‹ Contribution à l'étude des Infections FocalesChapitre 4 sur 13 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’infection focale n’est ni une maladie ni un syndrome ; les infections focales constituent un vaste chapitre de la pathologie, mis au premier plan depuis une trentaine d’années, surtout par les auteurs anglais et américains les plus distingués, qui a pris corps et conquis une place à part dans les traités classiques outre-Atlantique. En France, les auteurs ne partagent pas, en général, l'enthousiasme de leurs confrères de l'étranger et certains même trouvent cet enthousiasme excessif ; cependant en France aussi, un certain nombre d’auteurs ont insisté sur l'importance de la notion des infections focales.

La notion de l'infection focale elle-même n’est contestée par personne, non plus que l'utilité de cette notion dans certains cas ; et il nous a semblé, après une lecture attentive de l’ensemble de Ia littérature, qu'ici comme ailleurs «in me dio stat virlus » et qu’une vue synthétique de la question ne serait pas dépourvue d'intérêt du double point de vue nosographique et thérapeutique. Ce modeste travail n’a nullement la prétention d’épuiser le sujet, mais simplement d'en présenter un aperçu succinct et, espérons-nous, pratique et utile.

Comme le remarque très justement BILLINGS, l'un des protagonistes de la question, la conception de la «focal infection » est aussi vieille que l’art médical lui-même, à savoir, la possibilité de

maladies généralisées à point de départ d'infections localisées.

Longtemps avant l’ère bactériologique, on avait noté beaucoup de cas de maladies généralisées et souvent mortelles à la suite de plaies accidentelles ou chirurgicales, parfois insignifiantes. C'était l'ère du «pus louable », des plaies qui se cicatrisaient sans accident, tandis que l’on attribuait la généralisation à la contamination du foyer par une substance hypothétique qui engendrait la putréfaction, la septicité.

La sensationnelle découverte de SEMMELVWEISS, en 1847, de la relation de cause à effet entre, les mains des étudiants contaminées, au contact de «poisons » cadavériques, et la fièvre puerpérale, mit fin aux innombrables théories qui avaient été érigées à ce sujet. Nous trouvons ensuite la route vers la conception moderne de l'infection marquée par le grand nom de PASTEUR.

C'est W. HUNTER qui le premier insista sur l'importance du rôle des infections focales en médecine. Son premier article important est daté de 1900. II n’a cessé de revenir là-dessus dans une longuc série d'articles qui s'étendent depuis cette date jusqu'à nos jours et il à entraîné à sa suite une foule impressionnante de chercheurs aussi nombreux que distingués parmi lesquels mention spéciale doit être faite de BILLINGS et de ROSENOW, et il a réussi à voir triompher ses idées devenues classiques aussi bien aux Etats-Unis que dans son propre pays.

En France, nous ne méconnaissons pas les infections focales el, pour préciser un petit point d'histoire qui nous semble avoir son importance, nous devons même ajouter que son origine est française. Dès le xvie siècle, J.-L. PETIT, le célèbre chirurgien, a laissé dans son Traité des Maladies Chirurgicales la relation suivante : «La carie d’une dent est cause d’une grande quantité de maladies qui paraissent avoir peu de rapports avec les dents...

J'ai vu prodiguer le quinquina à des malades que l’on croyait

CRT Les

attaqués de fièvre intermittente et, en leur faisant arracher une dent cariée, je les ai guéris en très peu de temps. »

Nos auteurs, cependant, n’y attachent pas, en général, la même importance que les auteurs anglais et américains. Les infections localisées dont les microbes et aussi les toxines fusent à distance pour y causer des ravages, comme par exemple dans la diphtérie ou le tétanos, sont notions trop classiques pour qu'il y ait besoin d’insister. Ces cas où l'infection localisée, qui donne ses répercussions à distance, saute aux yeux et dont le diagnostic est évident sont dépourvus d'intérêt au point de vue qui nous occupe.

Ce sont les infections, les malaises, les diathèses cryptogénétiques qui ont arrêté les chercheurs et ils ont incontestablement le mérite d’avoir fait passer de cette classe dans le domaine des maladies à causes connues, au moins en partie, un certain nombre de maladies qui affligent nos malades. Ils ont mis notre attention en éveil, et aujourd'hui, devant une infection qui ne fait pas ses preuves, nous sommes amenés à rechercher avec un soin minutieux tous les foyers possibles où une infection évoluant à bas bruit ait pu se retrancher et à les supprimer, comme premier terñips du traitement, chaque fois que nous réussissons à les trouver et que la chose est possible. Malheureusement, la recherche la plus minutieuse n’aboutit pas toujours à un résultat positif et nous devons déplorer encore un certain nombre d'échecs.

Qu’entendons-nous par «infection focale » ? Nous faisons nôtre la définition de TILESTON : «Infection localisée donnant lieu à «des symptômes dans d’autres parties de l'organisme, sans qu'il .« y ait de bactéries décelables dans le sang. »

IL est évident que le champ ouvert par cette définition est extrêmement vaste : elle élimine cependant les septicémies et les

pyohémies proprement dites, d’origine évidente, et limite la question

justement à ces infections où la relation de cause à effet entre le foyer et la manifestation secondaire est peu ou pas apparente.

Nous nos proposons donc de considérer successivement :

I. Le foyer microbien, source de la dissémination infectieuse.

Page 1