CHAPITRE CINQUIÈME
Observations
Nous avons pu réunir 10 observations publiées jusqu’à ce jour sur les hernies pectinéales.
Nous avons mis l'observation de M. le Dr Rivet dans un chapitre spécial, nous pouvons faire un rapprochement entre cette hernie et les deux cas de hernies d’Alberti et d’Axhausen dont nous avons recherché les observations que nous avons fait traduire en français. Ce sont deux observations alleman-
des de hernies pectinéales internes étranglées.
OBSERVATION Il
(de Callisen)
Une femme de quarante ans était atteinte, depuis plusieurs années, d’une hernie cruraie qu’elle maintenait irrégulièrement avec un bandage. Depuis deux ans elle éprouvait souvent des accidents. Enfin elle fut prise de douleurs vives dans
sa tumeur, puis dans l’abdomen, avec des nausées et des
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vomissements. Le troisième jour survinrent des vomissements de matières stercorales.
A l'examen de la malade je trouvai une petite tumeur assez mobile, oblongue, égale, profondément cachée sous une couche épaisse de tissu cellulaire, dure et peu douloureuse à la pression. Il y avait peu de fièvre, la malade rejetait tout ce qu’elle prenait. Les divers traitements employés ne purent faire disparaître ces symptômes.
Le jour suivant l’apparition des règles ayant amené une diminution dans les symptômes, Callisen douta que la hernie fût la cause de tous ces accidents ; mais le jour suivant, tous les symptômes augmentèrent avec une telle intensité, que l'opération fut jugée nécessaire.
Après avoir incisé les téguments, j’aperçus la tumeur environnée de tissu cellulaire, ressemblant moins à une hernie qu'à unetumeur des ganglions du tissu cellulaire, mais paraissant tout à faitla même que celle que j'avais reconnue par l'exploration lorsque javais tenté en vain sa réduction. Assez troublé de cette disposition, je craignais qu'il n’y eût pas de hernie et je soupçonnaisl'existence d’un ileus ; mais me rappelant avoir déjà réduit cette hernie chez cette/malade, jepensai qu'il fallait poursuivre mes recherches plus profondément dans cette région. Après avoir enlevé plusieurs lames de tissu cellulaire par une dissection laborieuse, je sentis une partie plus élastique et je trouvai une anse assez grande d’intestin cachée entre le musele pectiné et le tendon du psoas. Après l'ouverture du sac elle était d'une couleur violacée ; après avoir coupé très peu le ligament de Fallope, on put rentrer l'intestin avec assez de facilité,
Les symptômes se calmèrent bientôt : la cavité située entre
les deux muscles qui renfermaient la hernie fut bientôt remplie. enfin la plaie elle-mêmese cicatrisa bientôt, et la malade après sa guérison, reprit son bandage (Callisen, « Observata medico-chirurgica, hernianun rariorum biga » in Acta
socielatis medicæ hauniensis ; 1997, vol, If, p. 321).
Comme on a désigné jusqu’à ce jour du nom de hernie de J. Cloquet toute hernie à travers le muscle pectiné ou sous son aponévrose, nous avons cru devoir rapporter ici in extenso l'observation que Cloquet a incorporée dans sa thèse présentée le 20 mars 1831 pour le concours pour la chaire de pathologie externe près la Faculté de Médecine de Paris.
OBSERVATION II (de J. Cloquet)
Varices de la veine fémorale et commencement d’oblitération de l'artère de même nom produite par la compression d'une hernie crurale épiploïque.
Cadavre d’une femme d'environ soixante ans, pavillon de l'école pratique, 1814.
Ce cadavre présentait deux hernies crurales: 1° celle du côté droit formée par un long appendice de l’épiploon qui était dur et surchargé de graisse était renfermée dans un sac globuleux assez mince, long de 15 lignes, légèrement rétréci à son collet. Ce sac descendait en dehors du ligament de Gimbernat, dans la gaine de la veine et de l'artère fémo-
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. rales, s'introduisait en partie entre ces vaisseaux qu'il refoulait en avant et en dehors et le muscle pectiné sur lequel il reposait en arrière. L’artère fémorale offrait un rétrécissement de sa cavité, dû à une transformation cartilagineuse de sa paroi interne et postérieure, précisément à l'endroit où elle était comprimée et déviée par la hernie; la transformation consistait dans une plaque cartilagineuse, blanche, solide, élastique, sorte d’épaississement dela tunique moyenne de l'artère.
La membrane interne, en effet, et la tunique extérieure et celluleuse étaient intactes; mais les fibres de la tunique moyenne avaient disparues et semblaient être changées en cartilage.
Cette concrétion comprenait dans le sens transversal à peu près la moitié de la circonférence de l'artère et avait 9 à 10 lignes de lohgueur. Mince vers sa circonférence, elle était beaucoup plus épaisse à sa partie moyenne et rétrécissait environ de moitié la cavité du vaisseau. Le sac de la hernie du côté gauche, qui est représenté ici, avait la même forme, les mêmes rapports que dans les cas précédents et opérait ainsi une déviation de l'artère et de la veine fémorales. Il renfermait une portion d’épiploon dure, comme squirrheuse avec laquelle il avait contacté quelques adhérences. L’'artère fémorale au niveau de sa déviation offrait le même épaississement cartilagineux de ses parois que celle du côté droit ; de plus; la veine fémorale, au-dessous de la hernie, présentait une dilatation variqueuse assez considérable :
J'ai constaté que les autres parties des artères fémorales sur ce cadavre, ainsi que les principales artères du corps,
étaient exemptes de cette dégénérescence cartilagineuse,
que l’on est bien en droit d'attribuer, ce me semble, à la pression locale des tumeurs herniaires sur les parois artérielles, (J. Cloquet, Pathologie chirurgicale, thèse de concours, 1831, p. 88.)
OBSERVATION IV de Vidal (De Cassis)
« Voici une espèce de hernie qui n’a été décrite par personne, je vais transcrire une note telle qu’elle a été rédigée à l’amphithéâtre de la Pitié, pendant que j'y faisais des recherches avec mon ami M. Goyrand.
18 octobre 1827. — J'ai trouvé sur le cadavre d’une vieille femme une hernie bien extraordinaire. Elle s'était faite à la
/ partie tout interne du canal crural, à toucher le ligament de Gimbernat. De là, elle se portait en arrière, perçait le feuillet profond du fascia lata qui recouvre le pectiné et se prolongeait dans le muscle. Cette hernie consiste en un sac de la longueur de » pouces oblitéré dans sa moitié inférieure ; sa paroi est très épaisse dans le reste de son étendue. Il ne contient rien. À son ouverture dans l’abdomen, le sac est entouré d’un tissu sous-séreux violet comme on en trouve aux ovaires des vieilles femmes. Cette disposition existe des deux côtés. C'était là évidemment un ancien sac de hernie crurale.» (Traité de pathologie externe, par Aug. Vidal (De
Cassis), t. V, p. 40.)
OBSERVATION V (de Richet)
« J'ai disséqué une hernie crurale dans laquelle on voyait
une portion de l’épiploon qui, après avoir traversé l’aponé - ‘vrose pectinéale s'était mise en rapport immédiat avec les «fibres de ce muscle. » (Richet. Anatomie médico-chirurgi -
cale, 1857.)
OBSERVATION VI (Roustan, Soc. an., | 1843.)
Homme de quatre-vingt-trois ans, opéré, il y a dix ans, d’une hernie crurale qui a laissé une cicatrice transversale . longue de 6 centimètres. Actuellement il existe une hernie crurale grosse comme un petit œuf de poule. Bosselée, incomplètement réductible, sourde à la percussion, produisant un faible gargouillement quand on la réduit, une augmentation considérable par la toux, de la douleur à la fatigue, et quand le malade fait des chaussons, son travail habituel. Mort dans un service de médecine. A l’autopsie on constate une cicatrice adhérente au fascia superficialis et cribriformis, eux-mêmes confondus à ce niveau et adhérents au fond du sac immédiatement sous-jacent. Long de { em. 1/2 sur 3 de large ce sac occupe la place du ligament de Gimbernat qui n'existe plus. Un cordon épiploïque s'engage au fond du sac où deux orifices conduisent dans deux sacs différents. L'orifice antérieur est celui du sac crural observé :; le deuxième orifice caché par la lame épiploïque conduit dans un sac pectinéal. Celui-ci traverse l’aponévrose du pectiné qui est détaché à la partie moyenne de ses insertions au ligament : de Cooper. C'est entre elle et ce ligament que s'est glissé le péritoine pour former le sac qui nous occupe. Il est pourvu d’un collet formé par un stigmate circulaire tout autour
duquel viennent aboutir du fond du sac un grand nombre de
plis. Les fibres musculaires sont rares et pâles près du collet, mais elles forment en avant et en arrière du fond une couche de 1 centimètre environ d'épaisseur se rapprochant davantage par la couleur du tissu musculaire. Mesuré du collet à son fond le sac offre 7 centimètres de profondeur ; il se porte jusqu'auprès des insertions du pectiné au fémur. Les parois, à part l’injection des vaisseaux sous-séreux, jouis-
sent de tous les caractères du péritoine normal.
. Nous lisons dans le Bulletin de la Société de biologie de 1857 ce qui suit : :
« Parmi les formes rares de hernie crurale celle qui se fait à travers le muscle pectiné est une des moins connues. |! n'existe dans la science que deux faits incomplètement décrits de cette forme de hernie que M. le professeur J. Cloquet a fait connaître le premier. Dans ses recherches anatomiques sur les hernies de l’apdomen, 1817, XLVI* proposition, cet auteur rapporte avoir vu le sac de la hernie crurale s'engager par une ouverture de la paroi postérieure du canal crural ; il reposait immédiatement sur le muscle pectiné, et avait au devant de lui l’artère et la veine fémorales, dont il était séparé par le feuillet profond de l’aponévrose fascia lata. Cette même observation est relatée avec quelques détails de plus, dans sa thèse présentée au Concours de 1831 pour ia Chaire de pathologie externe. »
Voici maintenant la description de la hernie dont
je présente la pièce à la société :
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