague :

Le cas n° 1 concerne une malade de 53 ans, présentant des douleurs épigastriques rythmées à type de crampes, sans grosse altération de l’état général;

. Le cas n° 2, un homme de 42 ans, syphilitique an-

cadets

cien, souffrant de douleurs rythmées également à type de crampes;

Le cas n° 3, un homme de 62 ans, à long passé gastrique, souffrant de douleurs de siège épigastrique, très violentes, non rythmées, avec conservation de l’état général et de l’appétit.

L'appétit et l’état général sont également conservés dans un cas rapporté par R. SAvIGNAC, concernant un sujet de 27 ans, éthylique, fumeur, à syndrome douloureux tardif à type de crampes épigastriques accompagnées de vomissements.

Enfin l’observation rapportée par R. GUTMANN est tout à fait particulière : il s’agit ici d’une gastrite aiguë œdémateuse due à des excès alimentaires, évoluant chez un sujet jeune, et traduite par des douleurs et des vomissements avec un amaigrissement important.

Il est difficile de tirer des conclusions d'ensemble de l'analyse des cas cités plus haut, en raison de leurs divergences étiologiques, anatomiques et cliniques.

Is ont évoqué le cancer gastrique, soit en raison du syndrome clinique (douleurs continues et amaigrissement),. soit en raison des signes radiologiques, soit enfin que les deux s’associant aient imposé au clinicien l’idée d’un néoplasme. l

Cependant MouTier signale comme particulières à ces formes pseudo-cancéreuses les douleurs continues à renforcement tardif, l’inappétence pouvant aller jusqu’à la répugnance invincible contre les aliments solides et même liquides, d’où un amaigrissement considérable, une véritable cachexie parfois, avec présence de l’hématine en permanence dans les

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fèces, chimisme variable allant de l’achlorhydrie à l'hyperacidité. Ajoutons-y un signe important : la résistance remarquable de tous ces troubles au traitement médical.

En réalité, il semblait bien difficile, de par la seule clinique, de porter un diagnostic exact. Ni dans notre cas, ni dans ceux rapportés par les auteurs cités plus haut, elle ne permettait d'éliminer à coup sûr un néoplasme gastrique. Aussi fallait-il recourir aux examens complémentaires.

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