‹ Contribution à l'étude des hémorragies au cours de la grippeChapitre 5 sur 17 · PEN AA SE · texte numérisé non relu

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Hémorragies cutanées. — Ces hémorragies sont rares. MM. BaurLe et GRENIER ont signalé tout récemment plusieurs observations de pétéchies, localisées surtout aux membres, et caractérisant des formes graves. Le D' Hau- GER a rapporté un cas curieux de bulles. pemphigoïdes hémorragiques, localisées au fourreau de la verge, chez un malade atteint de grippe à à forme grave avec syndrôme hémorragique, ictère, albuminurie, et qui s'est terminé par la mort. Enfin, on a noté quelques cas de purpura.

Rapprochons de ces hémorragies cutanées les érythèmes scarlatiniformes et morbilliformes, ainsi que les taches rosées qui ont été signalées au début de la grippe et qui peuvent égarer le diagnostic. Ces hémorragies cutanées 8 observent surtout dans la grippe hémorragique que nous décrirons plus loin.

Pleurésies hémorragiques. —- M. le professeur RÉNon et le D° R: Mienor ont mentionné, il y a peu de temps, deux cas d’épanchements hémorragiques de la plèvre, de 250 à 500 grammes.

MM. Ch. Ricner fils et À. BañBien, étudiant les com-

plications pleurales au cours des localisations pulmonaires

de la grippe, signalent la fréquence des pleurésies purulentes, des épanchements puriformes aseptiques et des réactions séreuses pleuro-corticales se limitant à quelques gouttes de liquide. En outre de ces trois types habituels, chez cinq malades atteints de congestion pulmonaire, de pneumonie ou de broncho-pneumonie, MM. Ricuer et

BARBIER ont noté un épanchement sanglant aseptique de

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la plèvre. Dans ces cinq cas, après auscultation de signes pleurétiques, avec matité, diminution des vibrations thoraciques, égophonie ou non, pectoriloquie aphone ou non, avec où sans souffle, la ponction al ramené facilement quelques centimètres cubes de Jiquide qui parut du sang pur.

L'épanchement n'est jamais considérable et n’a jamais nécessité une thoracentèse, et l’évolution n’a pas été modifiée par cette complication pleurale puisque, dans aucun cas, il n’y à eu de transformation purulente. Ces cinq malades avaient tous de l’albumine dans leurs urines, mais sans hypertension artérielle. L'examen cytologique du liquide de ponction a montré que c'était un mélange de sang pur et de liquide pleural et, ni l'examen direct, ni les cultures n'ont permis de déceler de microbes.

Au point de vue pathogénique, MM. Ricmer et BARBIER établissent un parallèle absolu entre tous les phénomènes congestifs et hémorragiques au cours de la grippe; dans ces cas d'épanchements sanglants de la plèvre, le processus hémorragique au niveau des feuillets pleuraux serait peut-être favorisé par. la néphrite concomitante.

Ce qu'on observe au point de vue anatomo-pathologique, ce sont des exsudats fibrineux et des suffusions héimorragiques.

Hémorragies gastro-intestinales; hématémèses et melaena. — On observe quelquefois, dans la grippe, des hématémèses et des melaena dus à un état congestif de la

muqueuse gastro-intestinale et quelquefois à des ulcéra-

tions plus ou moins nombreuses, plus ou moins étendues.

Ces ulcères ont, d’ailleurs, été décrits depuis longtemps par Dieulafoy dans ses cliniques sur « la gastrite hémorragique pneumococcique »; ils se rencontrent non seuilement sur la muqueuse de l'estomac, mais encore sur. l'intestin grêle, sur le gros intestin et même sur l’appendice.

M. CAUSSADE ayant eu l’occasion de pratiquer l'autopsie de plusieurs grippés, a noté la fréquence des suffusions sanguines, et des taches ecchymotiques, siégeant surtout sur la petite courbure de l'estomac, au niveau du cardia ou du pylore ou même des deux premiers segments du duodénum, de la dimension approximative d’une pièce de cinquante centimes à celle d’une pièce de deux francs, les mêmes lésions pouvant d’ailleurs s’observer sur le gros Intestin. +=

M..LEesné relate l'observation d'uñe jeune femme qui eut pendant plusieurs jours de la fièvre et des hémorragies intestinales abondantes de sang rouge, sans douleurs, . Sans signes d’entérite et sans hémorroïdes apparentes; après cinq jours de cette symptomatologie anormale, apparurent des signes de congestion pleuro-pulmonaire qui vinrent éclairer le diagnostic. Cette malade guérit, mais fut longtemps très anémiée. Q >

Ces hémorragies intestinales surviennent généralement dans le cours de la maladie, et bien souvent, on a pu hé-, siter, étant donné la gravité des phénomènes généraux concomitants entre une hémorragie de nature grippale, et

une fièvre typhoïde ou une dysenterie : le diagnostic est,

d'ailleurs, bien facilité avec la notion d’épidémicité. Dans quelques cas assez fréquents, il ne s’agit pas d’une

hémorragie intestinale vraie, mais d’un flux hémorroï-

daire abondant : nous avons vu à propos des métrorra-

gies, combien ces émissions sanguines périodiques pou-

L \ A Lé r le . 0 vaient être accélérées du fait de la grippe.

Hématuries. — Nous n'en avons pas observé personnellement au cours de l'épidémie récente, mais nous savons qu'elles ont été signalées au cours des épidémies anlérieures. ;

M. TouRAINE à pu observer quelques cas d’hématurie

dans des grippes à forme hémorragique.

Hémorragies méningées. — M. FLoranD à décrit, à côté des formes thoraciques et gastro-intestinales de la grippe, des formes purement nerveuses, délirantes, exceptionnellement graves, sans aucune localisation, avec mort rapide dans un état ataxo-adynamique, analogue à celui que l’on observait autrefois dans les fièvres typhoïdes graves: seule l’hémoculture a permis dans ces cas d’éliminer la fièvre. typhoïde; l’autopsie a montré de véritables suffusions sanguines au niveau de la pie-mère, principalement dans les régions protubérantielles et bulbaires.

Les mêmes constatations ont été faites par M. CaAussane qui à signalé récemment des grippes à symptomatologie

méningée avec liquide de ponction lombaire clair et à

É 4 caractères normaux et suffusions sanguines très marquées

de la pie-mèrè.

Hémorragies auriculaires. — On a cité quelques cas exceptionnels de myringite hémorragique, mais d'une façon générale, les complications auriculaires, otites, sinusites, mastoïdites ont été très rares au cours de l'épidémie

récente, contrairement à ce que l’on a observé en 1889-90.

Hémorragies oculaires. — Nous n'avons pas trouvé d’observations concernant les hémorragies oculaires signalées au cours des précédentes épidémies : ecchymoses palpébrales, hémorrägies conjonctivales et rétiniennes, sauf quelques observations d'hémorragies sous-conjonctivales, au cours de grippes à formes hémorragiques et rapportées par M. Touraine.

Grippe à forme hémorragique. — Les formes cliniques de la grippe, envisagées au point de vue de la gravité de

leur pronostic, peuvent se ramener à trois types : les for-

mes bénignes, sans complications pulmonaires, les formes

compliquées non septicémiques et les formes septicémiques. L'évolution des deux premières variétés peut être marquée par l'apparition des différentes hémorragies, en général bénignes, que noustvenons de voir. Quant aux. formes septicémiques, elles peuvent se présenter cliniquement sous deux aspects différents par leur évolution

et leur symptomatologie : soit sous une forme hyperto-

oo

ne

xique d'emblée, à foyers preumoniques latents, à évolution très rapidement mortelle, soit sous une forme septicémique à évolution plus lente au cours de laquelle la symptomatologie peut être dominée par des hémorragies graves : c'est cette forme que M. TouRAINE a décrite récem- -ment sous le nom de «e Grippe hémorragique », forme clinique analogue aux formes hémorragiques de la plupart des grandes infections. ;

Les symptômes du début sont généralement: plus graves que dans les formes habituelles; les epistaxis presque toujours constantes et toujours abondantes ainsi que les

gingivorragies, puis la température s'élève brusquement

aux environs de 40°. Cette élévation thermique est tou-

jours liée à des complications pulmonaires graves — d'autres fois, la grippe ne prend que plus tardivement son allure hémorragique : au moment de la défervescence d’une grippe qui paraissait banale, la fièvre remonte brusquement en même temps que les complications pulmonaires se déclarent et, avec elles, la tendance aux hémorragies.

Quel que soit le moment où les hémorragies apparaissent, elles se manifestent suivant le même tableau cli: nique. Les plus fréquentes et les plus graves sont les hémoptysies qui accompagnent les lésions pulmonaires congestives, pneumoniques ou broncho-pneumoniques. Cette

hémoptysie-se borne quequefois à l’expectoration de cra-

chats hémoptoïques, mais le plus souvent elle est abon-

dante et persiste jusqu’à la mort en devenant progressi-

vement plus considérable,

Mr

Les epistaxis sont très fréquentes, se répétant plusieurs fois par jour, souvent très abondantes Il arrive que Île sang dégluti est rejeté sous forme d’hématémèses ou de

melaena, ce qui rend diflicile d’affirmer la fréquence ou

même l'existence d'hémorragies gastriques ou intestina-

les. Les lésions que l’on observe sur la muqueuse gastrointestinale et que nous avons vues précédemment. sont certainement la cause de gastrorragies et d’enterorragies.

M: Touraine rapporte plusieurs observations d'hématuries, d’otorragies et d’hémorragies sous-conjonctivales. Deux de ses malades ont présenté du purpura, un autre a montré un rash érythémateux, plusieurs ont eu des épanchements pleuraux hémorragiques.

Les symptômes généraux sont ceux des grandes infections et le pouls ne se dissocie plus d'avec la température comme dans la grippe courante. |

Quant au pronostic, il.est toujours grave, la mort sur- . venant le plus souvent vers le quatrième jour.

Enfin, ce qui est à remarquer dans cette forme, comme

dans toutes les grippes graves, ce sont les signes d’insuf-

fisance surrénale : une asthénie extrême, de l’hypotension

artérielle, des vomissements, des douleurs lombaires, la tendance au collapsus et la production expérimentale de - la ligne blanche.

Cette atteinte toxi-infectieuse des capsules surrénales” a été montrée au cours de la grippe dans les récents travaux de MM. SerGenr, RÉNON, Lesné, TarRoLoix, et elle peut,

à elle seule, comme dans certains cas de scarlatine ma-

ligne ou de diphtérie hypertoxique, entraîner rapidement

dl

la mort, si la médication surrénale n'est pas employée à temps. L'hémoculture pratiquée par M. ToURAINE, dans cinq cas de grippe hémorragique, a été trois fois stérile trois jours avant la mort. Deux fois, pratiquée quelques heures avant la mort, l’hémoculture a donné du pneu-

mocoque et du cocco bacille de Pfeiffer.

L'examen des crachats a montré simultanément du

cocco bacille et du pneumocoque.

Au point de vue anatomo-pathologique, on trouve les lésions pulmonaires habituelles d'œdème aigu, de broncho-pneumonie ou de pneumonie, ainsi que des lésions congestives et hémorragiques de tous les organes ct de

tous les viscères, lésions que nous étudierons plus loin.

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