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peut presque pincer la peau qu’on sent épaissie et bien nourrie, et qui se colore après le pincement, comme une peau normale ; quant aux dimensions des greffes, on les retrouve bien, mais la tendance à l’uniformisation d'aspect des surfaces transplantées et du tissu cicatriciel qui les unit les unes aux autres, ne permet pas d'apprécier très exactement leurs dimensions respectives.
On a revu le malade dans les derniers jours de décembre; il ne s'est pas produit de modifications bien grandes depuis le mois de juillet : ce qui domine, c’est l’uniformisation des surfaces greffées avec la peau de la cuisse ; toutefois, toute la surface reste mamelonnée, ce qui s'aperçoit bien quand on passe les doigts sur la surface recouverte; moins haute, cette peau est souple, glisse sur les parties profondes, se laisse soulever. Sa couleur est moins rosée qu’au début, et les intersections des lambeaux tendent à s’effacer. Au point de vue fonctionnel, le résultat est très beau, et le malade n'indique pas une gêne bien grande dans la marche; il n’y a d'ailleurs pas trace de récidive du néoplasme
Le 13 décembre 1895,on revoit le malade ; toute la région s’uniformise de plus en plus, et il devient aujourd’hui très difficile de reconnaître les lambeaux : il y a seulement au niveau des cica : trices, une production épidermique plus considérable; mais tout celà est de couleur normale, de consistance normale, et n’a pas plus d’adhérence avec les plants profonds que la peau des régions voisines.
. Sur deux des greffes, celles qui ont été prises sur le bras, existent des poils d'apparence tout à fait normale. La sensibilité est aussi à peu près normale; quand on touche avec deux pointes, le malade n’accuse qu’une sensation, avec un écartement de 45 millimètres ; pour peu que les. deux contacts soient bien simultanés. On ne trouve pas de différence bien appréciable quand les deux pointes appuient sur deux lambeaux différents ou sur le même. Les lambeaux ne présentent plus cet aspect gaufré du début; tout s’est uniformisé, et on a, en certains points, grand’peine à en voir les limites.
Ce qui paraît certain,toutefuis, c’est que les dimensions générales de la région greffée se sont notablement agrandies ; les dimen-
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sions sont, en effet, aujourd’hui de 125 millimètres de longueur sur 120 millimètres de largeur. :
Cette observation démontre que les conclusions de Meyer, disant qu'il y a TouJours rétraction des surfaces oreffées, comportent quelques exceptions et qu’au contraire, il y a quelquefois agrandissement ; en effet, si nous comparons les surfaces de la plaie primitive et de la surface greffée après guérison, nous trouvons : Plaie primitive : longueur, 193 mm., largeur, 104 mm.; surface greffée, après guérison : longueur, 235 mm., largeur, 120 mm.
OBSERVATION V
(Due à l’obligeance de M. Nové-Josserand)
Maria V..., âgée de treize ans, entre à l’hônital de la Charité, en mars 1894, pour brûlure très étendue du thorax, du cou et du bras droit, qui avait été causée deux mois auparavant par le renversement d’une marmite pleine d'eau bouillante. Pendant les années 1894 et 1895, la malade fut soignée par des pansements ordinaires faits particulièrement avec de la vaseline boriquée. Dès le début du traitement, on remarqua une tendance considérable aux hémorragies : les simples pansements provoquaient non seulement des hémorragies en nappes abondantes, mais de véritables hémorragies artérielles qui se produisaient en jets; à diverses reprises on tenta de faire des greffes sur cette surface. M. le D' Levrat fit, en 1895, une tentative de greffe animale, avec la peau de grenouille, qui demeura sans résultat, En juillet 1895, M. le D' Adenot essaya de faire des greffes dermo-épidermiques prises à la cuisse de la malade, Quelques îlots persistèrent, et la plus grande partie des greffes disparurent. Le 10 novembre 1895, M. Nové- Josserand entreprit de combler cette perte de substance par des greffes dermo-épidermiques, faites d’une manière suivie. L'état de
la malade était alors le suivant : une grande surface u'cérée occupait le dos, allant de l’une à l’autre épaule et descendant jusqu’au niveau de l'angle inférieur de l’omoplate, remontant en haut jusqu’au cuir chevelu. Sur le côté droit du cou, la surface ulcérée se continue, allant sans interruption de l'oreille jusqu'au niveau de l'articulation de l'épaule. Enfin, sur la face antérieure du thorax, elle descend sous forme d’une languette large de trois à quatre doigts, jusqu’à 6 centimètres au-dessous de la clavicule. Cette immense plaie était recouverte par des bourgeons exubérants ecchymotiques soulevés çà et là par de véritables trombus, et au niveau desquels le moindre attouchement déterminait aussitôt une hémorragie abondante, L'état général de cette malade était demeuré assez satisfaisant. Il était impossible de songer à recouvrir en une seule séance toute cette vaste plaie; on fit cinq séances successives, à des intervalles de huit à dix jours, transplantant en moyenne cinq à huit lambeaux par séance, les résultats immédiats furent satisfaisants, la plaie changea manifestement d'aspect, les hémorragies devinrent moins abondantes et la suppuration fut un peu diminuée; le plus grand nombre des greffes avaient pris et semblaient devoir persister.On interrompt momentanénrient les séances de greffes vers le milieu de décembre pour voir ce qu’elles vont devenir. À partir de ce ce moment, on vit que progressivement les greffes, loin de s'étendre, avaient plutôt de la tendance à se laisser dévorer par les bourgeons charnus, et l’on vit que peu à peu elles diminuaient de longueur et de largeur, pour disparaître tout à fait; il est incontestable que sous l'influence des greffes ou peut-être simplement des pansements très soigneux qui avaient été faits, la plaie s'était améliorée et avait un peu diminué d’étendue, la cicatrisation au niveau des bords semblait avoir fait quelques progrès; mais il n’en est pas moins vrai que les greffes ont échoué complètement, ce qu’il faut attribuer sans doute aux hémorragies et au mauvais état antérieuride la plaie.
OBSERVATION VI
(Due à l’obligeance de M. Nové-Josserand)
Marguerite M..., deux ans et demi, entre à la Charité au mois d'octobre 1895, pour brûlure étendue de la face antérieure du thorax, causée par de l’eau bouillante, Sous l'influence des pansements, certains points de la plaie où la brûlure paraissait être superficielle guérirent spontanément ; mais il restait cependant, plus d'un mois après, une surface de forme irrégulière, mesurant 17 centimètres de longueur sur 16 de large, qui ne paraissait avoir aucune tendance à se cicatriser.
Des greffes furent pratiquées à partir du 15 novembre, On fit quatre séances successives, au bout desquelles les transplants avaient recouvert dans sa totalité la surface ulcérée; toutes les greffes furent appliquées au contact les unes des autres, et elles prirent toutes si bien que, le 23 décembre, la petite malade pouvait quitter l'hôpital complètement guérie. La surface greffée présentait l'aspect, la coloration et la souplesse de la peau normale ; on ne voyait pas entre les lambeaux transplantés de traces de tissu cicatriciel; c’est certainement le plus beau résultat qu’on puisse espérer des greffes d'Ollier.
OBSERVATION VII
(Due à l’obligeance de M. Nové-Josserand)
Louis Ch..., quatre ans et demi, se brûla au mois d'octobre, en mettant le feu à son tablier. Il présenta des brûlures multiples de la face et du thorax, mais la plus importante siégeait au niveau de la face interne du bras droit, descendant jusqu’au niveau du coude, s'étendant transversalement sur une largeur d'environ 6 centimètres, et se continuant par en haut avec une brûlure actuellement cicatrisée, occupant le bord antérieur de l’aisselle et s'étendant assez bas sur le thorax, La cicatrisation de la partie interne de cette brûlure avait déterminé la formation d’une bride
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cicatricielle qui occupait le bord antérieur de l’aisselle et empêchait l'élévation du bras dans une forte proportion. Le 25 novembre, on pratiqua l’opération suivante : libération par une incision en forme de V et mobilisation de la bride cicatricielle de l’aisselle, de manière à permettre l'élévation du bras, après quoi on recouvre par des lambeaux dermo-épidermiques pris à la cuisse, toute la surface de la brûlure et de la plaie qui résultait de la mobilisation de la bride cicatricielle. Trois ou quatre jours après, l'enfant contracta la rougeole et fut envoyé dans le service d'isolement où il resta vingt jours. À son retour, on trouva que les greffes avaient complètement disparu. On pratiqua alors une deuxième séance de greffe, et on recouvrit encore toute la surface, mais l’appareil plâtré qui servait à l’immobilisation du membre se déplaça et plusieurs greffes furent entraînées. On dut alors les replacer dans une troisième séance. Elles prirent cette fois et la cicatrisation fut complète.
L'examen de la surface greffée, soit environ un mois et demi après la dernière séance desgreffes, montre que les lambeaux greffés au nombre de huit ont tous persisté, mais ils ont subi une rétraction considérable. Ils sont plissés, présentent un aspect bosselé, et sont séparés les uns des autres par un véritable tissu cicatriciel ; la bride cicatricielle de l’aisselle s’est en partie reformée, mais elle permet l'élévation du bras au delà de l’angle droit, et on a lieu d’espérer qu’elle pourra être assouplie par des exercices ultérieurs. En somme, dans ce cas, les greffes ont pris et ont persisté; elles ont amené la guérison rapide d’une brûlure qui, vraisem blablement, n'aurait pu guérir spontanément qu’en provoquant une rétraction cicatricielle considérable, incompatible avec le fonctionnement du membre : le résultat est donc, somme toute, satisfaisant.
OBsERVATION VIII
(Due à l’obligeance de M. Nové-Josserand)
Un enfant de dix ans fut amené à la Charité, au mois d'août 1895, pour une brûlure ancienne de l'épaule et du cou, à peu près entière-