‹ Contribution à l'étude des ictères graves de la spirochétoseChapitre 5 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Sans vouloir faire une historique complète de la Spirochétose ictéro-hémorragique, nous rappellerons brièvement les grandes étapes de cette affection.

En 1883, Landouzy avait attiré l'attention sur le syndrome infectieux réalisé par certains ictères aigüs. Mathieu, en juillet 1886, présente, dans la « Revue de Médecine », un cas d’ictère aigü primitif qu’il nomme : « typhus hépatique avec rechute » et il insiste, dans cette observation, sur le type de la courbe thermique : à une fièvre élevée fait suite une courte période apyrétique, puis la température subit une recrudescence avant d’atteindre définitivement la normale. Vers la même époque, Weil présente, en Ailemagne, des observations analogues. Par la suite, Mathieu en publie un nouveau cas et les travaux de Kelsch, de Hanot, de Dalche apportent des précisions sur l'étiologie et la description de cet « ictère infectieux à rechute », qui sera connu sous le nom de « Maladie de Mathieu-Weil » en France, de « Maladie de Weil » en Allemagne.

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La symptomatologie s'enrichit encore avant la guerre, certains auteurs mettant en évidence certaines particularités cliniques. Ainsi, Guillain et Ch. Richet décrivent, en 1910, le syndrome méningé qui accompagne l’ictère et Widal et Abrami présentent un ictère grave infectieux avec rétention et urémie sèche par azotémie.

Mais, avec la guerre de 1914-1918, deux séries de faits permettent de caractériser nettement la maladie, tant au point de vue bactériologique et étiologique, qu’au point de vue symptomatologique. Ce sont les travaux des Japonais Inada et Ido (novembre 1914), connus en Europe en mars 1916, qui révèlent l’agent pathogène responsable : le Spirocheta ictéro-hémorragiæ. Ce sont, d’autre part, les épidémies d’ictères à recrudescence fébrile parmi les troupes en campagne, nécessitant la création aux Armées de Services spéciaux. Ceux-ci permettront une étude précise de la maladie.

Dès lors, les travaux se multiplient. Stokes, sur le front anglais, isole, du sang d’un malade, le parasite découvert par Inada et Ido. En 1916, Martin et Pettit rapportent les premières observations de spirochétoses sur le front français. La même année, Costa et Troisier, Clément et Fiessinger, Garnier et Reilly signalent de nombreux cas d’ «ictères à rechutes » qu'ils identifient comme des spirochétoses ictéro-hémorragiques. Garnier étudie la transmission de la maladie au cobaye par injection du sang du sujet contaminé. En 1918, Martin et Pettit mettent au point le séro-diagnostic.

À la même époque, on observe des cas assez nombreux d'’ictères infectieux, d’allure plus sévère, accompagnés de signes d'insuffisance rénale, allant jusqu’à l'anurie, avec mort dans l’urémie. Merklen publie un cas d’hépato-néphrite aiguë. Ameuille, Parisot et Tixier rapportent des observations de néphrites aiguës avec ictère; Pagniez, un cas d’ictère avec néphrite. Dans toutes ces observations, les manifestations rénales dominent la scène clinique et, parfois, entraînent une évolution fatale. Ces formes rénales de l’ictère grave, qui ont été identifiées par la suite comme des modalités spéciales de S. [. H., étaient anciennement connues ; Richardière, en 1890, faisait paraître, dans la « Semaine Médicale », une « Note sur un cas d’ictère grave à forme rénale ».

On a pu relever tous les intermédiaires entre l’ictère à rechute simple spontanément curable et les formes graves d’hépato-néphrites. Quel que soit leur degré de gravité, il existe, dans tous ces cas, une atteinte du fonctionnement rénal plus ou moins intense, caractérisée par une élévation proportionnelle de l’azotémie. Cette atteinte rénale est considérée comme pathognomonique de la S. I. H.

Ces formes graves de la S. I. H. ont été très étudiées par J. Reilly dans sa thèse en 1919. Outre l'étude clinique, il en fait une étude anatomique et physiopathologique d’après les observations qu'il a pu recueillir au cours de la guerre au Service des Ictériques de la Il° Armée. Depuis cette époque, de nombreux travaux ont été faits sur la S. [. H., tant au point de vue clinique, qu’épidémiologique. Enfin, plusieurs

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rapports ont été consacrés à la question lors du XXV° Congrès de Médecine tenu à Marseille en 1938.

Depuis la guerre de 1914-1918, les cas de spirochétoses à forme d'’ictère grave, sont relativement rares en France. Depuis 20 ans, 7 cas ont été publiés par la Société Médicale des Hôpitaux de Paris. Bonnel, dans sa thèse, en 1935, rapporte 13 observations de S. [. H. recueillies à Bordeaux, dont une seule à forme d’ictère grave. La thèse de Farah (Paris, 1938) cite 10 observations avec mort, mais une seule comporte la forme ictère grave (observation de Bonyala et Vague, Société de Médecine de Marseille, 26 juin 1935).

À Lyon, 4 cas ont été publiés : MM. Morénas, Grivet et Bila (S. M. Hôp. Lyon, 22 décembre 1925), MM. Pic, Chapuy et J. Brun (S. M. Hôp. Lyon, 1° mai 1934), MM. Roubier et Lavabre (« Lyon Médical », 28 mars 1937).

Enfin, en septembre 1940, dans le service de clinique des maladies contagieuses de notre Maître, le Professeur Chalier, nous avons pu suivre un malade hospitalisé pour spirochétose ictéro-hémorragique, et qui est mort avec un syndrome d'ictère grave. Plus récemment encore, un cas a été observé à l'Hôpital Grange-Blanche, dans le Service du Docteur Paliard, qui a eu l'obligeance de nous communiquer l’observation.

En raison de leur rareté, il nous a semblé intéressant de rapporter ces observations lyonnaises, et de les comparer aux constatations faites antérieurement par d’autres auteurs.

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