‹ Contribution à l'étude des gelures des piedsChapitre 6 sur 33 · I. ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

I. ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE

Les gelures des pieds, qui ont été si fréquentes pendant la campagne de l'hiver dernier, ne paraissent pas dues seulement à l’action du froid. Sans doute, l'arrêt circulatoire, qui produit les accidents de gangrène, est bien dû, pour une grosse part, au spasme vaso-moteur produit par le froid. Mais une température au-dessous de zéro n’est pas nécessaire pour produire ce spasme. En Crimée, par exemple, de nombreux cas de congélation furent observés avec des températures de 4 degrés au-dessus de zéro. Et, pendant la campagne actuelle, n’avons-nous pas observé un nombre considérable de gelures par un hiver relativement doux ? De novembre en mars, en eïfet, pendant la saison des pluies persistantes, un nombre énorme d'hommes ont été mis hors de combat par suite de cette affection. Et, fait assez curieux, il y eut, par un hiver aussi doux, beaucoup plus de pieds gelés en proportion qu’en 1870, alors que, à cette époque, la température avait été de 15 à 20 degrés au-dessous de zéro. De plus, en 1870,

or toutes les parties périphériques exposées à l'air avaient subi l’action du froid, tandis que, cette fois, presque aucun soldat n’eut de lésions ailleurs qu'aux pieds. Enfin, l’on sait qu’il faut soumettre nos organes à une inaction complète et à une température de moins de 18 à 20 degrés pour que le froid arrête la circulation, coagule le sang et produise la gangrène. Or, aucun homme n’a subi cet hiver l’action d’une aussi basse température.

Nous sommes donc en présence d’une étiologie qui doit être recherchée, et, pour cela, examinons attentivement les conditions dans lesquelles ces accidents se sont produits.

Ces conditions ont toujours été les mêmes : les hommes étaient toujours dans les tranchées de première ou de deuxième ligne, tranchées en général inondées, mais l'eau n’y était pas glacée. Ainsi, dans l’Argonne, au mois de décembre, le thermomètre n’est jamais descendu au dessous de 4 degrés ; les hommes atteints venaient presque toujours des mêmes tranchées ; ils élaient tous restés de trois à huit jours dans l’eau boueuse remontant jusqu'au-dessus de la cheville, sans se déchausser. Au contraire, dans les tranchées bien aménagées, où on avait épuisé l’eau, on ne relevait pas ou presque pas d'accidents.

Voilà donc déjà deux facteurs dont l’action apparaît comme certaine : le froid humide et le séjour prolongé dans les tranchées, l’un, agissant par le spasme, le réflexe vaso-constricteur qu'il détermine; l’autre, par le ralentissement de la circulation.

La station debout longtemps prolongée ralentit en elfet el même arrête la circulation du pied par un

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