‹ Contribution à l'étude des gelures des piedsChapitre 11 sur 33 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

O..., vingt-sept ans, 11° régiment d'infanterie, Le malade entre à l’hôpital le 1‘° janvier 1915, évacué du front pour gelure des pieds. Il n’a pas de blessures.

Après un séjour de trois jours dans les tranchées pleines d’eau à mi-jambes, le malade se plaint de crampes dans les mollets, d’engourdissement des pieds et de gêne notable dans la marche; puis, impossibilité totale de la station debout.

1* janvier. — À l'entrée, le malade a de la congestion des deux pieds, de l’œdème malléolaire et un léger œdème prétibial. Les douleurs sont intolérables, nécessitant une injection de morphine, localisées surtout aux pieds, mais s'irradiant dans le mollet et la cuisse. Sur la face dorsale du pied gauche, au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne, se trouve une plaque livide, mais sans plaie. On fait une désinfection des pieds à l’eau oxygénée, puis un bain tiède au sérum physiologique, progressivement réchauffé et un pansement au sérum, sans imperméable. Il se produit un léger soulagement; il n'y a pas de température.

2 janvier. — La plaque commence à se violacer sur les bords, restant livide au centre ; les orteils prennent une teinte noirâtre. La sensibilité est totalement abolie, mais l’'œdème a diminué. Les douleurs sont toujours très vives : le pied droit toujours œdématié est moins douloureux. On fait de l'air chaud à 80 degrés pendant une demi- heure, puis un pansement au sérum. Le soulagement est notable, le malade dort une partie de la nuit.

3 janvier. — Toute la face dorsale du pied gauche est noirâtre ; il se forme un sillon très net limitant la gangrène nt mais sans sphacèle. Les lésions paraissent superficielles et localisées aux téguments. Les douleurs

sont très atténuées. À droite, il n'y a aucun changement. On fait de l'air chaud et un pansement sec.

Le malade commence à présenter un léger trismus et un peu de raideur de la nuque. On fait une injection intraveineuse de 20 centimètres cubes de sérum antitétanique et 10 centimètres cubes de persulfate de soude à 1/100. On fait également de la morphine.

Vu la rapidité de l'affection tétanique, l'intervention est proposée au malade qui refuse.

4 janvier. — La gangrène envahit tout le dos du pied et des orteils. Des accès convulsifs tétaniques apparaissent. On fait une nouvelle injection de sérum. Le malade accepte l’amputation qui est pratiquée dans la matinée.

L’affection tétanique continue d'évoluer après deux essais infructueux de ponction lombaire et d'injection de sulfate de magnésie dans le canal rachidien : chaque tentative produisait de l'opisthotonos. La mort a lieu dans la

nuit.

L'intérêt de cette observation réside dans l’infection tétanique, qui a évolué après une gelure, sans plate.

Ondevra donc pratiquer une injection préventive de sérum antitétanique dans tous les cas de gelure, quels

qu'ils soient.

Herr

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