‹ Contribution à l'étude des huiles siccatives d'aleurites utilisées dans l'industrieChapitre 5 sur 34 · GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

GÉNÉRAUX

D’ALEURITES

Dans les milieux industriels, l’huile de provenance chinoise est plus connue sous le nom, d’ailleurs très impropre, d’hwle de bois de Chine. Cette huile est souvent extraite exclusivement des graines d’aleurites fordii, mais elle est parfois mélangée d’une petite quantité d’huile d’aleurites montana.

L'huile d’aleurites cordata est connue sous le nom d’huile de bois du Fapon.

Importance relative des espèces productrices. — Des cinq espèces productrices, l’aleurites fordii et l’aleurites montana sont celles qui présentent de beaucoup le plus grand intérêt pour la préparation des vernis.

Les huiles extraites des graines de ces deux espèces sont douées, en effet, de propriétés siccatives particulièrement remarquables et permettent de préparer des vernis très peu perméables.

Les huiles d’aleurites cordata et d’aleurites trisperma sont très peu répandues ; leur production et leur emploi sont limités respectivement, au Japon et aux îles Philippines. Elles sont moins siccatives que les précédentes.

Quant à l'huile d’aleurites moluccana, ses propriétés sont toutes différentes de celles des autres espèces. Sa composition se rapproche de celle de l’huile de lin, mais sa siccativité est bien moindre.

Aussi avons-nous limité notre étude aux huiles d’aleurites fordii et montana.

Essais de plantations d’aleurites. — En dehors des régions d’Extrême-Orient où les Aleurites se rencontrent à l’état naturel, différents pays ont tenté des plantations sur leur propre territoire ou dans leurs colonies, en vue de s'affranchir de la production chinoise.

(1) P. LÉvy : Recherches et Inventions, mai, juin, août, septembre 1931.

(2) E.-H. Wizson. Bull. Imp. Inst., 1913, t. 11, p. 441.

(3) E. PERROT et Mme Y. KHouvine. Les aleurites producteurs d'huiles siccatives dites « huiles de bois ». — Travaux de l'Association Colonies-Sciences ; Lons-le-Saunier, 1926.

ssAorez

Ces essais ont commencé en 1904, aux États- Unis, d’abord en Californie, puis en Floride. Les plantations ont pris, depuis 1923, dans ce dernier État, une importance considérable ; elles sont actuellement exploitées industriellement.

Par la suite, d’autres essais ont été entrepris par l’Empire britannique, puis par la France, la République Argentine, le Brésil, le Paraguay, les Pays-Bas (aux Indes néerlandaises), la Belgique (au Congo belge), l'Italie, l'U. R.S.S. (au Caucase), le Portugal (en Afrique orientale).

Dans nos colonies, la production d’huile d’aleurites montana d’Indo-Chine a été pendant longtemps réservée presque exclusivement aux usages locaux. Quelques plantations d’aleurites fordii existaient à Madagascar. Mais depuis uné dizaine d’années, une très importante propagande a été menée par M. le Professeur Perrot à l'Office National des Matières Premières pour la Droguerie (4) et par M. Vila, à l'Office National des Recherches et Inventions (5). Grâce à cette propagande et à des envois de graines effectués par ces deux organismes, les plantations d’aleurites se sont développées en Indo-Chine et à Madagascar. Des essais de culture ont été tentés au Maroc (6) puis en Nouvelle- Calédonie (7).

De grands efforts ont été tentés en Indo-Chine en vue d’étudier les meilleures conditions de rendement des aleurites. Ce rendement est, en effet, très nettement amélioré par une sélection rigoureuse des arbres (8).

Extraction des huiles d’aleurites fordi et montana. — Ces huiles sont extraites en Extrême-Orient, par des procédés très primitifs, au moyen de presses à bras (9), (ro).

Aux États-Unis, les procédés d’extraction sont effectués au moyen de presses modernes nommées « Expellers ». On obtient alors une huile plus claire, avec un rendement supérieur (11).

Le rendement de l'extraction est le suivant, aussi bien pour l’aleurites fordii que pour l’aleurites montana.

Graines : 50 à 62 %, du poids des fruits.

Amandes : 55 à 71 % du poids des graines. 29 à 45 % du poids des fruits.

Huile : 20 à 28 %, du poids | des graines. Ü en Extrême- 6 à 13 %, du poids | Orient.

des fruits.

29 % du poids des | AUX graines. États-Unis.

16 %, du poids des fruits.

$ 2. — Constitution des huiles d’Aleurites

fordii et montana.

Historique. — En 1875, Cloëz (12) étudia, pour la première fois, les propriétés et la constitution

de l’huile extraite de graines d’Elaeococca vernicia provenant de Chine (*).

Il trouva deux produits différents selon le mode d’extraction. Par épuisement à l’éther ou par expression, il obtint une huile fluide, de densité 0,9362 à 15°. Par épuisement au sulfure de carbone, il obtint, au contraire, une masse cristalline, fusible vers 340.

Un produit cristallin identique se produisait également en exposant l'huile fluide à l’action de la lumière.

Cette huile possédait des propriétés remarquables. D'une part, c'était la plus siccative de toutes les huiles connues à cette époque. D’autre part, en chauffant cette huile au contact de l’air, Cloëz observa qu’à un certain moment, elle se solidifait tout d’un coup, en passant à l’état d’une sorte de gelée ferme, transparente, n’adhérant plus aux doigts et dont les morceaux séparés ne collaient pas entre eux.

Cloëz détermina, par saponification, la constitution chimique de l’huile fluide et de l’huile cristallisée.

Il isola ainsi, à partir. de l’huile liquide, 72 % d’un acide solide fusible à 48°, auquel l’analyse élémentaire permit d’assigner la formule C17 H30 O2. Il le nomma acide élaeomargarique.

À partir de l’huile cristallisée, il isola un acide solide fusible à 71°, qu’il nomma acide élaeostéarique et qu’il pensa être un polymère du précédent.

Il montra que par l’action de la lumière, l’acide élaeomargarique se transformait en acide élaeostéarique.

En 1902, Maquenne (13) montra, par la mesure de leurs masses moléculaires, que ces acides étaient en réalité des isomères. Il dénomma, par suite, l'acide dérivé de l’huile fluide : acide « élaeostéarique et celui dérivé de l’huile cristallisée acide B élaeostéarique. Il montra que l’isomérisation se produisait non seulement par l’action de la lumière, mais aussi par l’action catalytique de substances telles que le soufre, l’iode ou l’acide nitreux.

(4) E. PERROT et Mme Y. KHOUVINE, loc. cit.

(5) A. VILA. Recherches et Inventions.

(6) E. Mec. Bull. mat. grasses, 1936, t. 20, p. 57.

(7) Anonyme. Bull. mat. grasses, 1934, t. 18, p. 209,

(8) VERNEUIL. Bull. Chambre Avgric. Tonkin, janvier 1937.

(9) RHopes et LinG. J. Ind. Eng. Chem., 1924, t. 16, p. 1051.

(10) BRENIER, Martin de FLACOURT, CREVOST et LEVEQUE. Les principaux oléagineux de l’Indo-Chine, 1906.

(11) H.-A. GARDNER. Nat. Paint, Varn, Lacq. assoc., circ. 476. 1935, p. 14.

(12) S. CLoez. Comptes Rendus, 1875, t. 81, p. 469 ; 1876, t. 82, p. 501 ; t. 83, p. 943.

(*) L’Elaeococca vernicia est appelé aujourd’hui Aleurites montana (Wilson). Cependant, en raison de la confusion qui existait à cette époque entre les espèces, on ne peut savoir s’i] s'agissait d’aleurites fordii ou d’aleurites montana.

(13) L. MAQUENNE. Comptes rendus, 1902, t 135, p. 596.

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La détermination de la composition élémentaire de ces acides, purifiés avec soin, lui permit de leur assigner la formule C18 H30 O2, correspondant à des acides non saturés de la série stéarique.

L'étude des produits d’oxydation par le permanganate de potassium lui permit de fixer l’emplacement de deux liaisons multiples en positions CREME

Constitution des acides x et R élaeostéariques. — Par la suite, les travaux de Majima (14), de von Schrapinger (15), de Fokin (16) confirmèrent le fait que les acides élaeostéariques étaient des acides à chaîne droite à 18 atomes de carbone. Par réduction catalytique ou électrolytique de ces acides, ces auteurs obtinrent, en effet, de l’acide stéarique.

De même l'emplacement de deux liaisons multiples fut confirmée grâce à l'isolement des produits d’oxydation par le permanganate de potassium, obtenus par Morrell (17) et Vercruysse (18) ou par l’ozone, obtenus par Majima (19) et Vercruysse (18).

Cependant, jusqu’en 1925, on avait supposé que les acides élaeostéariques étaient des acides à deux liaisons éthyléniques de formule C18 H32 Oz.

Cette hypothèse reposait sur le fait que l’on n'avait pu mettre en évidence que deux doubles liaisons par l’action des halogènes, lors de la mesure de l'indice d’iode ; d’autre part, Walker et Warburton (20), puis Kametaka (21), avaient pu isoler un tétrabromure ayant même point de fusion que celui dérivé de l’acide linoléique.

En 1925, les chimistes hollandais Boëseken et Mlle Ravenswaay (22) montrèrent que l'huile de bois de Chine, ainsi que la B élaeostéarine, les acides «x et B élaeostéariques et l” «x élaeostéarate d’éthyle avaient une réfraction moléculaire bien plus élevée que celle devant résulter de la formule à deux doubles liaisons admise jusqu'alors et correspondait plutôt à trois doubles liaisons conjuguées. D'autre part, lors de la réduction catalytique, la quantité d’hydrogène absorbée était supérieure à 2 molécules par molécule d’acide élaeostéarique.

Ces auteurs considérèrent donc comme très probable que les acides élaostéariques étaient en réalité des acides à trois liaisons éthwléniques conjuguées, de formule :

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