PAPE
- En même temps douleur thoracique et précordiale. La moindre pression cutanée sur le flanc gauche était très douloureuse. La diarrhée et les vomissements persistent sans hémorragie. Alimentation légère.
Le médecin appelé dès ce jour fait une série d'ordonnances, que j'ai sous les yeux, renouvelées chaque jour, où les potions les plus compliquées alternent avec art.
Pendant les jours suivants, les douleurs se calment un peu, mais a diarrhée et les vomissements persistent. Alimentation légère.
19 Janvier. — En allant à la selle, l'enfant eut une douleur très intense, il fit un peu de glaires et du sang en petite quantité. Pas de matières. Depuis ce temps, il fait tous les jours parle rectum un sang rouge mousseux, en quantité que la mère évalue à un demi-verre. Le ventre était tout à fait plat. Le médecin prescrit de la glace et n'aurait pas trouvé de tumeur abdominale.
21 Janvier. — La mère voit quelque chose de gros au-dessus de l’ombilic; elle est très affirmative sur ce point: elle pouvait d'autant plus facilement constater ce fait que le ventre était très plat.
22 Janvier. — Les vomissements continuent quelques jours, l'enfant va à la selle, fail quelques matières avec du sang en moins grande abondance que les jours précédents.
Pendant les jours suivants, les vomissements persistent, les matières sont moins abondantes. L’hémorragie diminue, mais l’état général s'aggrave, le facies devient inquiétant. Les douleurs du ventre deviennent intolérables malgré la glace. La mère constate toujours la même tumeur, il lui semble qu'elle a augmenté de volume.
29 Janvier. — Les douleurs sont de plus en plus vives. Les vomissements renferment du sang. La mère inquiète de voir l’état général de l'enfant s’aggraver notablement, envoie chercher un autre médecin, qui adresse immédiatement l'enfant à l'hôpital Bretonneau, dans le service du Docteur Ombrédanne.
Je le vois à huit heures. Je constate l'état général d'une appendicite toxique très grave : les traits tirés, les yeux excavés, le teint plombé, la respiration courte, superficielle, haletante, le pouls incomptable à 160 pulsations par minute environ. Avec cela une température de 3793. Une asthénie profonde. L'état général était tellement bas que si j'avais fait le diagnostic d’appendicite je me demande si je serais ae” venu.
Mais l'examen du ventre levait tous les Rues ce n'élait pas une appendicite, c'était une invagination. Le ventre était rétracté en bateau, la paroi collée contre la colonne vertébrale. Aucune défense de la paroi. La palpation de la fosse iliaque montrait une région absolument libre, vide comme on ne la voit jamais (le cæcum l'avait quittée).
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Au-dessus de l'ombilic on sentait la masse pâteuse, allongée en boudin, qui est la caractéristique qui ne trompe pas, de l’invagination intestinale.
Le toucher rectal avait été négatif.
L'intervention s'imposait, malgré la gravité dé l’état général.
Anesthésie à l’éther par la surveillante. Longue incision du pubis à 3 centimètres au-dessus de l'ombilic. Comme l'intestin est vide, Je n’éprouve aucune difficulté pour trouver el extérioriser un gros boudin du gros intestin, descendant presque dans le petit bassin et commençant au niveau de l’ombilic où on voit pénétrer l'intestin grêle. A quelques centimètres du collet, on voil un gros diverticule de Meckel, long de 4 à 6 centimètres, très large. L'intestin n'était pas comprimé au niveau du collet. La fosse iliaque est absolument vide.
La réduction fut très difficile, j'ai été sur le point de l’abandonner-
Par une traction douce, jointe à l’expression, J'ai d’abord désinvaginé :
l'intestin grêle par le cæcum, j'ai vu un appendice remarquablement sain, tel qu’on ne le connaît pas. Mais j'étais arrêté. L'obstacle à la désinvagination était un paquet ganglionnaire, gros comme une grosse noix ecchymotique. Par expression, cette masse esl sortie brusquement, la désinvagination s'est achevée spontanément. L'intestin ne parut pas malade, à tel point qu'on ne pouvait se rendre compte de la région invaginée. Il m'a semblé que le collet répondait à la partie moyenne du côlon transverse. Dans l’invaginalion, il y avait donc la partie droite du côlon transverse, le côlon ascendant, le cæcum, l'appendice et une partie de l'intestin grêle. ;
Dans le mésentère, 1l y a beaucoup de ganglions ecchymosés; les plus volumineux sont gros comme une noisette, ce sont les plus noirs.
Pour empêcher une nouvelle invagination, en fermant le péritoine, je suture la bandelette longitudinale antérieure du côlon ascendant sur une longueur de 10 centimètres environ.
Fermeture de l'aponévrose du grand oblique à points séparés.
La guérison se fit très simplement sans incident. L'enfant quitta le service, le 9 Février, Je vous le présente complètement guéri. Il conserve un peu de diarrhée, comme il en avait avant cette invagination.
La constatation d'un diverticule de Meckel, est intéressante.
Les auteurs danois Koch et OErum, sur 400 cas d’invagination, ont noté 8 fois la présence du diverticule qui 2 fois seulement siégeait à une certaine distance de l'invagination et n’y participait pas. Aussi croyons-nous qu'il a suscité l’invagination d’un intestin et que cette réaction était favorisée par l’irritation