CHAPITRE II DEUXIÈME SÉRIE D'EXPÉRIENCES
Action des injections sous-cutanées d’acide phénique
sur la température fébrile.
SL
L’inoculation de pus, même louable, de sang altéré, de tissus en putréfaction, permet de provoquer chez les animaux des états fébriles analogues à ceux qui se produisent parfois chez les blessés et chez les grands opérés; mais les abcès métastatiques manquent le plus souvent. Cette septicémie expérimentale est une forme mixte, la septico-pyohémie, affection de même nature reconnaissant pour cause, selon les uns (Verneuil, Gosselin), l’altération profonde du sang, selon les autres (Pasteur), « l'action de protorganismes devant leur aptitude septogène à une sorte de culture permanente et s’introduisant dans le sang pour s’y mulüplier ».
Les injections sous-cutanées d'acide phénique ont-elles quelque efficacité contre ces phénomènes de septicité? Les expérimentateurs répondent par des faits absolument contradictoires.
Colin et Laborde n’ont pas réussi. Ce dernier va même jusqu’à dire que l’acide phénique rend le principe morbide plus nocif et plus rapidement mortel, au lieu de le combattre. Il faut ajouter qu’il emploie la communication artérielle directe pour produire la septicémie.
Bert n’a été guëre plus heureux. Il a inoculé à douze lapins
le sang d'un cochon d'Inde empoisonné lui-même par le sang de rate. Six de ces lapins avaient absorbé, quelques heures avant l'inoculation, 30 à 40 centigrammes d’acide phénique. Trois autres furent soumis à cette médication aussitôt après. Le lendemain, même dose d'acide phénique aux neuf animaux. Les trois derniers lapins ne prirent pas d'acide. « Or, les douze lapins moururent à peu près en même temps, ou plutôt les premiers qui succombèrent furent les animaux phéniqués (1) ». Bert lui-même fait remarquer que ces derniers présentaient des phénomènes de trémulation très caractérisés à la suite des injections phéniquées.
Danion, qui a tenté d'attaquer l’élément toxique à chaque stade d’une longue série putride, constate également que, dans plus de la moitié des cas, les lapins qui ont été traités sont morts les premiers. De plus, lorsque la mort n'avait pas été rapide, il a trouvé «les mêmes infusoires » dans le sang des lapins phéniqués que dans celui des autres et les mêmes troubles dans les organes.
Cependant, il faut bien le dire, on trouve entre autres dans la série de Danion, l'exemple suivant que nous résumons :
30 mai : Injection de 10 divisions de sang putrifié pris sur un lapin septi- cémique à un lapin n° XI; même opération sur le n° XII, suivie d’une injection de O0 gr. 18 d'acide phénique. Le n, XI meurt le 4 juin, très amaigri, épuisé par une diarrhée incessante, tandis que le no XII résiste jusqu'au 19 juin; il meurt alors sans diarrhée, mais après avoir présenté à
plusieurs reprises des accidents de trémulation.
Rien ne prouve que cet animal soit mort de septicémie. Du
(1) Gazette médicale de Paris, 1869, numéro 18. (Séance de l'Académie de médecine,
30 janvier).
reste, la température des lapins phéniqués a toujours été inférieure à celle des témoins; or, si la température sert surtout, dans ce genre d'expériences, à diagnostiquer l'infection, elle sert aussi à en juger la marche.
Nous aurions pu rechercher l'influence des injections phéniquées sur l’hyperthermie dont les effets ont été si bien analysés par notre ami Vincent (1), et soumettre nos lapins à la chaleur d’une étuve; mais ayant surtout en vue la septicémie expérimentale, nous n'avons noté les variations de température que pour être renseigné sur le degré de l’infection.
Nous n'avons fait que répéter quelques expériences, en nous éloignant le moins possible des données cliniques. Aïnsi, estimant que le mélange in vitro de l’agent septique et de l’antiseptique crée des conditions anormales ; pensant, d'autre part, qu'il faut surtout demander à l’acide phénique la neutralisation du virus préalablement introduit dans l'économie, nous l'avons injecté isolément et en second lieu. Toujours par analogie et pour obtenir des effets plus rapides, nous avons fait nos injections putrides non dans les veines, mais bien sous la peau. L’acide phénique n’a jamais été administré à doses toxiques. Pendant toute la durée des expériences, la nourriture des animaux à été toujours la même, matin et soir; de cette façon on ne peut attribuer, comme le veut Danion, les variations de température aux écarts de régime.
(1) Recherches expérimentales sur l'hyperthermie. Th, Bordeaux 1887.