II. Description et Pathogénie
Le nombre des kystes lymphatiques de la conjonctive étudiés microscopiquement, que nous avons pu découvrir dans la science, est au nombre de douze. Il existe encore. une observation de Uhthoff (1879) relative à un kyste conjonctival probablement lymphatique. Le travail le plus important qui ait été fait à ce sujet en France est la thèse de Delecæillerie (1893). Cet auteur signale huit observations de kystes lymphatiques, dont sept lui sont personnelles, la huitième appartenant à M. Rochon Duvigneaud. Il existe en outre quatre observations (Makroki, Jocks, Cabannes, Szrosso).
Cette affection se rencontre de préférence chez l'homme (8 cas). L'âge ne joue aucun rôle sur l'apparition de cette lésion. Dans la majorité des cas, c’est le côté interne de la conjonctive bulbaire entre la caroncule et le bord interne de la cornée, ou encore profondément dans la portion interne des culs-de-sac supérieur et inférieur que se montrent ces kystes; l'œil droit et l'œil gauche sont pris aussi souvent; c’est très exceplionnellement qu’on voit la conjonctive bulbaire envahie sur une grande étendue, subissant ainsi une sorte de dégénérescence lymphatique. Exceptionnellement aussi la conjonctive bulbaire peut être atteinte par une ou plusieurs formations kystiques à la fois dans la partie interne et la partie externe.
Il n’est pas possible de signaler, d’après l'étude des diverses observalions, une cause précise à l'apparition des kystes lymphatiques de la conjonctive. Cependant, les irritations choniques ou intenses de cette membrane, conjonctivite chronique, conjonclivite granuleuse (Delecæillerie), conjonctivite purulente (Cabannes),semblent jouer un rôlenotable dans l’étiologie decette affection. L'influence des traumatismes est tout à fait secondaire. En réalité, il est assez commun de rencontrer chez les malades alteints de conjonelivite chronique, de blépharo conjonctivite, de conjonctivite lacrymale, en particulier chez les vieillards, des dilatations lymphatiques, sortes de varicosités souvent d'ap-
parence moliniforme, très mobiles avec la conjonctive, dilatalions ou ectasies qui sont absolument indolores et qui ne présentent avec le véritable kyste lymphatique que la relation qui existe entre les varices des vaisseaux sanguins et les anévrysmes. La délimitation véritable entre la varice lymphatique et le kysle lymphatique est très difficile à établir, car il est des varices grosses et des kystes petits, et si nous nous en tenions strictement à la descriplion de kystes formant tumeur, le nombre des cas publiés ne serait guère supérieur à (rois ou quatre.
Ordinairement allongés, de forme ovoïde, ces kystes ont un volume qui varie entre quatre, cinq et six millimètres de long, sur deux à quatre de large, mais on en voit de plus gros qui atteignent alors les dimensions d'un grain de blé, d’un haricot, d'une noiselte. Les uns forment ainsi une tumeur oblongue, isolée, d'autres ont tout autour comme des digitations et leur forme n'est plus alors sphérique, ni ovoïde, mais irrégulière, étalée et leurs contours imprécis prennent en quelque sorte racine dans la conjonctive avoisinante.
Habituellement ils soulèvent la conjonclive, soit au niveau du bulbe, soit à la partie interne du cul-de-sac supérieur ou inférieur. Ils sont d'une transparence remarquable et la conjonclive dans laquelle ou au-dessous de laquelle ils sont placés, se mobilise nettement avec eux ou au-dessus d'eux. La conjonctive qui les recouvre n’est ordinairement ni hyperhémiée, ni enflammée. Leur mobilité sur la sclérotique est constante.
Ils sont irréductibles.
Les ganglions tributaires ne sont généralement pas engorgés. Dans une seule observation (Jocks), les ganglions sous-maxillaires et parotidiens sont augmentés de volume au point d'atteindre du côté gauche le volume d’une orange.
Les signes fonctionnels présentés par ces kystes sont nuls. Lorsqu'ils sont petits et réduits à des traînées de grosses varices, ils n’incommodent nullement le malade. Les patients ne s’en plaignent que lorsqu'ils deviennent volumineux, par conséquent gênants. De plus, comme habituellement ils ne provoquent pas d'ivflammation conjonctivale, ils passent entièrement inaperçus