CHAPITRE Ï
Historique. — Description générale
La gomme laque de Madagascar se présente en masses sphériques ou ovoides (PI. I, fig. 1 et 2), traversées par une branche suivant leur plus grand axe. La grosseur, aussi variable que la forme, atteint à peine celle d’un œuf de pigeon. La couleur est d’un jaune grisâtre; la surface rugueuse présente des marbrures plus blanches dues à ce que la couche extérieure très friable s’est détachée en ces points et laisse apercevoir d’autres parties moins colorées.
Au point de vue historique, nous avons trouvé la gomme laque de Madagascar signalée dans un seul ouvrage, celui du sieur de Flacourt. Elle semble en effet répondre à la description qu’il fait du « Litin bitsic ». Voici ce qu'il dÉCTEL.:
« Litin bitfic (1). — C'eft la gomme qui produit une efpèce de fourmis dans les Ampâtres (2), elle eft blanche & attachée à une
(1) De Flacourt. — Histoire de la grande isle de Madagascar, 1661, p. 450; litin veut dire gomme ou résine et-bitsic ou vitsic signifie fourmi.
(2) Régions, encore très mal connues, s'étendant entre Fort Dauphin et le cap Ste-Marie.
Cu DES
petite branche de bois, l’on voit dedans les petits fourmis attachez; ie croy que c'eft le vray cancanum de Diofcoride. Le vulgaire
s’en fert à faire tenir les sagaies dans leur manche » (1).
J. Virey a considéré aussi ce «Litin bitsic » de Flacourt comme une gomme laque, voici ce qu’il écrivait dans un article sur la laque.
« Lit-in-bitsic, nom d’une laque de Madagascar de couleur et de consistance de la cire jaune, selon Flacourt, d'un arbre non décrit. Elle est transparente en morceaux épais, mais inusitée et inutile aux arts. » (2)
Nous ferons observer que Flacourt ne parle pas de la transparence ni de la consistance du Litin bitsic. L’'échantillon que nous avons entre les mains ne peut pas être considéré comme transparent, il est très cassant et sa consistance n’a rien de la mollesse de la cire jaune. Cette difiérence tient-elle à ce que notre échantillon est ancien ?
Vingt ans plus tard, dans une lettre sur la cire de la Chine, adressée à l’Académie des Sciences et dont un extrait figure aux comptes rendus (3), Virey fait encore allusion à cette matière qu’il considère alors comme une cire, voici ce qu'il dit:
« On reçoit de Madagascar une autre cire jaune transparente dite Lit-in-bitsic extraite par d’autres cochenilles
(1) Monsieur Catat, qui a été envoyé en mission scientifique à Madagascar, nous a dit qu'il n'avait jamais rencontré d'armes dans lesquelles le fer fût réuni au bois par une matière résineuse, Il est vrai que la région que Flacourt appelle les Ampâtres est très mal connue et qu'il écrivait il y a plus de deux siècles.
(2) J. Virey. — Journal de Pharm. et de Chimie, t. VIE, 4821, p. 515 : Virey écrit Lit-in-bitzic ; dans l'ouvrage de Flacourt, le nom est écrit Litin bitzic.
(3) Virey. — Comptes rendus, t. X, 1840, p. 666.
ne
d'un arbre non décrit mais indiqué déjà par Flacourt. Toutes les laques, au reste, contiennent plus ou moins de véritable cire. »
Si on brise une de ces masses, les débris de gomme laque séparés du rameau présentent à leur intérieur une grande quantité d’alvéoles bruns (fig. 3 de la planche) (1). Ces alvéoles sont constitués par les carapaces des insectes femelles incrustées dans la gomme laque; on peut les enlever facilement et à leur place reste une empreinte plus ou moins globuleuse. L'intérieur des enveloppes d'insectes est rempli d’une poussière brune.
La cassure de la gomme laque de Madagascar n’est pas homogène, on y voit des zones jaunâtres, translucides et des trainées blanches opaques, les premières sont constituées par la résine et les secondes par la cire, mais nous n'avons pas obtenu sur ce point de résultat aussi net que pour la gomme laque des Indes. Une macération dans l'alcool laisse une matière très blanche spongieuse qui ne présente pas de forme caractéristique.
Cette gomme laque se distingue immédiatement de celle des Indes par l'absence de matière colorante et par la forme des insectes qui est différente.
(1) Nous remercions M. le docteur Marax qui nous a gracieusement peint cette aquarelle.
Gascard. — 9,