OBSERVATION III
Carie avancée du IVe degré, — Obturation impossible malgré
tous les soins. Extraction. — Résection de l'apex, couronne artificielle réimplantation. — Guérison.
Mme M... P..., sœur hospitalière, 40 ans. À un bon état
général; nous constatons à l'examen que de nombreuses dents ont été soignées ou extraites.
L’incisive centrale droite est presque entièrement dépourvue de couronne, la carie a détruit toute la face antérieure et une énorme partie du bord externe, c'est une dent qui n'a jamais eu d’abcès aigu mais qui estsensible depuis fort longtemps à la pression. On a essayé maintes fois de la traiter, les injections d’eau oxygénée dans le canal, les mèches d'iodoforme, le ruginage aussi parfait que possible des parois n’ont rien donné.
Le 15 mars 1913, l'avulsion de la dent est pratiquée sans injection de novocaine, elle est très douloureuse. La dent offre à l'examen une carie énorme, pénétrante, avec destruction presque totale de la couronne dont il ne reste que quelques arêtes anguleuses. Un canal gangrené et tout noir fait suite à la chambre pulpaire ; l'apex est surmonté d'un petit kyste charnu.
Après nos précautions habituelles d’asepsie, et après avoir lavé la dent au sérum, nous réséquons ce kyste avec trois millimètres de l’apex. Nous abrasons également la face supérieure de la racine au niveau du collet, supprimant tout ce qui est inutilisable de la couronne. Nous pratiquons le curettage du canal dentaire à l'aide d'une fraise et nous l’asséchons à l'alcool et à l'air chaud. Nous ajustons nne dent
re à pivot comme dans le cas précédent. Nous la fixons solidement à l’aide de ciment coulé dans le canal; nous polissons à la meule et au disque de papier verré, et la dent est reconstituée.
L’alvéole est détamponnée et la dent remise en place par simple pression. La dent est ici légèrement coincée entre les deux voisines, et semble tenir en place d'elle-même, malgré cela nous ligaturons. L'opération a duré près de trois heures.
Le soir même, la malade ne ressent aucune douleur, encore sous l'influence de l'injection de novocaine qui a précédé la réimplantation. Dans la nuit, une légère névralgie faciale se déclare. Le lendemain, amélioration considérable, aucune inflammation et aucune douleur. Le 17 mars, à la suite d’un choc brusque que la malade a reçu sur le maxillaire, les névralgies reparaissent. La dent est déjà solide, nous changeons la ligature bien qu'elle ne nous paraisse plus indispensable. Le 19 mars, la malade commence à se servir de sa dent pour manger des aliments tendres, et nous enlevons définitivement la ligature. Quinze jours plus tard, l'aspect de la dent opérée est devenu tellement normal qu'il est difficile de la distinguer des dents voisines.
Nous ferons observer que la ligature a été maintenue très peu de temps et que la dent a été, semble-t-il, plus vite consolidée, puisqu’à la fin de la première semaine elle était complètement affermie dans son alvéole.