‹ Contribution à l'étude des gelures des piedsChapitre 31 sur 33 · VI. INDICATIONS DU TRAITEMENT CHIRURGICAL · texte numérisé non relu

VI. INDICATIONS DU TRAITEMENT CHIRURGICAL

Nous avons vu par ce qui précède que le traitement chirurgical précoce devait, dans la plupart des cas, être évité. Les résultats obtenus par le traitement conservateur le prouvent suffisamment. Que de malades auraient pu conserver leurs pieds si l’on avait su attendre ! Comme nous l'avons montré, on ne devra prendre le bistouri que pour faire une simple régularisation secondaire.

Cependant, 1l ne faut pas être trop exclusif. Il y a parfois des cas où l’on est obligé d'intervenir : lorsque la suppuration et l'infection sont trop grandes, que la carbonisation est impossible, faute d’une installation appropriée, et que la gravité de l’état général menace la vie du sujet, alors une intervention chirurgicale immédiate s'impose. Ce sont là les seules indications absolues.

Nous citons deux observations de malades soignés à l'hôpital temporaire d'Is-sur-Tille et chez qui il a été impossible d'éviter l’intervention chirurgicale précoce.

OBsERVATION XXX

S..., 82° infanterie. Le malade était resté six jours dans les tranchées, pleines d’eau et de boue.

Au bout du quatrième jour, il éprouve une sensation de pesanteur, d’engourdissement dans les pieds. Il quitte ses

EN

chaussures et éprouve de grandes difficultés pour les remettre.

Les douleurs sont très vives; la marche devient peu à peu impossible.

Evacué le 24 décembre 1914.

Entre à l'hôpital temporaire 65 le 27 décembre.

A l'entrée, il présente une gangrène humide de tous les orteils du pied droit et de la partie antérieure du métatarse ; la suppuration est déjà abondante.

Au pied gauche, la moitié antérieure des orteils seulement est prise; des plaques de sphacèle sanieuses se détachent. |

Au début, on fait seulement des pansements antiseptiques, mais la fièvre élevée, l’état infectieux du malade obligent à intervenir.

À droite, on opère assez loin, au niveau des parties saines, on fait un Chopart.

Au pied gauche, on fait une amputation de tousles orteils.

L'état général s'améliore, mais la cicatrisation par première intention ne se fait pas, les fils ne tiennent pas et la guérison survient très lentement. Elle est entravée par des fusées purulentes dans les gaines, notamment dans les gaines des péroniens latéraux.

Enfin, petit à petit, avec des pansements variés (pommade de Reclus, poudre de Lucas-Championnière, solution de nitrate d'argent au 1/1.000), la cicatrisation parvient à s'achever lentement.

Le malade sort le 24 mars, complètement guéri et est proposé pour la réforme.

OBsERvATION XXXI

À..., 113° d'infanterie, dix-neuf ans. Le malade était resté cinq Jours et cinq nuits dans les tranchées, ayant de l’eau jusqu’à la cheville. Il ne portait pas de bandes molletières, mais les simples guêtres réglementaires.

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IL a commencé à souffrir le quatrième jour. Peu à peu, un œædème des pieds apparaissait avec des phlyctènes sur la face dorsale des orteils.

Evacué le 20 décembre 1914.

Entré à l'hôpital temporaire d’Is-sur-Tille le 27 décembre.

A l'entrée : gangrène humide, avec plaques de sphacèle, suppuration, odeur infecte, des orteils de chaque pied et du tiers inférieur des métatarsiens.

L'état général est mauvais, le malade est très amaigri et cachectique.

On essaye néanmoins de faire un traitement conservateur, mais l’état empire et une intervention est indispensable.

Le malade est opéré le 15 janvier 1915. La gravité de l'état général oblige à aller vite. On fait une amputation atypique au tiers inférieur des métatarsiens de chaque pied.

L'état s'améliore, maisle malade reste longtemps infecté.

Les fils ne tiennent pas, la plaie suppure et l’état général n'est pas bon.

Les douleurs sont parfois intolérables, surtout après les pansements, au point de nécessiter fréquemment une injection de morphine.

Enfin, on arrive petit à petit à remonter le malade, mais la cicatrisation est interminable. C'est en vain que l'on s'ingénie à trouver une substance qui l’accélère. |,

La pommade de Reclus, les applications très étendues de nitrate d'argent au 1/1.000, les bains tièdes arrivent cependant à donner des résultats.

Très lentement la cicatrisation se fait, l’état général devient bon, et le malade sort, guéri, le 15 mai, pour être proposé à la réforme.

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