DES INJECTIONS INTRA-UTÉRINES A TITRE DE MESURES PRÉVENTIVES
Nous venons de voir dans quels cas l'injection intrautérine doit être pratiquée comme moyen curatif. Estce donc là le seul emploi de cette méthode thérapeutique ? Evidemment non. Le lavage de l’utérus doit encore être fait à litre de mesures préventives, dans un assez grand nombre de circonstances.
Tarnier avait l'habitude de faire donner à toute femme accouchée à la clinique une injection intra-utérine sitôt la délivrance. « De cette façon, dit-il, j’ai pu éviter un grand nombre d'infections ». Si dans une maternité, ou pour l'instruction des sages femmes et des étudiants, les femmes pendant le travail doivent être examinées très souvent, cette précaution paraît utile, il n’en est plus de même dans la clientèle privée. Soumettre en ville toute femme à uneintervention de la sorte, serait, il faut en convenir, plus nuisible que réellement recom mandable.
L’injection doit être réservée pour les cas où l’on peut prévoir une infection de quelque nature soit-elle. Examinons donc quels sont les cas d’infection probable après un accouchement,
Absence de désinfection avant l'accouchement. —
Voilà une femme qui ne se croyant pas à terme, ou même ne l'étant pas en réalité, entre en travail et accouche peu de temps après sans qu'aucune des précautions antiseptiques d'usage n’ait été appliquée. Tout s’est bien passé, la délivrance a été spontanée , mais faute d’une désinfection méthodique de la vulve et du vagin, elle n’en est pas moins plus exposée qu’une autre à l'infection, Nous avons vu qu’à l’état normal le streptocoque se rencontrait dans le vagin une fois sur onze (1) ; et toujours d’autres microbes qui nous l’admettons sont cent fois moins pathogènes mais le sont cependant, y ont été trouvés en quantité considérable. Ces micro-organismes sont tout disposés à passer du vagin dans l'utérus, ne trouvant aucune carrière infranchissable. Dans ce cas où une seule injection intra-utérine peut suffire à écarter tout danger il est du devoir du médecin d’agir et le plus promptement possible,
Fœtus mort et macéré. -- S'il est fréquent et même de règle qu’une femme puisse pendant un temps fort long, quelquefois même plus prolongé que la gestation normale retenir dans son utérus un enfant mort où macéré sans que ce corps étranger ne se putréfie, il n’est pas douteux cependant que plus qu'un autre elle soit prédisposée aux accidents infectieux. Aussi selon l’enseignement de M. le professeur Pinard conseillons-nous une injection intra-utérine à toute femme qui avant la délivrance complète s’est trouvée dans ce cas. À plus
forte raison, et là l'injection devient indispensable, de-
1, Widal, thèse, Paris, 89.
; — 32 — vra-t-elle être faite, toutes les fois que la rupture prématurée des membranes aura permis l’entrée de lair dans l’utérus, favorisant ainsi la putréfaction du fœtus macéré. Dans ce dernier cas surtout, l'injection doit être abondante, Il ne faut pas craindre de faire le lavage utérin pendant au moins dix minutes.
Travail prolongé et intervention manuelle. — Cest une bonne précaution surtout chez les primipares, alors que le travail s’est prolongé outre mesure de faire sitôt la délivrance une injection intra-utérine. Outre que des efforts violentset prolongés fatiguent la femme et la mettent ainsi dans un état d’infériorité morbide, il est prouvé, ces raisons même étant écartées, qu’une parturiente s’infecte plus facilement pendant le travail. Des femmes ont pu rester les membranes rompues pendant les quinze derniers jours de leur grossesse sans présenter de symptômes d'infection alors que ceux-ci apparaissent fréquemment quand le même accident se produit au cours du travail.
Enfin, il est à peine besoin de le dire, toute intervention manuelle dans l’utérus, nécessitée par la rétention d’une portion de placenta ou d’un débris de membranes réclame l'injection intra-utérine. Elle est ici aussi nécessaire que la désinfection du vagin et des parties génitales externes avant l’accouchement.