‹ Contribution à l'étude des greffes autoplastiquesChapitre 11 sur 15 · DES · texte numérisé non relu

DES

lesquels la greffe dermo-épidermique ou autoplastique présente des avantages marqués sur les autres méthodes. En second lieu, les pertes de substance présentent des aptitudes différentes à recevoir des greffes dermo-épidermiques suivant les causes qui leur ont donné naissance.

Nous aurons donc à envisager aussi quelle est la valeur des greffes, suivant les circonstances étiologiques.

S I. Comparaison des greffes autoplastiques avec les autres méthodes qui ont pour but de combler les pertes de substance de la peau. — D’une manière générale, le moyen idéal de combler une perte de substance de la peau est d'arriver à combler cette perte de substance sans créer, sur un autre point de l’organisme, une plaie qu’il faudrait combler à son tour: à ce point de vue, ia greffe autoplastique remplit les conditions désirables.

Puisque sur les points où l’on prend les greffes, l’épiderme, en partie conservé, se reproduit tellement bien qw’ilne reste pour ainsi dire pas de trace et qu’on peut reprendre plusieurs fois au même endroit du matériel pour les greffes. Cependant, la peau qui résulte des greffes autoplastiques, même dans les cas où les résultats sont les meilleurs, ne peut jamais être comparable comme aspect et comme solidité à la peau normale qui recouvre en somme la plaie lorsqu'on a eu recours pour la combler aux anciens pro cédés dautoplastie, qu'il s'agisse de glissement, de torsion, ou de renversement, ou de greffe par approche; évidemment, toutes les fois qu’il sera possible de recourir à ces procédés d’autoplastie, il faudra les préférer aux greffes dermo-épidermiques. Mais il est bon de dire que ces

hi procédés d’autoplastie ne paraissent être bien applicables qu'aux pertes de substance de petite étendue, et siégeant particulièrement à la face. Lorsqu'il s’agit de pertes de substance assez grande, ils sont en effet difficilement applicables, parce que les lambeaux trop grands risquent de se sphacéler ; parce que, d’autre part, la taille du lambeau crée une perte de substance trop grande pour pouvoir être comblée par le simple affrontement des bords de la plaie.

Ainsi les greffes autoplastiques tirent leurs principales indications des contre-indications des procédés ordinaires d’autoplastie; il faut ajouter que ces greffes peuvent être utilisées comme un complément des autoplasties ordinaires en ce qu’elles peuvent servir à combler en partie ou en totalité la perte de substance laissée par la taille du lambeau. Il y aura lieu de comparer maintenant les greffes autoplastiques ou dermo-épidermiques avec les greffes dans lesquelles on transplante toute l'épaisseur de la peau.

Panas, Lefort, en France, ont été les promoteurs de cette méthode, qu’ils ont appliquée surtout aux petites pertes de substance de la face. Les résultats que donne celte méthode sont très bons : M. Gangolphe, professeur agrégé, en a rapporté un cas’; mais ce procédé des greffes, applicable seulement aux petites pertes de substance, ne saurait être mis en parallèle avec les greffes autoplastiques qui se rapportent, comme nous l’avons dit plus haut, à des cas notablement différents. Cependant, dans ces dernières années on a, notamment en Allemagne,

1 Gangolphe, Lyon Médical, 1890,

tenté de transplanter de grands lambeaux, comprenant toute l’épaisseur de la peau. Cette méthode, que l’on appelle souvent méthode de Kraüse!, a donné à son inventeur d’assez bons résultats ; il rapporte que dans 21 cas où il a greffé plus de 100 lambeaux mesurant en moyenne 20 à 20 centimètres de long sur 6 et 8 de large, il n’y eut que 4 fois une résorption complète des lambeaux.

Il est difficile de juger actuellement cette méthode, les faits étant trop peu nombreux; remarquons cependant que pour un résultat en somme aléatoire, on sacrifie de grandes quantités de peau, et que, lorsque la surface à combler est un peu grande, on doit avoir bien de la peine à trouver une étoffe suffisante pour la recouvrir.

À côté de cette méthode, il faudrait en indiquer une autre, qui constitue, d’après Trichet”? , le procédé de choix dans certaines pertes de substance de la main, et qui consiste à emprunter à un segment de membre sacrifié, par la désarticulation, la peau qui est destinée à restaurer le reste de la main. Gette méthode pourrait peut-être s’étendre à certains cas graves de grandes pertes de substance du thorax, où l’on pourrait être tenté de chercher à les recouvrir avec la peau d’un membre supérieur désarticulé; mais on conçoit que devant la gravité d’une intervention qui demande une pareille mutilation, on soit tenté d'essayer auparavant les greffes autoplastiques, qui paraissent capables de donner à moins de frais un aussi bon résultat.

Cependant nous montrerons plus loin que dans certaines

! Kraüse, Berliner klinische Wolchenschrift, 1893. ? Trichet, th. de Paris, 1893.

rues plaies les greffes autoplastiques ne prennent pas; on est alors amené à proposer les moyens radicaux dont nous venons de parler.

Il faut enfin dire un mot des greffes animales qui ont été employées précisément dans les cas qui nous paraissent ressortir de la greffe autoplastique. Quelques auteurs, parmi lesquels Lartail disent en avoir obtenu de bons résultats ; nous n’avons pas d'expérience personnelle sur ce sujet : nous dirons seulement qu’il semble bien que d’une façon générale la greffe animale paraît abandonnée ; en tout cas, tous les faits dont nous avons eu connaissance, dans lesquels ce procédé a été employé, ont donné lieu à des insuccès ou à des guérisons passagères.

En somme, on voit que, d’une façon générale, nous revendiquons pour les greffes autoplastiques tous les cas dans lesquels les procédés ordinaires d’autoplastie ne sont pas facilement applicables en raison soit de l'étendue de la plaie, soit de son siège.

S II. Indications des greffes suivant les causes qui ont produit la perte de substance. — Kn règle générale, toute perte de substance de la peau est susceptible de recevoir des greffes. Comme nous allons le voir, il y à cependant lieu de tenir compte, dans une certaine mesure, des circonstances qui ont produit la perte de substance.

Avec Helferich, nous diviserons en cinq catégories les plaies susceptibles d’être greffées.

1° Perle de substance traumatique. — De ce nombre

{ Lartail, th, Paris, 1894.

sont les arrachements de la peau, qui sont habituellement la conséquence des accidents dus aux machines industrielles. Ici, l’indication de la greffe dermo-épidermique est nette et a donné le plus souvent d’excellents résultats. Nous rappellerons en passant les observations de Grotz, de Nancy !; cet auteur rapporte deux guérisons de scalp, traitées par la greffe dermo-épidermique ; dans ces deux cas, la perte de substance n’aurait pu être comblée par un autre procédé que celui des greffes autoplastiques et sans cette intervention, la guérison n’aurait pas eu lieu. Helferich ? rapporte aussi quelques cas intéressants où les greffes autoplastiques lui ont donné des résultats inespérés.

2 Brûlures. — Là encore la greffe dermo-épidermique a donné de bons résultats, mais il faut tenir compte dans l’appréciation des résultats, non seulement de l’étendue, mais encore de la profondeur de la brûlure. Lorsque, en effet, la brûlure n’est pas tellement profonde qu’elle a détruit la peau dans toute son épaisseur, on peut avoir spontanément des guérisons rapides et sans cicatrice.

Dans une desobservations que nous rapportons le résultat très brillant obtenu par l’application des greffes sur une brûlure étendue du thorax, a été si rapide que l’on s’est demandé s’il ne restait pas quelques parties profon des dela peau, et si les greffes n’avaient pas eu pour effet simplement d’accélérer une guérison qui aurait pu sefaire toute seule. Grotz? a rapporté un cas intéressant de

1 Grotz, Nancy, Semaine Médicale, 1895.

? Helferich, Loco citato.

3 Grotz, loco citato.

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brûlure du cuir chevelu traité par la greffe en plusieurs séances : c'était une jeune enfant qui avait eu la presque totalité du cuir chevelu brûlée. Tous les traitements avaient été inutiles ; l'enfant s’étiolait, et elle aurait certainement succombé sans l'intervention chirurgicale. Helferich rapporte trois observations de vastes brülures ; dans l’une, la plaie mesurait 18 centimètres de large sur 26 centimetres de long, guérie par la méthode des greffes.

Nous rapportons nous-même une observation intéressante d'une brûlüre profonde du bras, guérie par la même méthode.

Nous citerons encore parmi les auteurs qui ont eu recours à la greffe pour guérir les brûlures, Murray t, qui,en une seule séance, recouvrit la face antérieure d’un avant-bras, la face interne du bras, de l’aisselle, une partie de la région pectorale de greffes autoplastiques. Cet auteur obtint un brillant succés. Mais à côté de cela,nous devons citer aussi une observation de très grande brûlure, dans laquelle les greffes autoplastiques ont abouti, malgré tous les efforts, à un insuccès complet. Comme on le verra eu parcourant une de nos observations (obs. V),il s'agissait d’une brûlure datant de deux ans, couverte de bourgeons exubérants, qui donnaient lieu sous l’influence du moindre attouchement à des hémorragies abondantes. Dans ce cas, les greffes faites avec le plus grand soin possible, adhérèrent rapidement et permirent d'espérer pendant quelque temps un succès; mais peu à peu, loin de s'étendre et de donner, comme on l’espérait, des centres d’épidermisation, elles furent peu à peu dévorées par les bourgeons

1 Murray, loco citato.

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charnus et finirent par disparaître. Dans les brûlures, il ne faudra donc pas compter toujours sur des succès; et bien qu'ici l'échec soit facilement explicable par l’état de la plaie et par cette tendance aux hémorragies, il faudra cependant toujours compter avec un insuccès possible.

3° Processus inflammatoire. — Où a fait aussi des greffes dans des cas de perte de substance résultant de processus inflammatoires : comme des phlegmons diffus, de larges anthrax, érysipèles gangreneux, etc. On a là encore obtenu de bons résultats. Helferich rapporte un cas de guérison par la greffe d’une plaie de la cuisse qui mesurait 18 centimètres de large sur 38 centimètres de long. D’autres faits analogues ont été rapportés. Dans le numéro du 1° février 1896, du Braslisch Medical Journal, Paterson rapporte un cas qui mérite d’être cité : « Homme de cinquante-huit ans, qui, à la suite d’un phlegmon diffus, étendu, a perdu la peau de toute la partie antérieure de la cuisse et de la jambe. Le triangle de Scarpa a été mis à nu ; on voyait les artères et les veines fémorales. L'auteur a eu recours à de larges greffes autoplastiques par la méthode de Thiersch; quelques-uns des lambeaux mesu raient de 3 pouces et demi à 5 pouces. Le résultat a été, en définitive, couronné de succès ; le malade peut maintetenant aller et venir et la peau est tout à fait élastique. Le bras, où les greffes avaient été prises, ne présente plus à présent que des signes, à peine visibles, d’excision. »

Il importe de remarquer que, dans ces pertes de substance, il est nécessaire d’aftendre longtemps et de faire uu traitement antiseptique rigoureux pour obtenir une asepsie aussi complète que possible de La surface infectée.

4° Ulcères variqueux. — Une lésion pour laquelle la

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greffe autoplastique a été le plus souvent appliquée est certainement l’ulcère variqueux ; nous ne pouvons en rapporter aucun exemple appartenant à cette catégorie ; mais les faits cités dans les thèses de Nogué!, Chevillot ?, Thierry *, Staniou Protopopesco*, prouvent qu’on peut en obtenir de bons résultats. Helferich en rapporte plusieurs cas où il obtint de bons résulats, même éloignés,

Il est absolument nécessaire, pour obtenir des succès dans les ulcères variqueux, de faire un traitement préliminaire qui dure en moyenne trois à quatre mois et peut s'étendre à six et même huit mois par le repos, séjour au lit, des bains, des lavages antiseptiques, attouchement au nitrate d'argent, massage des bords indurés de l’ulcère ; on cherche pendant ce temps à préparer la plaie à recevoir des gretfes. Au moment d'opérer, on gratte les bourgeons, on excise toute la zone épithéliale qui entoure l’ulcère. Helferich conseille d’y ajouter encore l’ablation aussi soigneuse que possible de la masse cicatricielle siégeant audessous des granulations.

Aujourd’hui qu’on connaît les bons effets de la résection des veines saphènes, d’après la méthode de Trendelenbourg dans le traitement des varices et des ulcères variqueux, cette opération doit, dorénavant, entrer en ligne de compte dans le traitement pré-opératoire des greffes sur les ulcères variqueux.

0° Chururgie orthopédique. — C'est là, à notre avis, une des indications Les plus intéressantes des greffes auto-

1 Nogué, th. Paris, 1891.

? Chevillot, th. Paris, 1889.

# Thierry, th: Paris; 1889,

# Staniou Protopopesco, loco citato.

plastiques. Sans doute,ainsique nousl’avons précédemment montré, il faut tenir compte de la rétraction des lambeaux; mais nous croyons que cette rétraction n’est ordinairement pas très considérable, que, de plus, le tissu rétractile qui supporte la greffe est beaucoup plus souple et beaucoup plus apte à se laisser ultérieurement distendre que celui des cicatrices ordinaires. Enfin, les faits mon trent qu'on peut tirer de sérieux avantages des greffes autoplastiques, malgré cette rétraction, dans le traitement des cicatrices vicieuses de l’ectropion et surtout des grandes adhérences cicatricielles qui sont la conséquence fréquente des brûlures de laisselle, du cou, du pli de l’aine, du coude, de la région plopitée, d’une façon générale, dans toutes les opérations autoplastiques, on doit, croyons-nous, se conformer à la règle suivante : Corriger la difformité par des incisions et des débridements appropriés, utiliser dans la mesure du possible la peau, même la peau cicatricielle; utiliser, si cela est possible, les procédés ordinaires d’autoplastie et achever la réparation au moyen des greffes dermo-épidermiques. Cette manière de faire a l’avantage de permettre des débridements larges puisqu'on est toujours certain d’avoir un matériel suffisant pour combler toute l’étendue de la plaie; elle a de plus, comme avantage, d'utiliser tout ce qui est utilisable dans les tissus normaux, et de réduire ainsi au minimum, la rétraction ultérieure.

Convient-il de faire, dans une même séance, l’opération autoplastique proprement dite et les greffes destinées à la compléter ? Il nous a semblé qu’on avait avantage à réserver les greffes pour une époque ultérieure ; dans une de nos observations, en effet, des greffes faites de suite

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et sur la plaie fraîche, ont donné lieu à une rétraction beaucoup plus forte que celles qui avaient été faites plus tard sur des surfaces granuleuses,

On peut encore employer les greffes pour combler la perte de substance qui résulte de la prise d’un lambeau pour une autoplastie quelconque ; on a ainsi l’avantage d'activer beaucoup la guérison de cette plaie et de réduire sa rétraction au minimum, ce qui n’est pas sans importance lorsqu'elle est située au voisinage immédiat de la difformité.

On a aussi employé les greffes autoplastiques pour combler des pertes de substance résultant d’incision de néoplasmes ou de lupus ; on à ainsi l'avantage de pouvoir extirper ces lésions aussi largement que cela paraît né-

cessaire, et sans avoir à s'occuper de la manière dont on les comblera plus tard.

OBSERVATION VI

OBSERVATION VI

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OBSERVATIONS

OBSERVATION I

(Due à l’obligeance de M. le professeur Ollier.)

P... Joseph, âgé de seize ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 3 juillet 1891, Ce jeune homme est porteur d’un large nœvus siégeant sur la région orbito-frontale, de coloration noire, avec des poils rigides (c'est la vraie envie de cochon). À quatorze ans, apparaît dans le nœvus, dans la région sourcilière une tumeur dure qui s’accrut rapidement. La tumeur est recouverte de poils raides que le malade coupe assez souvent, Même tumeur dans l'angle externe de l'œil, mais plus étalée; tous les téguments sont recouverts de pigment jusqu'aux cheveux.

Le 13 avril, la tumeur est enlevée au bistouri, pansement iodoformé. Pas de suture.

Le malade quitte le service quinze jours après l’opération; il reste une légère inflammation de la région.

Il rentre de nouveau au mois de mars 1892. Le 28, on rase les téguments avoisinants la cicatrice, résultant de la première opération. On enlève au bistouri et au rasoir des greffes qu’on transporte sui le bras, pour combler la plaie où on a pris les greffes, qui seront portées sur la face, On applique de la protective et un pansement iodoformé sur chaque région.

On fait le premier pansement le 2 avril : on constate que toutes les greffes ont pris, aucune n’a suppuré, la greffe qui est située dans le sillon oculo-palpébral a une coloration normale, mais une des extrémités n’est pas encore adhérente,

Les greffes du bras constituées par la peau du nœvus se sont comportées comme celles de la face, sauf une, la plus près de l'épaule, soumise aux frottements répétés de vêtements, a une coloration noirâtre et paraîten partie mortifñiée. Nouveau pansement le 11 avril, trois grefles de la figure ont à peu près complètement pris; la plus inférieure a un peu suppuré depuis le dernier pansement, celle de l’angle externe de l’œil est un peu moins adhérente que les autres,

Au bras, les greffes ont pris sauf la supérieure, dont il ne reste plus qu’une parcelle recouverte de poils; les autres greffes sont à peu près complètement dépigmentées et forment de petites élevures au milieu des tissus voisins; elles sont légèrement œdémateuses; la seconde, en venant d’en haut, la plus grande d’ailleurs, conserve une légère teinte d'encre de Chine.

Le 15 mai, le malade quilte le service pour quelque temps, il est en très bonne voie de guérison,

Nous regrettons beaucoup que le temps ne nous permette pas de reproduire les aquarelles que M. le D° Mondan a faites au sujet de ce malade. Ces dessins montrent bien le parti qu'on pourrait tirer de la greffe dermo -épidermique dans des cas semblables.

OBSERVATION II (Due à l'obligeance de M. le professeur Ollier,) R... Joseph, vingt-sept ans, voiturier, entre à l’Hôtel-Dieu le

9 novembre 1888. Ce malade a eu le genou gauche largement con- -tusionné par la roue d'une charrette qui lui a passé dessus, Depuis

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l'accident, la surface mise à nu et qui s’étendait du tiers supérieur du tibia à la partie supérieure de l'articulation, a notablement diminué d’étendue, mais il reste à la face antérieure du genou une plaie large comme la paume de la main qui n’a aucune tendance à se cicatriser, malgré son bon aspect,

Le 20 novembre 1888, à l’aide d'un bistouri bien tranchant, on prend à la partie antérieure de la jambe trois greffes dermo-épidermiques qui sont transplantées immédiatement sur la plaie, dont la surface est bourgeonnante; elles sont étalées et appliquées selon les règles. Pansement antiseptique, Premier pansement le 28 novembre, la greffe interne n’a pas tenu, les deux autres semblent bien prises.

6 décembre, — Les deux greffes tiennent bien, la plaie se comble visiblement. On enlève la greffe interne qui s'était gangrenée. 18 décembre. — Les greffes sont en bon état, on voitles couches épidermiques croître vers la périphérie de la plaie; la greffe interne a rejoint à la partie supérieure de la plaie; la greffe centrale qui est atteinte en certains points d'accidents inflammatoires qui sont épars et de la dimension d’une pièce de vingt centimes,

Le malade quitte l'hôpital le 20 janvier, en bon état.

OBSERVATION III

(Due à l’obligeance de M, le professeur Ollier.)

L... F,, âgé de vingt-un ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 17 novembre 1894, service de M. le professeur Ollier. Ce jeune homme ne présentait aucun antécédent et jouissait d'une bonne santé, Il y a un an, le malade s’est versé un seau de pétrole sur la jambe gauche ; une bougie allumée y mit le feu ; toute la jambe depuis les maléoles jusqu’au genou fut brûlée ; la brûlure n'atteignit pas les muscles, les mouvements restèrent intacts. Le blessé fut admis d'office à l'hôpital de Romans où il reçut les soins nécessaires, La cicatrisation d2 la plaie se fit peu à peu, mais aujourd'hui, 17 novembre, il reste encore une plaie circulaire siégeant au tiers inférieur de la jambe, exactement à 10 centimètres au-dessus de

l'interligne de l'articulation tibio-tarsienne. La plaie présente les dimensions suivantes : À la partie antérieure et à droite 25 millimètres, à gauche 30 millimètres. En arrière, elle va s’évasant et mesure à droite 65 millimètres, à gauche 50 millimètres. Cette plaie est granuleuse et présente un bon aspect, Au-dessus et audessous, il existe une cicatrice, très fragile, un simple lavage enlève l’épiderme.

Le 7 décembre, M. le professeur Ollier fait une première séance de greffes dermo-épidermiques prises sur la cuisse du malade. Préalablement, M. le professeur Ollier fait un raclage des bourgeons de la moitié de la surface de la plaie et applique 8 lambeaux, variant de dimension, de 22 millimètres de haut sur 20 millimètres de large à 50 millimètres de haut sur 29 millimètres de large et variant d'épaisseur selon leurs dimensions, La plaie est donc à peu près recouverte par les greffes, sauf un espace assez large en dehors, et un espace de 10 millimètres en dedans, qui restent à nu. Aucun des lambeaux n’est tendu : tous sont plissés sur leurs bords libres, plus minces ; ils affleurent presque par leurs bords les lambeaux voisins, et les bords de la cicatrice. Ces lambeaux com prennent l’épiderme et une bonne partie du derme dans les points les plus épais.

On saupoudre légèrement d’iodoforme, puis on recouvre de morceaux de protective trempés dans la solution phéniquée forte. On fait un pansement à la gaze iodoformée et on applique une attelle plâtrée. Les plaies causées par l'enlèvement des lambeaux sont recouvertes d’un pansement antiseptique.

Le 22 décembre, on fait le pansement : toutes les greffes ont repris. Il y a un peu de macération de l’épiderme seulement. La partie de l'épiderme macérée est enlevée à l’aide d’une spatule. La plaie est arrosée de vin aromatique et pansée avec de la gaze iodoformée, induite de vaseline boriquée. Les pansements sont renouvelés les 24-26 décembre,

Le 31 décembre, on fait une seconde séance de greffes et on achève de combler la plaie par des greffes prises sur l’avant-bras gauche, à la face postérieure. Mêmes pansements, mêmes résultats ; le 27 avril 1895, les greffes ont donné un très beau résultat,

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le malade est guéri de sa plaie. Le pied est en équinisme ; on sec tionne le tendon d’Achille et on applique un plâtre.

Au mois de juin, le malade part pour Longchêne. On voit à la place de l'ancienne plaie, un tissu, très souple, doux au toucher, formé par les greffes, contrastant singulièrement avec le tissu cicatriciel rugueux qui l'entoure. Lorsque le malade marche, il se produit encore une légère rougeur au niveau des greffes. Pour précaution, le malade porte une guêtre en peau de chien.

Aujourd’hui, 16 avril 1896, nous avons examiné le malade qui va très bien, il ne boite pas, travaille toute la journée sans fatigue du métier de cordonnier, Comme on l’avait déjà observé au mois de juin 1895, les greffes forment autour de la jambe un bracelet de peau normale qui contraste avec la cicatrice de la brûlure des parties environnantes.

La sensibilité est absolument normale, il n’existe pas la moindre rétraction de la surface greffée, Le malade continue à porter la guêtre en peau de chien.

Les cicatrices causées par la taille des lambeaux sont encore un peu rosées, mais se rapprochent de plus en plus de la couleur de la peau normale, Dans les endroits où toute l'épaisseur du derme a été enlevée, il y a des points de tissu inodulaire.

Nous ferons remarquer que c’est là une observation démontrant bien que les greffes donnent souvent un aussi bon résultat appliquées sur une surface bourgeonnante que sur une surface cruentée. Ici, les greffes ont été appliquées par moitié sur surface granuleuse et surface cruentée.

OBSERVATION IV (Due à l’obligeance de M. le professeur Ollier). B... Jean, âgé de cinquante ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 20 no-

vembre 1893. À l'âge de huit ans, il tomba, le genou le premier, dans une marmite d’eau bouillante. Il fut pansé par son père; la

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cicatrisation s’opéra assez bien à la longue, mais un point ne s’épidermisa jamais ; son siège était le côté externe de l'articulation du genou, au niveau de l'interligne articulaire.

Ce point était recouvert de croûtes, qui tombaient, puis se reformaient indéfiniment, Pas de suppuration.

Au mois de septembre 1893, les croûtes étant tombées, la partie sous-jacente s'ulcéra, se mit à bourgconner, et le malade vit se former un épithélioma, pour lequel il rentre dans le service,

Le 27 novembre 1893, on circonscrit largement la tumeur par une incision au bistouri, puis on dissèque au dessous, en enlevant le tissu sous-jacent envahi ; la tumeur n’est pas adhérente, et ce temps d'opération se fait très bien. Il reste alors une surface dépourvue de peau, mesurant 19 centimètres de long sur 10 1/2 de large. Sur cette surface, on place quelques lambeaux dermo-épidermiques, présentant des formes et des dimensions variées, em. pruntés aux cuisses du malade. Pansement à l’iodoforme et protective, etc.

Le 14 décembre, pansement. Toutes les greffes ont pris; pas de pus; les surfaces de la plaie non couvertes bourgeonnent.

Le 29 décembre, application de nouvelles greffes empruntées au bras droit ; quelques jours après, on fait le pansement, les nouvelles greffes ont pris; la plaie est presque totalement recouverte, et le malade quitte l’hôpital.

Au mois de février 1894, le malade revient dans le service ; on peut le considérer comme complètement guéri; toutes les greffes ont parfaitement pris, se sont peu à peu étendues en surface, se sont unies les unes aux autres et la plaie s’est trouvée complètement recouverte. La seule chose qui ennuie le malade, c’est qu'il est encore un peu gêné dans la marche; on lui prescrit des frictions avec des corps gras, pour donner à sa peau toute la souplesse désirable. Il repart chez lui le 9 mars 1894.

Au mois de juillet, le malade revient; il ne s’est pas produit grande modification dans les greffes qui sont toujours de couleur rosée, et tendent de plus en plus à se rapprocher de la coloration de la peau normale, Leurs intersections semblent aussi plus solides, et toute la masse de surface greflée est devenue plus souple; on

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