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HISTORIQUE

De tout temps, les vastes ulcères ou larges pertes de substance, quelle qu'en fût la cause, ont éveillé la sagacité des chirurgiens : on peut dire, à l'heure actuelle, que peu de sujets dans l’art de guérir aient été traités aussi longuement et dans tous les pays et même dans les temps les plus reculés.

Nous nous proposons, dans cette these, de traiter un sujet, non pas nouveau, mais qui n’est pas encore bien apprécié par beaucoup de chirurgiens : nous voulons parler de la greffe dermo-épidermique ou autoplastique, selon la méthode indiquée par M. le professeur Ollier, de Lyon, en 1872.

Notre intention était de traiter des greffes dermo-épidermiques, simplement en laissant de côté la question des

rare greffes animales et greffes épidermiques de L. Reverdin.

L'école lyonnaise a pris une part si active, au moment où les essais de greffe épidermique ont été tentés, qu’il nous semble impossible de négliger tout à fait l’historique de cette question.

Nous ne parlerons pas des méthodes anaplastiques, indienne, italienne, française, si ce n’est que par comparaison ; nous négligerons également de nous occuper des greftes animales ou zoogreffes.

Greffe épidermique.

Etant interne dans le service de M. le professeur Guyon, L. Reverdin avait observé que dans certaines plaies à cicatrisation lente, il se faisait parfois de petits îlots d’épiderme à la surface de certains bourgeons ; que ces petits ilots allaient s’agrandissant en hâtant la cicatrisation des plaies.

En observateur pratique, il sut tirer parti de ce que le hasard avait placé sous ses yeux : L. Reverdin, mettant à profit les expériences de Paul Bert sur la greffe animale, eut Pidée d'enlever de petits lambeaux d’épiderme et de les appliquer sur les plaies; le succes dépassa ses espérances et, dès 1869, ce chirurgien présenta à l'Académie des sciences un mémoire sur ce sujet.

Sitôt apres cette communication, les tentatives de greffe se multiplièrent : Guyon, Gosselin, Duplay, Alph. Guerin, à Paris; Auguste Reverdin et Hergott, à Stras-

HU bourg, obtinrent un succès si favorable, qu’un an après, la méthode découverte par L. Reverdin était vulgarisée.

En Angleterre, Pollok et Holmes; etc., pratiquèrent des greffes avec certaines modifications dans le manuel opératoire de L. Reverdin. Peu après, cette opération était pratiquée en Allemagne et à Vienne par le professeur Czerny ; Scoroff et B. Howard l’essayaient, le premier en Russie, le second en Amérique.

A Lyon, les chirurgiens ne restèrent pas en retard : dès la communication de L. Reverdin, des essais furent ten tés, les premiers par Létiévant, en 1869; une de ses observations est relatée dans la thèse de Colrat. Les pro fesseurs Valette et Desgranges pratiquèrent aussi la greffe sans beaucoup de succès. Gayet à fait de nombreuses greffes ; ce chirurgien a eu des succes et des insuccès; il relate une observation de scalp traitée par cette méthode.

Laroyenne et Horand se mirent à l'unisson et pratiquerent des greffes, mais sans succès ; aussi ces deux chirurgiens attribuèrent-ils le succès de cette méthode à ce que les pansements étaient bien mieux soignés, mais non à l’action de la greffe même.

M. le professeur Ollier s’aperçut que souvent les greffes étaient emportées par le pus, ou la sérosité des plaies : il eut dès lors l’idée de faire des lambeaux plus grands et plus épais afin de les fixer plus sûrement sur la surface à greffer.

On peut dire qu’à partir de ce moment, ce fut la greffe dermo-épidermique ou autoplastique que pratiqua M. le professeur Ollier.

Afin de bien montrer que la priorité de ce procédé lui

0e appartient, nous allons donner l’observation suivante tirée de la thèse de Colrat en 1871, observation XI:

« Chauvy, du Puy (Haute-Loire), âgé de 28 ans, homme robuste, entre à l’Hôtel-Dieu de Lyon au mois de septembre 1869, dans le service de M. le professeur Ollier, pour une ulcération existant sur la face externe de l’avant-bras.

« Gette ulcération a l’aspect cancroïdal, mesure 4 centimètres de long sur 8 de large. Un traitement à l’iodure de potassium reste sans effet. Le malade rentre dans le même service en avril 1870.

« Le 25, on enlève la partie malade ; on fait une plaie ayant 14 centimètres de longueur sur 8 centimètres de largeur.

« C’est sur cette plaie que M. le professeur Ollier pratique le 10 mai, par son procédé, trois greffes autoplastiques qui prirent toutes.

« Le 26 mai, trois nouvelles transplantations, suivies de réunion.

« Le 20 juin, la cicatrisation est complète. »

Cette observation montre bien que M. le professeur Ollier a employé pour ces greffes son procédé, et non celui de Reverdin.

Si nous plaçons ici cette observation, c’est que nous aurons à y revenir plus loin.

M. le professeur Ollier ne fut pas le seul à modifier la greffe de Reverdin. D’autres l’imitèrent.

Aubert, de Lyon, greffe un lambeau enlevé sur un gros orteil qu’on venait d’amputer ; il n’eut pas de succès. Mare

tie

Sée, de Paris, sème sur la plaie de simples squames épidermiques. Pollok, en Angleterre, incise les bourgeons afin d'y planter, pour ainsi dire, sa greffe.

La thèse de Colrat, en 1871, résume la question des greffes et ouvre tout un horizon nouveau, et on peut dire que les règles qu'il a tracées sont encore suivies aujourd’hui :

Jl recommande de prendre les lambeaux autant que possible sur un endroit à peau fine et l’épiderme mince. Il est de toute utilité de bien connaitre le sujet afin de ne pas transmettre une maladie virulente. Il fait surtout remarquer qu'il faut que le lambeau contienne une partie de la couche de Malpighi ; si l’on doit prendre les greffes sur un sujet étranger, il est désirable qu’il soit jeune.

La plaie doit être recouverte de bourgeons de bonne nature, ne saignant pas : les greffes ne prennent pas sur les plaies grisâtres, à mauvais aspect.

Parlant de la physiologie et de l’histologie des greffes, Colrat affirme que, dans les greffes, pas plus que sur le bord des plaies, il est impossible de voir aucune trace de multiplication des cellules épithéliales: c’est done par transformation des cellules embryonnaires voisines que s’opère la reconstitution de l’épiderme. La greffe agit par action de présence ; quant au rôle du reticulum et de la zone épidermoïdale, M. Golrat voudrait être plus explicite, mais il se croit obligé à une grande réserve.

Eu 1872, M. Marduel publie, dans le Lyon Médical, une étude critique sur tous les ouvrages parus traitant de la greffe épidermique. Dans cette analyse, Marduel cite un mémoire de Bryant, qui dit: « Il est indubitable que les greffes agissent comme stimulant de la cicatrisation,

mais il pense en outre que les portions greffées croissent par prolifération de leurs propres cellules, »

À l’appui de cette assertion, Bryant rapporte Pobservation d’un homme blanc chez lequel il transporta, sur un ulcère de la jambe, quatre petites greffes de peau de nègre ; les quatre réunies ne dépassaient pas la grosseur d’un grain d'orge.

En dix semaines les greffes étaient réunies et formaient une plaque de peau noire vingt fois plus large que les lambeaux primitifs : il en déduit que les lambeaux croissent par prolifération de leurs propres cellules en même temps qu’elles excitent le pouvoir de formation cutanée des bourgeons. L’auteur de cette expérience n’est pas partisan des grands lambeaux.

A partir de ce moment, les chirurgiens n’obtenant pas des résultats très satisfaisants avec la greffe de Reverdin, abandonnent cette méthode pour la pratique de la méthode de M. le professeur Ollier.

M. le professeur Poncet, alors interne, publie en 1871, dans le Lyon Médical, une très belle étude sur les greffes dermo-épidermiques selon la méthode de M. le professeur Ollier, et donne deux observations où il y a eu succès.

En 1873, le même auteur présente à la Société de médecine un malade sur qui M. le professeur Ollier avait pratiqué la greffe ; il démontrait à la Société que les lambeaux ne se résorbaient pas toujours comme le voulaient plusieurs chirurgiens, mais que la greffe donnait un résultat durable.

Donc, d’après ce que nous venons de dire, il est parfaitement démontré qu'avec M. le professeur Ollier naît une méthode nouvelle, qui n’a rien de commun avec celle de

or

L. Reverdin. En effet, ce ne sont plus de petits lambeaux épidermiques qu’emploie M. le professeur Ollier, mais des lambeaux cutanés ou dermo-épidermiques, très longs et très larges.

La méthode de M. le professeur Ollier procède d’un nouveau système et se pratique par une nouvelle opération : cette méthode diffère essentiellement des données de L. Reverdin.

M. le professeur Ollier, en un mot, procède, par une manière nouvelle, à une véritable autoplastie.

Greffe dermo-épidermique du professeur Ollier

M. le professeur Ollier pratiquait la méthode dont il a tracé le manuel opératoire depuis deux ans, quand il fit sa première communication à l’Académie des sciences, en 1872.

Lefort, la même année, faisait également une commu nication à la Société de chirurgie : le chirurgien de Paris avait fait une autoplastie à lambeau détaché, pour un ectropion ; mais il ne réussit pas. Il reconnut de suite que, pour obtenir un succès, il ne fallait pas que Le lambeau eût toute l’épaisseur de la peau: il est d'avis de flageller la partie où on prendra le lambeau, selon la méthode indienne. -

Dans la même séance, Labbé et Galézouski font connaître à la Société chacun un cas de greffe des paupières, mais ils avaient employé de petits lambeaux.

En France, l’exemple de M. le professeur Ollier fut

Pig suivi par Dubreuil, Broca, Bœkel ; en Angleterre, par Pollok, Holmes : en Allemagne, par Uling ; à Vienne, par Sichel et Wecker ; ces auteurs firent connaître les résultats de leurs opérations.

En 1874, beaucoup de chirurgiens pratiquaient la greffe selon la méthode de M. le professeur Ollier.

Il va sans dire que tous n’obtinrent pas des résultats parfaits: l’antisepsie étant encore inconnue, l’opération était donc pratiquée souvent dans de mauvaises condi tions. Les greffes ne prenaient pas ou se gangrenaient ; il arrivait souvent qu'après une apparence de guérison, les lambeaux se résorbaient.

Après des insuccès répétés, cette méthode semble perdre du terrain en France et n’est plus que rarement pratiquée.

A cette époque, un chirurgien allemand, Thiersch, de Leipzig, qui s’occupait beaucoup de greffes, était surpris des nombreux insuccès. Il en chercha la cause : cet observateur perspicace crut trouver, et il avait peut-être. raison, les causes de la non -réussite de la greffe chez certains sujets dont les plaies bourgeonnaient d’une manière exagérée.

Frappé de voir, chez ces derniers sujets, les lambeaux tomber ou se résorber, et même de voir une rétraction exagérée de la cicatrice après guérison, il en conclut que la cause des échecs pouvait bien être les bourgeons, trop exubérants, sur qui les greffes n'adhéraient pas assez intimement et se mortifiaient ou s’unissaient rapidement à la plaie et disparaissaient avec la rétraction des kour geons.

Thiersch, pour remédier à ces inconvénients. eut l’idée

ET Re de racler les plaies bourgeonnantes, procédé que Pollok avait déjà employé, mais bien plus timidement quand il pratiquait la greffe de Reverdin.

Soit que dans beaucoup de cas cette pratique ait donné d'excellents résultats, soit que Thiersch ait bénéficié des bienfaits de l’antisepsie, qui commençait à être appliquée, il obtint des résultats beaucoup plus favorables que par les autres procédés.

Le chirurgien allemand employait, comme M. le professeur Ollier des lanières de peau recouvrant toute la plaie, faisait un raclage de la plaie à recouvrir : c’était une réunon par première intention qu’il obtenait, mais sa méthode n'était autre que celle du chirurgien lyonnais.

Thiersch entretint le quinzième Congrès de chirurgiens allemands de sa nouvelle méthode et décrivit son manuel opératoire.

Quelques années après, Plessing, assistant de Thiersch, publia les observations de ce dernier : elles étaient concluantes.

Socin, à Bâle, pratiqua la greffe de Thiersch avec quelques légères modifications ; Hubscher en publia les observations.

D’autres chirurgiens, Ozerny, Groser, Jaeschké, Garré, Eversbourg, Nagel, en Allemagne, publièrent leurs travaux sur cette question.

En France, Pozzi, Monod, Heydenreich, etc., pratiquèrent la méthode de Thiersch en y ajoutant quelques modifications que nous ferons connaître au chapitre : Manuel opératoire.

A partir de 1888, la greffe dermo-épidermique, jusqu’à présent dite d’Ollier-Thiersch, est pratiquée partout : en

France, en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, etc,

Nous ne parlerons pas de tous les auteurs qui se sont occupés de la greffe ; nous nous bornerons à en nommer les principaux dans ce chapitre et à faire connaître les modifications qu'ils ont apportées dans la technique opératoire dans le chapitre : Manuel opératoire.

A notre connaissance, cinq thèses ont été faites sur la greffe autoplastique ou dermo-épidermique : la première, à Paris, par Chevillot, en 1889 ; François Thierry, Paris, 1889 ; Nogué Raymond, Paris, 1891 ; Staniou-Protopo pesco, Paris, 1892 ; Manceaux, Nancy, 1890.

Nous avons emprunté un peu à chacun de ces auteurs, mais surtout dans la thèse de Staniou-Protopopesco, thèse très bien étudiée et remplie de renseignements très précis.

Staniou-Protopopesco est le seul auteur qui ait rendu hommage à la vérité, en démontrant que la méthode de Thiersch, la seule dont parle les Allemands, n’est autre que la méthode de M. le professeur Ollier, légèrement modifiée.

La méthode de greffe dermo-épidermique à grands lambeaux n’est pas plus le procédé de Thiersch qu’elle n’est le procédé de Socin ou de Ewald : c’est la méthode du professeur Ollier et non d’autres.

Nous nous inspirerons également des auteurs plus récents, tels qu'Urban, Helferich, Wentscher, Tnerka, Ad. Meyer, etc.

Relativement à ce qui se passe à l'étranger, l'emploi des greffes est assez restreint en France ; M. le professeur Ollier, lui-même, n’a pas fait de très nombreuses applications de sa méthode. Nous retrouvons quelques observations consignées dans le Lyon médical, dont une en

re

1895, qui est très intéressante à plusieurs points de vue :

Un des plus jeunes et non des moins appréciés des chirurgiens des hôpitaux de Lyon, M. Nové-Josserand, a eu l’occasion de pratiquer plusieurs applications de greffes autoplastiques, par la méthode de M. le professeur Ollier. Ce sont les belles opérations que nous lui avons vu pratiquer à la Charité, dans le dernier trimestre de 1895, qui nous ont engagé à faire de ses observations le sujet de notre thèse inaugurale.

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