CHAPITRE V
Myxœædème expérimental, clinique,
chirurgical
Le dernier accident dont nous voulions parler et que nous placions à part, vu son importance, a été décrit sous le nom de cachexie strumptive. |
Mais qu’il nous soit permis de donner quelques détails empruntés à Gley, dont le nom est attaché à la recherche et à l'établissement des symptômes du myxœædème expérimental. Horseley doit être également cité et il y a déjà 10 ans cet auteur publiait des données très précises sur cette affection produite chez des animaux.
Les expériences presque toutes concordantes, ont porté sur un grand nombre d'espèces : le lapin, le chien, la chèvre, le cheval, l'âne, le singe ;
: Les troubles sont d'autant plus profonds que l’animal opéré est plus jeune.
Les accidents débutent par de l'inappétence, de l'abatte-
TA re
ment, de la prostration ; la dénutrition est intense, l'animal ne voulant plus manger, bientôt apparaissent du côté de la peau des phénomènes bien nets : les poils deviennent durs, cassants, il se forme des croutes épidermiques, le museau s’épaissit (Hoffmeister) les oreilles sont froides, l’hypothermie est générale d’ailleurs (Horselay) ella mort arrive dans la cachexie et le marasme. Si lanimal survit, il est frappé d'arrêt de développement, les paupières s’enflent, tout le tissu conjonctif est le siège d’une sorte d’œdème dur, le ventre est ballonné.
Peu de temps après l’extirpation Horselay a noté de petits mouvements convulsifs des paupieres et du trembiement des membres. |
Gley, Rochon et Duvignan ont observé des phénomènes oculaires chez 3 chiens ; ces auteurs après la thyroïdectomie observèrent que les cornées devenaient opalescentes puis bientôt tout à fait opaques surtout au centre « Chez deux de ces animaux, la cornée ramollie est devenue kératokonique et le Sommet du kératocone a été le siège d’une ulcération plane atonique » ; nous étudierons plus loin l'anatomie pathologique de ces staphylomes kératiques. Ceci mérite d’être rapproché du cas ou un malade de Berger atteint de mal de Basedow perdit la vue (1884).
On a voulu voir dans quelques rares cas de survie chez des animaux un argument Contre la théorie du myxœdème opératoire ; mais nous partageons absolument les idées de M. Gley qui répond victorieusement aux objections qu’on
lui ; fait ; dans les archives de Biologie 1892 : « Que M. Moussu ait observé même après l’extirpation complète de la glande, comme je la pratique, des cas de survie je songerai d'autant moins à le contester que j'ai moi-même noté des cas semblables, et j'ai publié ces faits avant que M. Moussu ait rien écrit sur la question. Mais c’est là justement l’anomalie qui doit attirer Pattention. La question que l’on doit se poser, n’est pas celle de savoir pourquoi les animaux meurent, ils meurent parce qu’on leur a enlevé toute la glande thyroïde, maïs celle de savoir pourquoi quelques-uns échappent à la mort : et, qu'on le remarque, la même question se pose pour le chien comme pour le lapin, puisque l’on a vu quelques rares Chiens survivre à la thyroïde donnée ; j'ai déjà essayé d'aborder le problème d’une part en montrant à la suite des physiologistes que l’autopsie des animaux ayant survécu ne saurait être faite trop minutieusement et qu’il la faut faire à laide de microscope pour examiner des modules que l'on peut trouver le long de la traché ou à l’entrée du thorax (Fubr, Piana) d’autre part en posant de nouveau, trop hardiment peut être, comme d’aucuns peuvent le penser la grosse question des organes vicariants en entreprenant l'étude expérimentale des fonctions de l’hypophise » (17 décembre 1892).
Rogowitch en 1888, Sleda en 1889, ont démontré qu’à la suite de l’extirpation incomplète du corps thyroïde chez le lapin il se produit dans l’hypophyse des modifications de
structure très nette qu'ils ont minutieusement décrites et que Hofmeister et moi même avons remarqué l’hypertrophie de l’hypophyse (1899) à la suite de la même opération.
Nous pouvons dès maintenant tirer de ces faits quelques considérations intéressantes ; l’ablation du corps thyroïde chez les animaux produit un état général constant Caractérisé par un dépérissement profond; elle peut être accompagnée d'accidents analogues à la tétanie, elle est grave ou mortelle surtout chez de jeunes sujets, tout ceci est bien concordant et nous pouvons dire, sans craindre d’être taxés d’exagération, que la glande thyroïde a un rôle évident dans le développement de l’organisme ; qu’on se souvienne aussi que le poids de la thyroïde est plus grand comparé au poids du corps chez les jeunes sujets que chez les vieux et on aura une notion de plus en faveur de la théorie qui lie le corps thyroïde à l’évolution individuelle. Si maintenant on se remémore les cas où des sujets adultes se sont vu retrancher une partie de l'organe ou la Lotalité et ont guéri, on sera amené à admettre la suppléance possible d’autres organes.
L'anatomie pathologique du myxoœdème expérimental à été admirablement étudiée par Horseley à qui nous empruntons la plupart des détails suivants.
A Schiff a démontré que les lésions du système nerveux étaient pas d’origine périphérique puisque la section des nerfs fait disparaître les phénomènes de tétanie. :
Cependant Albert et Tizzoni ont décrit des névrites péri-
à LE
io La
Phériques dans des cas de ce genre: les recherches de
Horseley sont confirmatives de celles de Schiff ; de plus cet
expérimentateur à prouvé qu en détruisant le centre
moteur on n'arrive pas au tremblement ; ilne semble donc | pas, par conséquent, que. la lésion dont relèvent les troubles
nerveux occupe le centre moteur, Cependant quand Ja cachexie à été de longue durée on trouve dans tout le Système nerveux des lésions consistant dans de l’anémie et de
. l'œdème parfois au contraire il existe une encéphalite péri-
phérique hyperemique. Schultze et Schwartz ont décrit un exsudat de leucocytes des meninges de la partie supérieure de la moelle. Hertzew et Lœventhal ont observé de l'a-
trophie des cellules pyramidales. au niveau du centre
moteur du membre inférieur.
Schiff a trouvé que lexcitabilité des centres moteurs corticaux est diminuée notablement, Horseley a constaté
également la diminution de J'excilabilité des centres nr moteurs, constatée également dans la couronne rayonnante
et la moelle. |
Troubles du système respiratoire. — Le Ssang d'a plus « veineux » que normalement et le sang artériel, contient moins d'oxygène que normalement des troubles bul-
baires s’en suivent ; et sous leur dépendance des modifica-
tions du rythme de la respiration.
Troubles thermiques. te température qui Chezles
myxædemateux est au-dessous de la Doi enne 8 élève bien Moricet. ga
2 NT au-dessus s’il se produit des phénomènes tetanoides ; le froid hâte d’ailleurs la marche de la maladie.
Troubles de ia vision. — (Gley, Rochon, Duvignan). Infiltration cornéenne de cellules à maximum superficiel; le centre de la cornée est plus infiltré que la périphérie, point de vaisseaux de nouvelle formation ; les cellules d’infiltra-
tion sont des leucocytes, les cellules de la cornée n’ayant
pas réagi. L’ulcère central consiste en une destruction de l’épithelium et des couches les plus superficielles de la cornée. À son niveau l'infiltration est à son maximum. Il s'agit en somine d'un kératite interstitielle par infiltration
leucocytaux.