OBSERVATIONS
OBSERVATION I (Pr. CHALIER)
Spirochétose ictéro-hémorragique. — Ictère grave. Décès
Mart. Henri, 43 ans, entré dans le Service du Professeur Chalier le 17 septembre 1940, envoyé par le Docteur Damidot pour spirochétose ictéro-hémorragique probable.
Antécédents. — Ethylisme habituel de deux litres. En 1935, hémorragie rétinienne d’origine indéterminée; divers examens pratiqués à cette époque (sang, L. C. R., urines) ont été négatifs. Bonne santé habituelle. Profession : égoutier dans un secteur où les rats pulullent (1l* arrondissement).
Début de l’affection actuelle, le 13 septembre à midi, par une sensation de malaise général, anorexie, élévation thermique à 38°5. Il retourne au travail l'après-midi, mais, vers 4 heures, violente douleur lombaire extrêmement pénible. Rentré chez lui, il présente des frissons, la température est à 40°. Divers essais thérapeutiques entraînent des vomissements
abondants.
Les 14 et 15 septembre, la température est à 40°. Les urines sont en quantité normale, mais de teinte très foncée avec albuminurie massive.
16 septembre au matin, chute thermique brutale à 37°, sans aucune médication antithermique ou sulfamide. Le Docteur Damidot, le même jour, ne constate pas d'ictère.
Le 17 septembre, apparition d’un ictère généralisé, la température se maintient à 37°. Pendant toute cette période : céphalées et myalgies très violentes, douleurs intenses dans le côté gauche de l’abdomen rendant impossible la recherche de la rate, quelques crachats sanguinolents. Il entre à l’hôpital dans la soirée.
Le 18 septembre, on est en présence d'un homme abattu. La température est à 37°, le pouls à 100.
Ictère généralisé de teinte jaune clair, peu foncé.
Aux yeux, léger degré de congestion conjonctivale, par ailleurs, les pupilles réagissent aux deux modes.
À l'examen de la bouche : langue propre, léger piqueté hémorragique sur la muqueuse sublinguale, pas d’adénopathie.
Au cœur : léger assourdissement des bruits T. A. : 10/05:
Aux poumons : râles sous-crépitants aux deux bases, prédominants à la base droite.
Examen de l’abdomen : on remarque tout d’abord que, contrairement à ce qui se passait le 17, le malade déclare souffrir du côté droit; ces douleurs sont tellement accentuées qu’elles rendent la palpation très
difficile,
À la percussion, l'aire de matité splénique est nettement augmentée. La rate n’est cependant pas perçue à la palpation.
Le foie est hypertrophié, il déborde les fausses côtes de trois travers de doigt, il est très douloureux.
Le malade est assez asthénique et anorexique. Il continue à se plaindre de céphalées, de myalgies très pénibles. Il n’y a pas de raideur de la nuque, pas de signe de Kernig ni de Brudzenski. Tous les réflexes sont obtenus.
Au point de vue rénal, on note que le malade n’a eu, le 17 septembre, qu’une miction peu importante à 4 heures du matin. Il n’a pas uriné depuis. Un sondage fait le 18 septembre, à 10 heures du matin, n’a permis de retirer que 50 centimètres cubes d’urine très foncée dans laquelle l'examen révèle : « très gros disque d’albumine, nombreux polynucléaires, nombreux G. R., assez nombreuses cellules rondes, quelques débris de cylindres granuleux. Pas de spirochètes ».
Ce même jour, on fait, à la seringue, une saignée de 200 cc. Le sang prélevé est envoyé pour examen.
Inoculation au cobaye et recherche des spirochètes.
Réaction de B.-W., Kahn et Meinicke : négatives.
Dosage de l’urée sanguine : 2 gr. 75.
Le 19 septembre. Température : 37°7. Le malade se plaint d’insomnie. Il n’a toujours pas uriné. Un nouveau sondage ne retire que 50 cc. d'urine.
On fait au malade une injection intra-veineuse de 20 cc. de sérum glucosé à 30 %..
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Examen des urines : pas de spirochètes.
En faisant les prises de sang, on a l’impression que le malade saigne facilement, la trace du garrot reste nettement visible, sous forme d’ecchymose, sans entraîner de signe du lacet bien net. Cependant, on note le matin, à divers endroits du corps, sur les membres et sur le dos, des pétéchies assez nombreuses.
De plus, en examinant le sang prélevé, on a été frappé par une sédimentation et une coagulation anormales : les hématies s'étaient entièrement sédimentées au fond du tube avant que la coagulation du plasma se fasse à la partie supérieure (proportion approximative des hématies au plasma 2/5).
Au bout de 24 heures, puis de 48 heures, on ne devait pas noter de rétraction du caillot plasmatique.
Examen hématologique. Temps de saignement : 12 minutes.
Globules rouges : 5.580.000.
Globules blancs : 16.000.
Polynucléaires 89, lympho 6, grands mono 4, myéloneutro |.
Plaquettes : 1.000 par mm. cube.
Valeur globulaire : 0,80.
Le 20 septembre. Etat stationnaire. Température 37°1. Le malade a émis 200 cc. d'urine rougeftre. On continue l'injection I. V. de 20 cc. de sérum glucosé à 30 %. On fait une prise de sang.
Le 21 septembre. Le sang prélevé par ponction veineuse, le 20 septembre à 18 heures, a subi un certain degré de sédimentation (environ | cm. sur 10 cm. de hauteur dans le tube) et la coagulation s’est effec-
tuée, prenant plasma et globules, au bout de 10 minutes. Ce matin, à 10 heures, il n’y a pas encore trace de rétraction du caillot. Cette itrétractibilité reste totale sur l’échantillon de sang prélevé le 18 dans la matinée.
La température est à 37°2. Il existe ce matin, au niveau de la pointe du cœur, un souffle systolique anorganique qui disparaît en inspiration forcée.
L'ictère s'est considérablement accentué, il a pris une teinte orangée. Les pétéchies signalées précédemment n'ont pas subi d’accentuation depuis deux jours.
Le foyer congestif de la base droite a régressé notablement, seule persiste une légère diminution de la sonorité à ce niveau.
La rate ne dépasse pas le rebord costal ; le foie déborde modestement. Persistance des myalgies aux membres inférieurs. À l’examen de la cavité buccale, quelques caillots tapissent le voile. On note des suffusions hémorragiques assez abondantes dans la région sublinguale.
Enfin le malade a émis, depuis vingt-quatre heures, un litre d’urine rougeñtre. On renouvelle l'injection I. V. de 20 cc. de sérum glucosé hypertonique.
22 septembre. — À 6 heures du matin, le malade a présenté une crise convulsive ayant nécessité une saignée. Le dosage de l’urée sanguine donne le chiffre de 5 gr. 11 %o.
La température est à 37°3. Quantité d’urines émise depuis vingt-quatre heures : 2 litres.
A 11 heures, nouvelle crise convulsive.
À 13 heures, décès.
LAFEUILLE, à