OBSERVATION I
Mme G.., 31 ans, entre dans le service du Professeur Roque, le 15 mai 1909, enceinte de 8 mois et demi, pour un ictère très accusé et une grande dépression physique.
Rien d'intéressant dans ses antécédants héréditaires.
Dans sa famille, pas de lithiasique.
Personnellement, scarlatine dans la première enfance.
Régulièrement réglée, elle a quatre enfants bien portants.
Il y a huit ans a eu une douleur abdominale qualifiée de colique hépatique et suivie d’un léger ictère.
Nie toute spécificité et éthylisme. On n'en retrouve d’ailleurs aucun stigmate.
Il y a huit jours environ, la malade était en bonne santé quand apparurent des malaises digestifs, des coliques, des nausées. Puis, brusquement survinrent des douleurs dans la région hépatique, suivies de pertes des forces et de l’appétit.
Un ictère s'installa, accompagné d’hémorragies gingivales et buccales, d’épistaxis, d’hématuries, de mœléna sans hématémèses, de purpura ; enfin depuis trois jours la vue s’obscurcit ; l'œil droit n’y voit presque plus.
À l'entrée, malade, très anémiée, aux muqueuses décolorées, ictère généralisé plus foncé à la face, taches purpuriques au thorax et à l’épigastre, larges ecchymoses aux
SG
cuisses: œdème assez étendu des membres inférieurs et bouffissure du visage.
Dyspnée intense. Crachats striés de sang. Langue saburrale. Signes de congestion des deux bases. Bruits sourds au cœur dont la pointe bat dans le cinquième espace. Pouls régulier à 98. Tension max. : 17.
La malade est constipée, abdomen météorisé. Le foie un peu douloureux à la pression, dépasse de trois travers de doigts le rebord costal. Grosse rate bien perçue. Pas d’ascite. Les urines rares et sanglantes montrent dans leur dépôt de nombreux globules rouges, sans pus, ni cylindres.
Un examen du fond de l’œil montre une papillite légère, avec points hémorragiques et exsudats blancs rétiniens ressemblant à la rétinite albuminurique. |
Examen du sang : 2.720.000 globules rouges.
Valeur globulaire 0,92 au Sahli.
Urée : 8,77 par litre.
Le 18 mai. — Globules rouges : 2.418.000.
Globules blancs : 11.240.
Valeur globulaire : 0,94.
Polynucléaires neutrophiles : 71 ©.
Polynucléaires basophiles : 3 °.
Polynucléaires éosinophiles : 1,5 °/.
Grands mononucléaires : 7,5 ".
Moyens mononucléaires : 4 °},.
Lymphocytes : 13 °.
Pas de myélocytes. Pas d’hématies nuclées. Relativement peu d’hématoblastes.
À Ja suite de douleurs, la malade est soumise à l’examen du Docteur Voron, qui constate que l’enfant est mort et conseille d’attendre.
Le 19 mai. — Dans les urines, peu de globules, beaucoup d’albumine :
9 gr. 10 d’urée par litre.
1.100 grammes d'urine en vingt-quatre heures.
Pas de pigments biliaires.
Le 21 mai. — Accouchement d’un enfant mort.
Le 25 mai. — Dans les urines : pas de pigments biliaires..
Urobiline en petite quantité.
LR TRES
Coloration normale des sellesè
Globules rouges : 2.600.000.
Globules blancs : 111.000.
Valeur globulaire : 0,92.
Hématies granuleuses : 12,7 ‘/, (coloration de Widal).
La coagulation du sang retiré après ponction veineuse est normale.
Le sérum légèrement ictérique renferme des pigments biliaires.
Auto-Agglutination : incomplète en 10 minutes. forte en 15 minutes.
complète en 20 minutes.
Résistance globulaire (hématies déplasmatisées)
Ht : 0,54 NaC1 P. 100
H? : 0,46 — — HS 10/3200 — Le 10 juin. — Suite de couches normales. L'’ictère a dis-
paru, plus d’œdème, ni purpura. Les urines louches renferment de l’albumine. L'état général est meilleur.
Le 11 juin. — Plus de pigments biliaires dans le sérum sanguin.
Résistance globulaire :
Hi : 0,48 H2 : 0,44 H5%20;32
Gloubles rouges : 3.900.000.
Hématies granuleuses : 11 ‘}.
Le ? juillet. — La malade, guérie de son ictère et de son anémie, quitte le service.
Cette observation typique d’une femme de 31 ans, sans antécédents héréditaires qui fait au huitième mois de sa grossesse un ictère hémolytique à type ictère grave, mérite de retenir l'attention.
L'ictère s'installe brusquement accompagné d’hémorragie, de signes visuels alarmants, d’un gros foie, d’une splénomégalie, de féces colorées et d’une urobilinurie certaine,
ST Se
Les signes sanguins de l’ictère hémolytique sont certains et ils régressent rapidement avec les autres symptômes, quelques jours après l’expulsion du fœtus mort in utéro.
Observations d’ictères bénins