INTRODUCTION
Trois observations de plaies compliquées de la main traibées à l’hôpital des Enfants par des applications de greftes pédiculées « en pont » nous ont suggéré l’idée d'étudier les résultats que donnent les différentes greffes dans la réparation des pertes de substance étendues de la main et des déformabions cicatricielles de ce segment de membre. La mam étant en raison de sa position et de ses fonclions tout particulièrement exposée aux traumatismes, les Hésions qu’elle peut présenter sont considérables et fréquentes, en particulier parmi les ouvriers travaillant dans des usines; or, le plus souvent, les plaies profondes et étendues de cet organe, résultant par exemple de dilacération, d’arrachement (par courroie de transmission), d’écrasement et s’accompagnant de lésions des tissus sous-jacents cicatrisent avec une lenteur désespérante oudans des conditions particulèrementmauvaises qui compromettent le jeu normal des doigts; d’autres fois on se trouve en présence d’une plaie ancienne de la main ayant cicatrisé vicicusement à l’aide des brides fibreuses ét rétractiles qui attirent des doigts en flexion ét empêchent leur fonctionnement, Dans tous ces cas, la chirurgie orthopédique de la main a bénéficié de l'application des greffes cutanées, surtout du jour où Berger préconisa la greffe pédiculée suivant la méthode italienne modifiée comme le meilleur procédé à appliquer contre les déformations :cicabricielles de la région à la suite de plaies anciennes et de ‘trau-
matismés graves. En effet une application de greffe en cette région doit réaliser certaines conditions qui tiennent à la position et à la fonction de la main et aussi à la présence des doigts dont la récupération fonctionnelle est si importante : c’est ainsi que le tégument final obtenu par la greffe doit être suffisamment résistant pour subir les incessants contacts de la préhension, mais aussi assez souple et non rétractible pour ne pas gêner le jeu des doigts; enfin, du moins dans une certaine classe de la société, une condition d’esthétique intervient, interdisant à cette région une greffe qui formerait une saillie exubérante et disgracieuse, ce qui, en une autre
région du corps non découverte, n’aurait plus la même importance. Aussi tous les procédés de greffe ne trouvent-ils pas leur application à la main et telle méthode qui ailleurs conviendra parfaitement, donnera ici des résultats nuls ou imparfaits : alors qu’en toute autre région du tronc ou des membres (sauf au niveau des plis de flexion : coude, aisselle, aine, creux poplité) c’est le résultat anatomique qui importe, à la main on vise surtout à une récupération fonctionnelle -parfaite rendant aux mouvements des doigts leur maximum d'utilisation. Or, de toutes les méthodes de greffe appliquées à la main, c’est incontestablement le méthode italienne modifiée et sa variante, la greffe à double pédicule, qui ont fourni les plus beaux résultats. C’est surtout ce dernier procédé que nous aurons en vue dans cette étude : aussi bien c’est lui qui a servi de point de départ à notre travail et les trois cas que nous rapportons, qui ont été traités par cette méthode, l’ont été avec un entier succès.
Nous passerons d’abord successivement en revue les diverses greffes appliquables à la main en recherchant les résultats qu'elles peuvent y fournir d’après ce que nous savons actuellement de leur valeur et d’après les observations des auteurs qui les ont employées en cette région.
Nous insisterons surtout sur les observations de greffes par la méthode italienne appliquées à la main où elles donnent d'excellents résultats grâce à leur lambeau pédiculé. Puis
nous étudierons les greffes en pont, au point de vue de leur historique, de leurs indications, de leur supériorité sur les autres procédés de greffe et les avantages qu’on peut en retirer pour combler les pertes de substance de la main et nous décrirons leur technique opératoire.
Nous terminerons par la relation de nos trois observations. Nous étendrons notre étude aux pertes de substance et aux difformités cicatricielles du poignet et du tiers inférieur de l’avant-bras, qui sont le plus souvent intéressés dans les traumatismes atteignant la main et qui sont passibles du même traitement, pouvant à leur tour, lorsqu'elles sont considérables, influer sur le fonctionnement normal de la main et des doigts.
Monsieur le Professeur agrégé Rocher a bien voulu nous fournir le sujet d’une de nos trois observations et nous a guidé dans l’exécution de notre travail avec une bienveillance et une sympathie qui nous honorent profondément. Qu'il nous permette de lui en témoigner ici notre bien vive et respectueuse gratitude.
Greftes animales
Les premières observations de greffes animales datent de 1871 époque à laquelle Letiévant les fit connaître et les préconisa ; en 1874, Daroles à la süite de plusieurs échecs ayant suivi la transplantation de fragments de peau de lapin, conclut à la résorption fatale de ces greffes et à leur Imutilité en chirurgie ; de cette époque à 1884, Allen ne trouve aucune observation de greffe animale dans la littérature chirurgicale. À partir de 1884 de nouvelles tentatives sont signalées parfois couronnées de succès.
Nous relevons les observations suivantes de greffes animales pratiquées pour plaies de la main ou du poignet : en 1872, Folet, ayant à traiter une plaie du tiers inférieur de l’avant-bras s'étendant sur la paume de la main jusqu’à la racine des doigts, sans lésions sous-jacentes des tendons ou du squelette, taille sur un lapin un morceau de paroi abdominale dont les poils avaient été soigneusement rasés et l’appliqua sur la plaie à l’aide d’un pansement au diachylon; la greffe demeura; la cicatrisation marcha rapidement.
Vincent en 1887, fait une application de peau de grenouille sur une plaie superficielle occupant les deux tiers inférieurs de la paume de la main et la face antérieure des doigts. Cicatrisation complète en 16 jours.
Observation Dubousquet Laborderie — 1891. Il s’agit d’un homme de 25 ans, représentant de commerce, porteur de brulures au troisième degré, siègeant à la partie inférieure de l’avant-bras droit : l’accident eut lieu le 15 février 1891 :