DÉFINITION. -- HISTORIQUE
Définition.
Le mot d'invagination, dit Cruveilhier, est depuis longtemps employé dans la science pour désigner un mode de déplacement du canal intestinal qui consiste dans l'introduction ou intro-susception d'une portion d'intestin dans la portion d'intestin qui lui fail suite, de telle sorte que la première portion est engainée dans la deuxième, à la manière d’un doigt de gant.
Donnant à ce terme une acception plus large, le vieux Maitre l’appliquait à toutes les lésions de canaux ou de cavités qui consistaiént dans cet engaînement à la manière d’un doigt de gant d’une portion de cylindre dans la portion qui la précède ou qui la suit. Ainsi les lésions connues sous le nom de chute ou prolapsus du rectum, chute ou prolapsus de la matrice, de renversement de la matrice, d’extrophie de la vessie, ne sont autre chose que des invaginations. »
Depuis longtemps, on décrit à part le prolapsus du rectum, le prolapsus utérin, l’inversion utérine et l’extrophie de la vessie, et le terme d'invagination ne s'applique plus qu'à l'invagination intestinale.
Le nom de Cruveilhier est le plus grand dans l’histoire de l'Invagination intestinale. Il l'a décrite, il l’a définie si bien que l’on ne peut changer un seul mot à la description qu'il en à faite ou à la définition qu'il lui a donnée. Le terme de « hernie
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entérique » que d'autres auteurs ont proposé, n'est pas à notre avis une définition, mais une image d'une exactilude très relative : une invagination n’est pas une hernie et une hernie n’est pas une invaginalion. Il est préférable de ne pas jouer ainsi avec le sens des mols.
Avant Cruveilhier, cette maladie était peu connue, même des chirurgiens anglais. Thomson, en 1835, avait bien réuni quelques observations d’éliminations spontanées de portions souvent considérables d'intestin grêle. Mais il ne prononce pas le mot d'intussusception qui revient si fréquemment dans les périodiques anglais plus modernes.
Cependant, la maladie est bien observée chez nous. La douleur surtout semble avoir attiré l'attention des auteurs; son intensité les a même déconcertés, et Billard en 1837, en parle comme d’une névrose.
Le traité de Cruveilhier date de 1848. Et, en 1852, Rilliet décrit l'invagination chronique. Il admet toutefois que l'apparence de chronicité est due à une maladie antérieure.
Nous avons hâte d’arriver à la thèse de Rafinesque, justement classique, et qui marque vraiment une date dans l'étude de l'invagination. Cet auleur y donne un tableau saisissant de la crise d’invagination, el l’on regrette de ne pas le trouver dans les précis que possèdent les étudiants, où l'anatomie pathologique est par contre éludiée de façon si complète.
Depuis cette époque, les chirurgiens français se sont appliqués à l'étude de l’invagination, et ont scrupuleusement publié tous les cas plus souvent heureux que malheureux, qu'ils ont pu rencontrer.
Dans une de ses leçons cliniques à l'hôpital des Enfants Malades, le Professeur Kirmisson rapportait un cas de mort chez un nourrisson, opéré in extremis, le diagnostic ayant été porté tardivement. À cette occasion, il constatait avec peine que le tableau clinique de l’invagination était peu familier au praticien français. « La croisade que je mène, disait-il, n’a pas encore donné ses fruits ». La notion de l'invagination intestinale ne s’est pas répandue au dehors des sociétés savantes, et
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n'a pas gagné le grand public médical, médecins et étudiants. Chaque année, de nombreux enfants paient un lourd tribut à la mort parce que trop de praticiens semblent ignorer jusqu'à l’existence de cette maladie (1911). Dans les discussions des sociétés de chirurgie où l'on rencontre de loin en loin de rares cas d'invagination, Kirmisson revient à la charge, précisant les signes différentiels des invaginations chez le nourrisson et dans la seconde enfance. .
Le rapport de Grisel au IV° Congrès d'Obstétrique tenu à: Rouen en 1904, est précieux à connaître; avec la thèse de Rafinesque, il est le premier travail d'ensemble sur la question des invaginations.
Jalaguier, dans le Traité des maladies de l'enfance de Grancher eb Comby, s'attarde à en faire connaître la pathogénie, les symptômes; en montre les lésions, en indique le traitement.
Dans une importante communication à l’Académie de Médecine, ila mis en lumière le rôle des inflammations de l'appendice dans l’étiologie des invaginations.
Léon Gernez a consacré sa thèse au traitement chirurgical des invaginalions chroniques.
Broca, dans son 7raité de chirurgie infantile décrit à part l'invagination intestinale, tandis que dans d'autres précis, elle est décrite comme une variété d'occlusion intestinale.
En même temps que la maladie est mieux connue, les statistiques opératoires s’améliorent. Et à la Société de Chirurgie le 5 Novembre 1913, Savariaud, chargé de faire un rapport sur deux observations, s'excuse en quelque sorte d’aborder un sujet si bien connu de ses collègues.
Ils’en faut de beaucoup, que l'invagination soit aussi bien connue des étudiants et des praticiens. Cela tient à sa rareté, sans doute; et peut-être aussi à ce fait qu'elle est mieux décrite daus les grands traités de médecine, dans les thèses, dans les Bulletins des sociétés de chirurgie et de pédiâtrie, que dans les Précis que l'étudiant achète au début et conserve souvent jusqu’à la fin de sa carrière. On est surpris de trouver décrite comme une variété d'occlusion intestinale, une affection qui