‹ Contribution à l'étude des gelures des piedsChapitre 19 sur 33 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

V..., 58° régiment d'infanterie. Le malade vient de l’Argonne, il portait des molletières. Il était resté six jours de suite dans les tranchées, dans la boue et la terre grasse. Il y avait eu une seule gelée blanche le deuxième jour.

Il ne s'est jamais aperçu que ses pieds étaient gelés ; il n'avait pas eu froid. Il était resté sans nourriture les trois derniers jours. Il s'est fait évacuer, le 19 décembre, pour dysenterie, sur Bar-le-Duc et, le 20, sur Bourbonne. À ce moment, 1l avait les pieds œdématiés et des taches noirâtres sur les doigts.

Entré à Talant le 25 décembre. A son arrivée, on constate une momification complète des deux pieds jusqu’à la tête des premières phalanges. La peau est complètement noirâtre, desséchée, sans odeur, sans œdème. L'’insensibilité est absolue.

Pas de fièvre au début, 37°8 le deuxième jour. Injection de sérum antitétanique le 2 janvier 1915. On fait des douches d'air chaud jusqu'au 4 janvier. À ce moment, le sillon d'élimination étant bien dessiné, on fait par carbonisation un véritable Chopart droit.

À gauche, on veut faire un essai : on laisse le lambeau plantaire sphacélé en se contentant simplement de faire de

l’'embaumement. Mais il se produit de la résorption toxique, un état général grave, avec fièvre très élevée.

Au bout de cinq ou six jours, on enlève par carbonisation toute la plante du pied, on met presque à nu le calcanéum, puis on fait tous les jours des douches d'air. À partir de ce moment, le résultat est vraiment merveilleux, l’état général redevient bon, il se fait localement une amélioration très grande et très rapide. Les tissus deviennent rouge vif, la suppuration disparaît, et, au bout d’un mois et demi, on peut songer à faire une régularisation.

OBsERVATION IV

S..., 34° colonial, vingt ans. Vient des environs de Saint-Mihiel. Ne portant pas de molletières, mais des guêtres en cuir. Est resté quatre jours et quatre nuits dans les tranchées ; il n'y a pas eu de froid rigoureux, mais beaucoup de boue.

S'est plaint des pieds qui lui faisaient de plus en plus mal en marchant.

S'est fait évacuer le 19 novembre pour blessure du flanc droit et du pouce droit à la suite d’une attaque.

Entré à Talant le 21 novembre.

A son arrivée, on constate de l’œdème des deux pieds; au pied gauche, une teinte bronzée par endroits, des plaques de sphacèle du pouce, dont la phalangette se nécrose ; quelques plaques bulleuses au centre de la plante du pied et au petit doigt.

Au gros orteil droit, plaque de sphacèle, de même qu’au petit doigt.

L'état général est mauvais : amaigrissement, diarrhée, inappétence, langue saburrale.

Pendant quinze jours, on pratique des douches d’air chaud, puis on fait une désarticulation du gros orteil gau-

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che par carbonisation ; ensuite on reprend les douches qu'on fait également sur toutes les parties atteintes.

Le malade sort guéri au bout de deux mois ; on ne fait pas de régularisation.

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