CHAPITRE
Les Hémorragies dans les Epidémies de grippe
antérieures à l’Epidémie de 1918-1919.
Nous nous sommes demandé si la fréquence de ceertaines hémorragies, au cours de la grippe, ne constituait pas un fait nouveau. Nous avons pu nous rendre compte par nos recherches, que les hémorragies dans la grippe : ont été observées au cours de la plupart des grandes épidémies sans qu'on y ait attaché une grande importance symptomatique. l
Pourtant, l'epistaxis, comme symptôme du début de la maladie, est signalé par Dieulafoy, dans sa Pathologie interne, par M. Nerrer dans le traité de médecine de Brouardel, par Bourges dans le Manuel de Médecine de Degove; ces différents auteurs attirent, en outre, l’attention sur les cas où cette hémorragie revêt une allure prépondérante. GrisoLLes, JA“couD, dans leurs Traités de Pathologie interne, et DECHAMBRE dans son Dictionnaire, signalent la fréquence de l’epistaxis et de l’hémoptysie.
Nous pouvons, du reste, remonter plus loin, maïs nous
AN : NX PNA insisterons surtout sur les phénomènes hémorragiques constatés au cours des grandes épidémies classiques de 1837 et de 1889-1890.
Dès 1414, la grippe se manifesta par de nombreuses
et graves hémorragies qui sont curieusement décrites dans ,
un journal de Paris de l’époque « ... et quand ce venoit sur la guérison, ils jetoieni grand foison de sang par la
bouche et par le nez, et par dessoubs, qui moult les es-
bayssoit et néanitmoins'personne ne mouroit... ». (Œuvres
d'Estienne Pasquier, t. 1, p. 426. Amsterdam, 1723).
Waiczis (De febribus, Epidémie de 1655) observe chez plusieurs malades des crachements sanguinolents : € Un grand nombre de vieillards, d’infirmes et de gens faibles altaqués de cette maladie y succombaient... ils paraissaient mourir d’une congestion à la poitrine... ».
Peu, qui eut l'occasion d'étudier l'épidémie de 1675, observa « qu’elle donna de telle façon sur des femmes enceintes, que beaucoup moururent de fluxion de poitrine, ou d’avortements avec métrorragies ».
En 1691, Webrer, médecin des troupes suisses et confédérées en Allemagne, rapporte une épidémie redoutable qui régna dans l’armée. Parmi les symptômes observés, il signale « une toux sèche et violente, suivie quelquefois d’une expectoration difficile, de matières visqueuses, épaisses ou sanguinolentes ».
-En 1709, Lanaisi assiste à Rome à une épidémie avec « crachements de sang ». Loew signalé en 1719, au cours de l’Epidémie européenne, des crachements de sang, et
des exanthèmes simulant les pétéchies.
Or
En 1739, la grippe sévit à Edimbourg : elle fut marquée
par de fréquents écoulements de pus par l'oreille... « des malades éprouvèrent une forte oppression de poitrine avec douleur latérale. les malades chez lesquels ces symptômes se déclarèrent et qui négligèrent de se faire soigner, furent attaqués d'une hémoptysie… »
En 1742, VIOLANEE décrit une épidémie apple: en Saxe : il rapporte, entre autres, l'observation de Stefano PALLAVIOINO, conseiller du roi de Pologne, qui fut attaqué à Dresde de la maladie régnante. « Dès le troisième jour, il lui survint une extrême oppression de poitrine; le cinquième jour on fui administra un purgatif, et dès lors le mal empira : la toux s'exaspéra avec crachements de sang …
Ces crachements de sang sont aussi signalés en France, en 17/2. e
En 1579, Law remarque la fréquence des hémoptysies et des métrorragies.
En 1800, à Lyon, Girserr décrit une pleuro-pneumonie grippale avec crachats sanguinolents.
Nous trouvons, pour la première fois, une description complète des hémorragies grippales, dans une communication à l’Académie Royale de Médecine, faite par PÉTRE- QuIN, en décembre 1837, et relatée dans la Gazette Médicale de Paris de 1837. ÿ
Décrivant l'invasion « instan tanée » de la maladie, PÉ- TREQUIN signale dans cette période du début quelques-uns des phénomènes hémorragiques que nous observons au-
jourd'hui : « souvent un molimen hémorragique se ma-
SRE am
nifestait vers les muqueuses, soit une epistaxis analogue à celle des fièvres graves. soit une hémoptysie... soit une etre. ». j à
Décrivant la période d'état, PÉTREQUIN ajoute : « Outre la fluxion catarrhale (coryza), la muqueuse était le siège
d'une congestion sanguine fort active : de là, ces epistaxis
qui ant partout été fréquentes chez les enfants, qui pou-
vaient inquiéter par leur abondance, et qui ont généralement soulagé... ». AR
Parlant des conjonctivités grippales, il dit: « Le molimen hemorrhagicum que j'ai signalé pour la muqueuse nasale s’est retrouvé ici; on a constaté des hémorragies par la conjonctive et les points lacrymaux... ».
« Les gencives étaient souvent congestionnées.… la muqueuse buccale était dans un état de congestion sanguine manifeste... ». | . « La muqueuse broncho-pulmonaire a été, comme les précédentes, le théâtre d’une congestion sanguine : de là, ces hémoptysies qu'on a observées à Bordeaux, à Limoges et à Paris... Nous retrouvons partout une forme générale: qui se reproduit dans les divers appareils. ».
À propos des désordres digestifs dans la grippe, PÉTRE- QUIN signale « le molimen hemorrhagicum qui s’est manifesté par les cas d’hématémèse et de selles sanguinolentes. ». ;
« Les urines étaient, en général, rares, colorées, sédiimenteuses. La congestion sanguine dé la muqueuse vésicale s'est révélée par des hématuüries.. » et plus loin : « Je
dois dire qu’on a constaté un flux catarrhal de l’urèthre et
Pa ect du vagin —— et ici se retrouve encore l’uniformité des phénomènes précités, je veux parler des hémorragies uté-
rines qui ont été fréquentes... Gilbert avait déjà noté la
fréquence des ménorrhagies, à Lyon, dans la grippe
de 1800. L'état de l'utérus a été singulièrement modifié en 1837; plusieurs avortements en ont été le résultat... ».
Puis vient la description des diverses manifestations. cutanées hémorragiques, dont nous avons parlé : « La
suractivité congestive que j'ai signalée dans les plexus
sanguins sOus-muqueux, se retrouve dans le réseau capil-
laire de la peau, dont la stimulation vive se dénote par des exanthèmes variés : tantôt, c'étaient des taches rouges, clairsemées, en guise de semi-ceinture sur l'abdomen, tantôt c'était une éruption miliaire.… ou une urticaire..…., d'autres fois, l'éruption apparaissait sous forme de rougeurs scarlatineuses, ou sous forme d’érysipèles, ou bien il y avait des pustules labiaies et divers signes de l’hypersthénie capillaire des tégumens ».
Dans la description de la grippe, telle que la donnait, en 1872, le dictionnaire de Jaccoup, on trouve- cette remarque particulièrement intéressante : « Des hémorrhagies ont lieu sur diverses surfacss : les plus fréquentes sont l’epistaxis et l’hémoptysie. On constate encore l’hématémèse, des diarrhées sanguinclentes, des flux hémorrhoïdaires, des ménorrhagies où l'accélération des menstrues ». à
En 1872, Hébrard a décrit un état catarrhal secondaire des muqueuses digestives, caractérisé par d'abondantes
évacuations avec douleurs abdominales, epistaxis, cépha-