OBSERVATION V
C..., 111° régiment d'infanterie. Vient de l’Argonne. Est resté dans les tranchées six jours et sept nuits, dans la boue, sous la pluie. A eu froid aux pieds pendant deux nuits. Se déchaussait fréquemment, mais avec peine.
S est fait évacuer le 25 décembre, étant incapable de tenir debout.
Entre à Talant le 26 décembre.
Il présente un œdème des deux pieds remontant aux chevilles. La peau est chaude, luisante, tendue. L'état général est bon.
Injection de 10 centimètres cubes de sérum le 2 janvier. Le pied droit présente des plaques de sphacèle au niveau des quatre premiers orteils ; des taches livides se montrent sur la face dorsale du métatarse ; à la face plantaire existent des bulles.
Le pied gauche est œdématié sans lésions appréciables.
On donne tous les jours des douches d’air chaud. Le 8 janvier, la guérison est presque complète et, huit jours après, le malade est envoyé en convalescence.
OBSERvVATION VI
V..., r11° régiment d'infanterie, vingt-neuf ans. Vient de l’Argonne. Portait des bandes molletières, Est resté six nuits et sept jours dans les tranchées.
Les pieds œdématiés peu à peu rendent impossible l’enlèvement du soulier.
S'est plaint du froid, les pieds dans l’eau et dans la boue, sous la pluie. Ses jambes devenaient raides: il ne sentait plus
RL dé
ses pieds. Il est tombé à bout de forces le 22 décembre 1914. Entré à Talant le 31 au soir, souffrant énormément avec une température de 40 degrés.
A son arrivée, on fait du sérum antitétanique et de la morphine. Il présente une teinte livide, bronzée, noirâtre aux extrémités des pieds et un anneau noirâtre au-dessus des chevilles, à trois travers de doigt à droite, à deux travers de doigt à gauche. On voit sur les pieds des plaques de sphacèle verdâtre, de l’infiltration, de grandes bulles séro-sanguinolentes. L’insensibilité est complète, sauf sur une petite zone inféro-interne du pied droit. En somme, gangrène humide des deux pieds.
L'état général n'est pas bon : la température est à 38°5 : la langue est saburrale ; l'appétit fait défaut. On donne des douches d'air chaud pendant huit jours Jusqu'à ce que le sillon d'élimination soit très marqué. Le 9 janvier, on fait une désarticulation tibio-tarsienne gauche par carbonisation ; il y a de la myosite des fléchisseurs.
À droite, on fait une résection par carbonisation également à 12 centimètres au-dessus des malléoles. Il y a aussi de la myosite des fléchisseurs et du jambier antérieur. On ouvre les gaines, toujours par carbonisation, et on draine.
Dans la suite, on reprend les douches d'air chaud. La guérison marche vite. Il sort le 6 mars pour une régularisation.