VI
3° Nous montrerons enfin quels sont les symptômes habituels des grossesses de cette nature, combien est grande la difficulté du diagnostic, quel doit en être le pronostic et le traitement.
Développement des organes génitaux internes chez la femme et fécondation
Pour avoir une idée nette des malformations utérines que nous rapportons, il est nécessaire de bien connaître le mode de développement des organes génitaux internes de la femme.
Les organes génitaux internes chez la femme comme chez l’homme, d’ailleurs, proviennent du corps de Wolf, des canaux de Müller et des glandes génitales.
Le corps de Wolf apparaît sur les côtés de la colonne vertébrale au cours du deuxième mois. Il est constitué par deux conduits longitudinaux dans lesquels viennent déboucher des tubes flexueux et terminés en cæcum. Sur son côté interne, se développe un-léger renflement : c’est la glande génitale qui formera le testicule ou l’ovaire. Après le troisième mois, jusqu’à cette époque le sexe resteindifférent, le corps de Wolfs’atrophie, disparaît presque complètement. ne laisse qu'une toute petite portion qui deviendra l'organe de Rosenmäüller ou parovaire.
Ce sont les canaux de Müller qui jouent le rôle principal dans le développement des organes génitaux
internes de la femme. Ces canaux naissent quelque temps après ceux de Wolf, en dehors et au-dessus desquels ils se placent. Au niveau de l'extrémité inférieure, les canaux de Müller se tournent vers le côté interne puis vers le côté postérieur des canaux de Wolf. Ces quatre canaux juxtaposés deux à deux viennent s’aboucher tout près les uns des autres dans le sinus uro-génital, au-dessous de la vessie.
Les canaux de Müller d’abord pleins, séparés en haut par la largeur de la colonne vertébrale, s’unissent en bas, se soudent l’un à l’autre. La partie supérieure forme les trompes. La partie inférieure, contenue dans l'épaisseur du cordon génital, constitue l'utérus et le vagin. Chacun des canaux de Müller se creuse d'une cavité distincte, puis la cloison qui sépare les parties accolées disparaît en bas et en haut et le conduit vagino-utérin d’abord double devient simple plus tard.
Nous possédons ainsi une connaissance schématique du développement de l’utérus et ses anomalies vont devenir d'une interprétation facile :
1° La vulveet le vagin étant absolument normaux, l'utérus peut ou manquer ou être remplacé par quelques tractus fibro-musculaires. Dans certains cas, l’utérus peut être microscopique, dans d’autres, l'organe a la forme d’un utérus, mais il manque de cavité ;
2 Utérus double. — Il est constitué par un col unique et deux cornes. Les canaux de Müller restent
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séparés seulement dans la portion qui doit former le corps de l'utérus ;
3° Utérus bicorne. — Le fond de l'utérus est creusé d’un sillon par suite de la jonction incomplète des canaux de Müller ;
4" Utérus septus. — La configuration extérieure de l’utérus est normale, mais la fusion en un seul des deux conduits utérins par résorption des parois adossées des tubes de Müller ne s’est pas accomplie. La cavité est divisée en deux par une cloison médiane et les deux cavités s’ouvrent séparément dans un vagin unique ;
5 Utérus subseptas. — Cette forme d'utérus n’est qu'une variété de l’utérus septus, il n'y a qu’un seul orifice du col dans le vagin ; mais les deux cavités des cornes utérines qui communiquent très largement en bas sont séparées en haut ;
6° Utérus didelphe. — Dans ce cas, les deux utérus sont complètement séparés, isolés, bien développés, représentant chacun une moitié d'utérus normal ; chaque corne possède une trompe, un ovaire et un ligament rond. Très souvent cette anomalie s’accompagne d’un vagin double ;
7° Utérus unicorne. — II résulte de l’atrophie ou de l’arrêt de développement d’un des canaux de Müller. Cette variété de malformation nous intéresse tout particulièrement, car c’est dans cette catégorie que rentrent les cas cliniques qui font l'objet de notre travail.
L'utérus unicornewpeut avoir à peu près la forme
normale, il peut être globuleux, conique, fusiforme ; mais il se compose d’une moitié d’organe, l’autre est à l’état rudimentaire. La trompe et l’utérus de ce côté peuvent être réduits à un cordon fibro-musculaire. Souvent en même temps l'ovaire est atrophié, le vagin rétréci, Mais il ne faut pas oublier que cette atrophie complète d’un des canaux de Müller n’est pas absolument nécessaire et que, parfois, il n’existe aucun retentissement de son arrêt de développement sur le vagin et l’ovaire qui sont tout à fait normaux. L’atrophie et l’oblitération du canal de Müller peuvent n’exister que sur un point. Et, comme le fait remarquer M. Treub, professeur à l’Université d'Amsterdam, un utérus unicorne est toujours accompagné d’une corne rudimentaire plus ou moins atrophiée.
Fécondation. — Dans cet utérus unicorne avec corne rudimentaire que va-t-il se passer ? Tout l’intérêt réside dans ce fait que l’utérus peut devenir le siège d’une grossesse. Et alors, de deux choses l’une: ou bien la grossesse va évoluer dans le canal de Müller parfaitement développé ou bien, ce qui est infiniment plus rare, l’œuf fécondé va se fixer dans la corne utérine rudimentaire, formant ainsi une sorte de grossesse extra-utérine d’une variété particulière. Mais, dans ce cas, le spermatozoïde peut féconder un ovule de l’ovaire droit ou de l'ovaire gauche. La corne utérine rudimentaire étant à gauche, la communication n’existant pas avec la cavité
utérine proprement dite,le spermatozoïde varemonter
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du vagin dans l'utérus, de l’utérus dans la trompe droite puis tomber dans le péritoine et par ses mouvements aclifs, aboutir au pavillon de la trompe gauche, là il va féconder l’ovule venant de l'ovaire gauche dans lequel nous trouverons un corps jaune. Mais il arrive que le corps jaune siège dans l'ovaire droit et que la grossesse se développe dans la corne utérine rudimentaire gauche. L’ovule a dû tomber dans la cavité péritonéale, là il est fécondé par un spermatozoiïide et l'œuf ainsi constitué, dirigé par une finalité dont nous ne connaissons ni la modalité, ni les étapes successives, va se fixer dans la corne utérine rudimentaire du côté opposé à l'ovaire qui a fourni l’ovule.