CAS SES
Quelle peut être la nature de cet obstacle ? Nous n’allons pas perdre un temps précieux à rechercher une explication satisfaisante. Cet obstacle, quel qu'il soit, doit être levé. « Il faut y aller voir » el nous répétons celte phrase, que le chirurgien murmure souvent, en pathologie abdominale, lorsque l'urgence de l'opération dépasse l'intérêt du diagnostic.
Nous proposons l'intervention à la famille, qui se récrie. Le centre chirurgical le plus proche, est distant de 40 kilomètres. L'enfant ira peut-être mieux le soir. Ne pouvant convaincre la famille qui s'entêle dans un espoir que nous savons être vain, nous nous retirons après avoir fait une piqûre de morphine.
Le soir, les vomissements sont franchement bilieux. Les douleurs ont repris, et les crises se succèdent régulièrement. Une selle a été rendue. Mais plus encore que le matin, les traits expriment une souffrance indicible. L'inquiétude a gagné l’entourage du malade, et nous faisons accepter plus facilement l'idée d'une opéralion.
Il est malheureusement trop tard. C'est un samedi, et le téléphone est fermé depuis midi jusqu'au lundi matin. Et lorsque l'ambulance arrive, c’est pour prendre un enfant épuisé par d’atroces souffrances qui, depuis soixante heures, ne lui ont laissé aucun répit. Les crises se sont un peu espacées, l’enfant ne réagit plus, le ventre est un peu ballonné. Il meurt doucement avant d'arriver à l'hôpital.
À notre avis, il s'agissait d'une invagination du grêle. Sans doute, il n'y a pas eu d'examen anatomique, et nous ne pouvons donner une preuve rigoureuse de ce diagnostic. Ce qui nous le fait- admettre comme probable, c’est le caractère des douleurs, l'attitude de l'enfant au moment des crises. Nous avions observé un cas analogue dans le service de notre regretté maître H. Triboulet, à l'hôpital Trousseau : et il s'agissait d’une invagination iléo-cæcale. Depuis la guerre, nous en avons observé un autre, dans le service du docteur Detellÿy, dont nous avons eu l'honneur d’être l’interne à l'hôpital du Havre, et que nous publions dans ce travail. Et cette observation a renforcé notre
conviction.
Ainsi, dans notre carrière d'étudiant, nous avons rencontré trois cas d’invagination intestinale de la seconde enfance. Pour-
tant, si nous avons pu réaliser le projet que nous avons conçuen
1917 — mieux connaître l’invagination intestinale et lui consacrer notre thèse —, nous le devons au docteur Grisel, qui a bien voulu s'intéresser à notre travail et nous prodiguer ses encou-
ragements et ses conseils.